SEXUALITÉ

L’Afrique face au phénomène des poupées sexuelles

Plusieurs pays africains ont interdit l’usage des poupées sexuelles. Dans d’autres pays du continent, elles rencontrent un succès commercial. Une célébrité s’est même affichée publiquement avec l’une d’entre elles , la présentant comme ‘la femme de sa vie’.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

En mars 2018, des militantes féministes françaises protestaient contre l’existence d’un établissement parisien proposant à ses clients une intimité tarifée avec des poupées sexuelles. Selon elles, simuler une relation sexuelle avec un objet à l’apparence une femme inerte s’apparentait à la concrétisation d’un fantasme de viol et contribuait à dégrader l’image de la femme.

Du côté du propriétaire de l’établissement se faisant entendre un tout autre son de cloche. Selon lui, les poupées pourraient à terme aider les personnes ne parvenant pas à avoir de relations sexuelles car isolées socialement.

Le caractère de plus en plus réaliste des poupées sexuelles et leur évolution récente en des robots dotées d’une intelligence artificielle en ont fait un phénomène qui n’a pas épargné le continent Africain.

Les poupées sexuelles en Afrique

En Zambie et au Botswana, l’importation de poupées réalistes et de robots sexuels est interdite.  Cette interdiction y est justifiée sur la base de considérations morales et religieuses.

En Zambie, le ministre des affaires religieuses Godfridah Sumaili avait ainsi déclaré à l’AFP que l’utilisation de poupées sexuelles était en contradiction avec (l’)héritage naturel et (les) principes zambiens, définissant son pays comme une ‘nation chrétienne’ enracinée dans des ‘principes chrétiens’.

Au Botswana, les sex-toys ont été interdits en même temps que les poupées sexuelles pour ne pas « corrompre les bonnes moeurs au Botswana ».

Selon un journal local, un autre source de réticence botswanaise proviendrait des femmes locales, qui craindraient de se voir délaisser par les hommes au profit de ces objets.

Dans deux des pays les plus puissants du continent, l’Afrique du Sud et le Nigéria, la situation est différente.  Les poupées sexuelles n’y sont pas interdites et rencontrent un certain succès. Si l’utilisation de ce type d’objets est généralement privée, une célébrité vient  de  faire exception à la règle.

Le chanteur et acteur nigérian Benjamin Nwachukwu, alias Shuga Shaa, se présente ainsi depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux main dans la main avec une poupée sexuelle. Nwachukwu a également été aperçu avec elle dans des virées urbaines.

poupées sexuelles

Benjamin ‘Shuga Shaa’ Nwachukwu et sa poupée (Crédit : Instagram)

A son propos, l’artiste a déclaré à nos confrères de BBC Igbo qu’il prévoyait d’épouser la poupée qu’il appelle ‘Tonta Shaa’.

« Elle m’apaise l’esprit, elle ne fait jamais de scène et il n’y a aucun risque qu’elle me brise le coeur » a-t-il ajouté.

S’il est difficile de savoir si Shuga Shaa  est sérieux à ce propos, on notera que son explication incarne précisément ce qu’il y a de plus dégradant dans les poupées sexuelles pour beaucoup de féministes radicales, comme la Canadienne Meghan Murphy. Pour elle,  les hommes préférant des poupées dociles à des femmes intelligentes montre qu’ils ne sont pas toujours pas prêts à considérer les femmes comme des êtres humains, mais plutôt comme des objets.

En mars 2018 au Nigeria, des membres d’une association de femmes nigérianes musulmanes ont également déploré, lors du 2018 Sisters’ Enlightenment Program ‘l’invention inutile’ des poupées sexuelles, affirmant que les femmes avaient des rôles plus importants à jouer que celui de partenaire sexuel dans la société et dans la vie familiale.

Malgré la similarité  avec le discours féministe dans la dénonciation du caractère réducteur et misogyne des poupées sexuelles, les objectifs de  cette association de femmes nigérianes semblent bien différents dans d’autres aspects. Alors que les féministes comme Murphy prônent volontiers l’abolition des barrières de genre dans la société, Toyyibah Abdul Salam, une Nigériane a ainsi déclaré lors du 2018 Sisters’ Enlightenment Program:

« Oubliez l’adage qui dit qu’une femme est capable de faire mieux tout ce qu’un homme fait, car nos responsabilités sont différentes. Les femmes doivent travailler et s’améliorer dans les tâches qui leur sont assignées.  »

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