ENTREPRENEURIAT

Mariane Agbazahou, la magicienne de la déco au Bénin

Par Sewa Sourou. A 30 ans, la béninoise Mariane Agbazahou est promotrice de l’agence Alôvi Cica, spécialisée dans la décoration, l’événementiel et l’art des perles. Il s’agit de l’une des plus grandes agences d’événementiel au Bénin. Psychologue de formation, elle est également l’une des rares femmes entrepreneures de la nouvelle génération. C’est en toute humilité que cette mère de famille a répondu à nos questions.

Que signifie Alôvi Cica ?

« Alôvi Cica » signifie « les doigts d’or » en fongbé, une langue du Sud du Bénin, qui est la plus parlée. Nous avons choisi le nom Alôvi Cica pour exprimer à quel point nous mettons en valeur tout ce que nous touchons de nos doigts. Le défi était de rechercher un nom assez original et qui mettrait en relief le côté artistique de nos activités. Vous remarquerez que le logo représente une Afrique en perles soutenue par une palette de couleurs symbolisant les doigts d’une main. Les palettes de couleurs évoquent la décoration et la beauté des événements; les perles représentent notre savoir-faire en matière de perlerie;  la main qui dépasse l’Afrique quant à elle, vient marquer notre ouverture aux autres continents.

Vous êtes une référence dans l’événementiel au Bénin. Comment vous êtes-vous imposée sur ce marché assez concurrentiel ?

Plusieurs facteurs combinés peuvent expliquer cette position quelque peu dominante que nous occupons sur le marché. Nous nous basons sur plusieurs piliers essentiels à savoir, une bonne relation avec nos clients, des prestations de qualité, une politique marketing persuasive et une communication créative sur les réseaux sociaux. Autrefois, un événement très bien réussi, avec une belle décoration  était l’apanage des plus nantis uniquement . Désormais, avec Alôvi Cica, nous donnons la possibilité à plus de gens de bénéficier de ce même « privilège.

Décoration by Alôvi Cica

Ce qui nous distingue aussi des autres, ce sont nos ressources matérielles et humaines suffisantes, qui  nous permettent de couvrir plusieurs événements à la fois. Notre passion, la recherche permanente de la qualité et notre sens poussé du détail constituent également notre force. Tant que le client n’est pas satisfait, nous ne livrons pas nos marchés. Il m’est déjà arrivé de faire reprendre toute une décoration à mon équipe parce que le rendu final différait un peu du schéma  défini à la base. Nous sommes jeunes, et nous avons soif de réussir.

Travailler dans l’événementiel a t’il toujours été votre rêve ?

Par nature, j’ai toujours eu depuis mon enfance une grande passion pour tout ce qui touche à l’art et j’aimais aider ma grand-mère qui faisait des prestations en décoration. A l’université, je confectionnais aussi divers accessoires en perles et c’était plutôt rentable. C’est cette passion qui m’a également poussée à intégrer l’Ensemble artistique et culturel des étudiants (EACE), un organe en charge de la mise en œuvre des activités culturelles à l’Université d’Abomey-Calavi et qui m’a fondamentalement permis d’avoir un amour plus grand de tout ce qui touche à l’art et l’artisanat de façon générale. C’est donc naturellement que je me suis lancée dans l’événementiel, un peu plus tard, après mon diplôme de maîtrise obtenu et après quelques expériences en entreprise.

Décoration by Alôvi Cica

Quelle est la part de l’Afrique dans votre travail ?

De plus en plus, nous essayons d’utiliser les matériaux de chez nous pour rendre plus authentiques nos créations. Nous avons donc recours à des artisans locaux et ceci a l’avantage d’encourager « le consommons local ».

Que pensez-vous pouvoir lui apporter d’inédit ?

10.000 femmes rendues financièrement autonomes, c’est un grand challenge mais pas impossible. Je lance d’ailleurs un appel aux personnes qui sont intéressées par les partenariats afin de former d’avantage de femmes. Il en va du développement de notre continent.

Est-ce difficile d’entreprendre au Bénin lorsqu’on est une femme ?

J’avoue que ce n’est pas du tout facile d’entreprendre en tant que jeune femme, encore moins en tant qu’épouse et mère. Certains clients, quand ils nous rencontrent, sont étonnés parce qu’ils s’attendent souvent à voir une personne d’un certain âge. Les fêtes se déroulant pour la plupart en week-end, je suis souvent obligée de sacrifier quelque peu ma vie familiale. Mais il faut dire que mon mari m’apporte un soutien de taille, car non seulement il me comprend, mais il m’accompagne également dans l’évolution de l’entreprise.

Décoration by Alôvi Cica

Avez-vous déjà eu envie de tout laisser tomber ?

Dans toute entreprise on rencontre toujours des difficultés et il n’y a que la persévérance qui paye. A chaque moment difficile, je puise au fond de moi l’énergie nécessaire pour rester dans la course. L’espoir fait vivre dit-on.

Avez-vous déjà reçu des distinctions dans vos diverses activités ?

En 2015 nous avons reçu une Attestation de Reconnaissance du Salon International du Mariage à Ouagadougou (SIMO). Cette distinction a été soutenue par la Ministre de la Culture et de l’Artisanat burkinabé. En 2017, nous avons reçu une attestation de mérite pour La Soirée de l’Entrepreneur au Bénin. Le 30 juin dernier, nous avons remporté le Prix TOYP 2018 dans la catégorie »Accomplissement en Business, Economie ou Commerce ».

Décoration by Alôvi Cica

Quel a été votre plus grand moment de joie dans cette aventure entrepreneuriale ?

Le jour où, après tant de défis relevés, nous avons procédé à l’inauguration du premier showroom Alôvi Cica à Cotonou, au Bénin, il y a un an de cela.

Vous êtes également engagée dans des activités sociales. De quelle façon vous investissez-vous dans ce domaine ?

En effet, Alôvi Cica c’est aussi du social. Nous portons une attention particulière à l’épanouissement de la population, notamment de la jeunesse et de la gent féminine, et cela à travers le volet formation. Par ricochet, nous avons réduit de façon conséquente les coûts de nos différentes formations destinées au public. Cela a permis de les rendre accessibles aux jeunes filles, aux jeunes femmes ou encore aux jeunes hommes afin de leur donner une clé pour pouvoir gagner en autonomie et s’épanouir. Ainsi, de 2016 à ce jour, 243 femmes et 2 hommes ont pu en bénéficier. A ce jour, un bon nombre d’entre eux parvient progressivement à s’auto-employer.

L’équipe Alôvi Cica

Nous avons aussi des partenariats avec plusieurs entités dans le but d’occuper sainement les plus jeunes pendant les périodes de vacances, par exemple, l’Association Béninoise pour le Marketing Social (ABMS/PSI), quelques Centres Jeunes « Amour et Vie « (CJAV), en vue de former gratuitement les adolescents aux techniques de base de la décoration. Nous dénombrons déjà 170 bénéficiaires. L’objectif est de contribuer à la réduction des comportements à risque et des grossesses au sein de cette couche sensible de la population. Nous accompagnons aussi un nouveau projet dénommé « ZEXLE» 2018-2019, qui vise à offrir un cadre adéquat et des formations à 25 jeunes porteurs d’idées d’activités, génératrices de revenus ou non, en vue de leur permettre de se familiariser avec le monde de l’entreprenariat.

Mariane Agbazahou.

Selon vous, quelles sont les qualités nécessaires pour démarrer dans l’événementiel?

Il faut avoir un bon sens de l’organisation et de l’anticipation, un sens de l’esthétique, un sens de l’écoute  et parfois être un peu psychologue sur les bords afin de mieux cerner les besoins des clients et les satisfaire. Il faut être un bon entrepreneur et innovateur, tout simplement.

Quelle est votre vision à long terme pour Alôvi Cica et quels sont vos projets à venir ?

Faire d’Alôvi Cica une entreprise de référence en matière d’événementiel au Bénin et en Afrique de l’Ouest. Organiser par exemple la cérémonie officielle de la CAN, il faut bien rêver !

Décoration by Alôvi Cica

Si vous deveniez un jour présidente de la république du Bénin, que feriez-vous ?

Moi Présidente, je ferai une grande réforme au niveau du secteur de l’éducation. Je travaillerai à revoir le système éducatif à la base avec l’insertion dans les programmes de matières telles que l’agriculture, le sport ainsi que les arts et métiers, afin de détecter plus tôt les talents et mieux les orienter plus tard sur le plan professionnel. Ceci aura comme avantage de réduire le taux de diplômés sans emploi. Je ferai aussi de l’éducation civique.

 

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