SOCIÉTÉ

Tribune: Ghyslain Vedeux et « le problème Noir » en France

Ghyslain Vedeux est le nouveau président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN). Profitant d’un entretien dans lequel nous revenions sur son parcours, il a souhaité évoquer ce qu’il nomme « le problème Noir » en France.

[En France, ce qu’on ne nomme pas « n’existerait » pas. Notre organisation, le Conseil représentatif des associations NOIRES, si aujourd’hui elle est reconnue d’intérêt public, avons pendant des années dû nous justifier de nous nommer « NOIR ». La doxa républicaine a pendant des années intimé aux Noirs vivant ici de ne pas se nommer. Or, nommer c’est faire exister. Mon engagement s’est donc porté sur cette organisation car elle nomme ici ce qui est considéré comme un « problème ».]*

Vu comme un problème d’abord sur le propre sol africain, transformé et segmenté en colonies, puis dans les colonies des Amériques durant les déportations et la mise en esclavage des Africains et cela massivement dès le 17ème siècle. Considéré comme un problème sur le sol français, pour exemple déjà, Louis XIV devait batailler durement afin que ses vassaux qui revenaient des colonies limitent leur nombre d’esclaves noirs en entrant dans l’Hexagone. Il fit instaurer par Colbert le Code Noir.

Toujours considéré comme un « problème », une police des Noirs fut mise en place dès 1716 sous Louis XV. En 1777 une déclaration de Louis XVI interdit l’entrée des Noirs nommés ‘gens de couleurs’ dans l’hexagone. Dès cette époque les Noirs, sont alors parqués dans des lieux que l’on nomme ‘dépôts des noirs’. Le plus souvent proches des ports dans le but de les expulser dans les territoires d’Outre mer, nonobstant leur origine africaine initiale. Dès 1778, pour se déplacer dans l’hexagone, les Noirs devaient porter sur eux un badge d’identification nommé ‘cartouche’ sous peine d’être arrêtés, parqués dans « les dépôts des noirs » et expulsés…Et toujours considérés comme un problème après la première guerre mondiale de 1914-1918 et la seconde guerre mondiale de 1939-1945 où bon nombre d’Africains ont choisi de rester en France.

Donc à nouveau parqués dans des ports dans l’attente d’improbables expulsions du territoire, tout en étant surveillés de très près. Le massacre de Thiaroye au Sénégal sera un des points culminants de la gestion de ce problème noir’, par l’élimination pure et simple par l’armée française des soldats africains (nommés tirailleurs Sénégalais), ayant combattu pour la France et qui, ramenés au Sénégal, réclamaient leurs salaires.

Après la première abolition de 1792, Napoléon rétablit l’esclavage en 1802. Après la seconde abolition de 1848, l’article 5 du décret Schoelcher prévoyait l’indemnisation des anciens esclavagistes. Les colons étaient donc plus riches après l’abolition de 1848 que pendant la période esclavagiste. Puis, Avant fut créée la Banque de France et encore la banque des dépôts. Le code de l’indigénat fut instauré en 1881. Donc, par des dispositifs « légaux » les africains ont continué à être esclavagisés sur leur propre sol et ce n’est qu’en 1946 que cela pris officiellement fin. Avec des fins officieuses de cette forme déguisée du système esclavagiste bien après les années 1960… Si la gestion des africains noirs « comme un problème » par les pouvoirs successifs français tire son origine de l’époque coloniale et esclavagiste, force est de constater que ces traitements immondes ont traversé les systèmes politiques, des royautés du 17ème siècle aux systèmes des républiques de la fin du 20ème et du début du 21ème siècle.

Pâtisserie conçues par un artisan de Grasse (France), contre lesquelles le CRAN s’était mobilisé.

Car oui, si nous devons nommer « les Noirs » pour les faire exister, nous devons aussi nommer ceux qu’on nomme ou qui se nomment « Blancs ou blanches ». Ce n’est pas opposer que de nommer explicitement ces groupes sociaux. Les nommer c’est permettre aussi d’analyser le corpus de ceux qui ne subissent pas de contrôles aux faciès à répétition, qui ne subissent pas des discriminations au logement, à l’accès aux soins de santé, à l’accès à la formation et à l’emploi, etc… Ancrés Structurellement , ces racismes et discriminations aussi systémiques deviennent : afrophobie ; islamophobie ; antisémitisme ; homophobie ; sexisme, transphobie etc…

Traiter l’afrophobie, également nommée racisme anti-noire, nécessite d’avoir une analyse intersectionnelle. Car on peut se considérer ou être considéré comme Noir et musulman ;Noir et juif ; Noir et femme ; Noir et homosexuel ; noire musulmane et femme ; noir homosexuel et juif etc… Et donc cumuler aussi plusieurs formes et sortes de racismes et de discriminations. La communauté noire et afro descendante est la minorité la plus importante de France, soit entre 3,8 et 4,3 millions de personnes. Elle englobe évidement toutes les combinaisons possibles qu’on peut avoir en ayant une approche intersectionnelle. Agir pour la protection d’une minorité, c’est garantir l’équilibre d’un plus grand nombre. Fragilisez une minorité et c’est l’ensemble de la communauté qui est menacé.

 

*Extrait de l’entretien avec Ghyslain Vedeux.

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