POLITIQUE

L’Ethiopie emprunte la voie « du changement et de l’amour »

Un vent nouveau souffle sur le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. Abiy Ahmed, le Premier ministre éthiopien arrivé en avril, incarne ce changement.

Sur les plans politiques, économiques et sociétaux, les nombreuses réformes présagent de bouleversements en profondeur. Les trois objectifs principaux mis en avant concernent la fin du différend avec l’Erythrée voisin, l’ouverture du capital des entreprises publiques et la réconciliation nationale.

« Restaurer la paix » avec l’Erythrée

Un Érythréen pose près d’un char abandonné dans la Ville Shambuko, pendant le conflit 1998-2000 entre l’Éthiopie et l’Érythrée, le 23 décembre 2005. Ed Harris_Reuters

Durant l’année 2000, un accord signé à Alger sous le patronage de l’ONU, prévoyait le respect de la frontière établie, accordant à l’Erythrée la région de Badme. Loin de satisfaire l’Ethiopie qui perdait son accès à la Mer Rouge et s’enclavait dans les terres, cet accord ne fut pas respecté. L’occupation éthiopienne le long de la frontière provoqua de graves conflits entrainant la mort de 80 000 personnes entre 1998 et 2000. Depuis, les deux pays maintenait une « guerre froide ».

Arrivé en avril dernier, le Premier ministre Abiy Ahmed voit les choses différemment. Depuis le départ de son prédécesseur Haile Mariam Dessalegn le 15 février dernier, le nouveau chef du gouvernement surprend son monde. Mardi 5 juin 2018, l’EPRDF, le parti au pouvoir, annonce dans un communiqué la fin du conflit fratricide avec l’Erythrée.

« Le gouvernement éthiopien a décidé de mettre en oeuvre pleinement l’accord d’Alger et les conclusion de la Commission sur le démarcation de la frontière »

Une annonce saluée et largement médiatisée qui mettrait fin à un conflit meurtrier où les civils sont les premières victimes. Mais le Premier ministre ne s’arrête pas là. Au niveau national, différentes mesures sont prises pour relancer l’économie et apaiser les tensions ethniques entre Somalis et Oromos.

Booster l’économie

Éthiopian Ailines

Avec une croissance du PIB de 10,9% en 2017, l’Ethiopie est considérée comme le pays à la croissance la plus rapide au monde. Malgré le léger recul prévu par le FMI à 8,5 en 2018, le pays reste très dynamique en matière d’économie. Pour preuve, la performance du groupe Ethiopian Airlines. La compagnie aérienne a été élue meilleure transporteur d’Afrique en 2008, compagnie aérienne de l’année 2009 décernée par l’Association des Compagnies aériennes africaines ou encore compagnie aérienne de l’année 2015 décerné au sommet mondial de l’aviation du CAPA. A ce jour, Ethiopian Airlines dessert 20 destinations à l’intérieur du pays, 58 en Afrique et 100 à travers les cinq continents. Entre 2008 et 2017, le transporteur a triplé son nombre de passagers.

Pourtant, les projets du nouveau Premier ministre Abiy Ahmed prévoient une privatisation partielle du groupe jusqu’alors détenu à 100% par l’Etat.

« Il est nécessaire de prendre des mesures économiques compatibles avec le niveau de croissance actuellement atteint en vue de poursuivre la croissance rapide. »

Ceci pourrait s’expliquer par le déficit de devises étrangères ainsi que la dette nationale qui représente 59% du PIB. Le FMI a d’ailleurs félicité cette démarche d’ouverture du patrimoine national aux investissements étrangers. D’autres entreprises publiques du secteur ferroviaire, hôtelier, de l’énergie et des transports maritimes sont concernées.

Apaiser les tensions ethniques

Le nouveau Premier ministre Abiy Ahmed le 2 avril 2018. (Photo: Keystone)

Le communiqué de l’EPRDF (Ethiopian People’s Revolutionary Democratic Front) du 5 juin, annonçait également la levée de l’état d’urgence décrété au lendemain du départ de l’ancien Premier ministre. Cette démission intervint dans un contexte extrêmement tendu au sein de l’EPRDF. Des vagues de manifestations sur fond d’affrontements interethniques entre 2015 et 2016, suivies par une violente répression, ont fait au moins 940 victimes, selon un bilan de la Commission éthiopienne des droits de l’homme, liée au gouvernement. Dans le même temps, des opposants politiques et des blogueurs ont été incarcérés, et internet a été coupé en dehors de la capitale, afin de limiter l’organisation de regroupements.

Dans la dynamique du changement qu’il souhaite vraisemblablement incarné, Abiy Ahmed a donc rétablie la connexion dans l’ensemble du pays, libéré 11 des prisonniers et s’est déplacé dans les régions de conflits entre Somalis et Oromos, afin d’appeler à la réconciliation.

Devant une jeunesse en proie à la violence, il a affirmé que l’Ethiopie était « désormais sur la voie du changement et de l’amour ».

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Sources:

RFI

Jeune Afrique

20 minutes

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