HISTOIRE

La dette d’indépendance d’Haïti du 17 avril 1825

L’ordonnance de Charles X, roi de France, signée le 17 avril 1825, contraint Haïti à payer « la somme de cent cinquante millions de francs, destinée à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité ».

Une nuit d’août 1791, au rythme des prières vaudou et des vibrations des pas de danses rappelant les cérémonies des Taïnos, les Haïtiens préparaient la naissance d’une nouvelle Nation. Treize années plus tard, des cendres de son peuple, la première république noire est proclamée par Jean-Jacques Dessalines.

Pourtant, la France ne la reconnut indépendante qu’en 1825. Charles X, alors roi de France et de Navarre, estima qu’elle n’avait pas assez payé du sang de son peuple. Elle devait encore « dédommager » les anciens esclavagistes pour qu’il daigne enfin la reconnaître libre et indépendante. Sous la menace d’une nouvelle invasion, le président Jean-Pierre Boyer fut contraint de payer la somme de 60 millions de franc-or.

Le prix de l’indépendance

Le baron de Mackau et le président Boyer lors de la négociation du traité franco-haïtien de 1825. © Victor Duruy, Histoire populaire contemporaine de la France, Paris, Lahure, 1864

Le royaume de France venait de perdre la « Reine des Antilles » ou « Perle des Antilles ». Une terrible défaite des troupes napoléoniennes à la double conséquence: d’une part, un manque à gagner dans les caisses de l’Etat, mais aussi le goût amer de laisser ce trésor aux mains d’anciens esclaves. Pas de reconnaissance officielle donc, du moins durant vingt-et-un ans. Mais le 3 juillet 1825, une expédition militaire composée de 14 navires de guerre français arriva finalement à port au Prince.

A son bord, le capitaine Mackau, qui avait été missionné pour informer le président Jean-Pierre Boyer que la France n’était pas décidée à reconnaître l’indépendance de son ancienne colonie, de même que les anciens propriétaires d’esclaves n’avaient rien reçu en dédommagements. Il « négocia » avec le président Boyer, les canons orientés vers l’île, les conditions d’un traité de reconnaissance définitive.

Le poids de la dette

Le 17 avril 1825, le peuple haïtien fut donc sommé de verser pendant 5 ans la somme de 30 millions de franc-or par an à la France (soit 150 millions de francs-or au total), pour dédommager les anciens colons. Haïti prise au piège, fut obligée d’emprunter la somme du premier versement à des banques françaises qui fixèrent anormalement le montant des d’intérêts de ce premier prêt à 6 millions de francs.

Cette « dette de l’indépendance », représentant à peu près le budget annuel de la France à l’époque, absorba toutes les richesses produites par les haïtiens. Les recettes de la production de café étaient consacrées au remboursement. Un code rural fut mis en place, exigeant le redoublement d’efforts de la part des paysans. Parallèlement, Haïti dû emprunter pour assurer sa survie. La spirale infernale de l’endettement cloua dès le début l’émergence de cette nation qui avait déjà tant payé en souffrances.

En 1838, sous la pression des révoltes paysannes, le traité fut modifié et le solde de la dette d’Haïti envers la France passa à 90 puis à 60 millions de francs-or. Le montant principal de la dette fut remboursé en 1888. Néanmoins, les intérêts ont été perçus par la France jusqu’en 1947.

L’ordonnance de Charles X

Le roi Charles X, frère de Louis XVI et de Louis XVIII conditionne la reconnaissance de indépendance d’Haïti avec son ordonnance du 17 avril 1825, dont voici le texte officiel:

 

CHARLES, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir, salut.

Vu les articles 14 et 73 de la Charte ;

Voulant pourvoir à ce que réclame l’intérêt du commerce français, les malheurs des anciens colons de Saint Domingue, et l’état précaire des habitants actuels de cette île ;

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Art. 1er. Les ports de la partie française de Saint Domingue seront ouverts au commerce de toutes les nations. Les droits perçus dans ces ports, soit sur les navires, soit sur les marchandises, tant à l’entrée qu’à la sortie, seront égaux et uniformes pour tous les pavillons, excepté le pavillon français, en faveur duquel ces droits seront réduits de moitié.

Art. 2. Les habitants actuels de la partie française de Saint Domingue verseront à la caisse fédérale des dépôts et consignations de France, en cinq termes égaux, d’année en année, le premier échéant au 31 décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de francs, destinée à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité.

Art. 3. Nous concédons, à ces conditions, par la présente ordonnance, aux habitants actuels de la partie française de Saint Domingue, l’indépendance pleine et entière de leur gouvernement.

Et sera la présente ordonnance scellée du grand sceau.

Donné à Paris, au château des Tuileries, le 17 Avril de l’an de grâce 1825, et de notre règne le premier.

Charles X

 

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Sources:

Tlaxcala

la1ereFranceTVinfo

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Le Nouvelliste

 

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