HISTOIRE

Anacaona, la reine guerrière des Taïnos

Au 15e siècle, Anacaona, la charismatique reine Taïna d’Ayiti, mena une révolte acharnée contre les conquistadores de Christophe Colomb. Jusqu’à sa mort, elle combattra ceux venus voler leurs terres et réduire son peuple en esclavage.

Extrait de « Naissance d’une République-Du génocide des Amérindiens au début de la traite négrière », paru dans le Negus Journal numéro 3 (mai 2017).

Anacaona signifie « Fleur d’Or » en langue Arawaks. Elle était la sœur du vieux cacique Bohéchio du Xaragua (ou Jaragua) et mariée à Caonabo, de la Maguana. Femme d’une grande beauté et gracieuse Samba, la composition de ses chants (areytos) et les chorégraphies de ses danses enivraient l’ensemble du royaume. Anacaona était le symbole de la poésie taïna. Ornée de ses parures royales, elle incarnait la féminité dans toute sa splendeur. Reconnue comme femme politique responsable, elle secondait son frère dans la direction du royaume du Xaragua. Las Casas la décrivait comme une « très noble personne et grande dame », qui savait accueillir ses invités par de grandes réceptions.

La reine Anacaona

À l’arrivée des premiers colons, Anacaona croyait à la venue de messagers divins et c’est d’abord confiante et heureuse du croisement de leurs routes, qu’elle leur exprima son admiration. Mais quand la garnison du fort de la Nativité se livra à la tyrannie des siens, elle fut à l’initiative de la révolte de son mari et de son frère. Caonabo et Bohéchio firent détruire le fort et massacrer les Espagnols. Christophe Colomb dut s’écarter du Marien pour construire sa nouvelle colonie qu’il nomma Isabelle (en l’honneur à la reine d’Espagne). Il fit arrêté et déporté Caonabo qui mourut dans un naufrage, ce qui engendra la soumission des petits chefs de la Maguana. Dans le Cibao (caciquat du Xaragua dirigé par Bohéchio et Anacaona), les Espagnols s’attelèrent à une conquête massive de l’or et élevèrent un nouveau fort, le Saint Thomas. Avant de repartir pour l’Espagne chercher de nouveaux financements, Christophe Colomb laissa l’île sous le commandement de son frère, Giacomo Colomb.

Organisation des caciquats (royaumes) Taïnos

À son retour en 1496, il retrouva une île ravagée. Sous la direction de son frère, la révolte prit de l’ampleur. Les Espagnols avaient accru l’exploitation de l’or et par là, la maltraitance des Indiens. Bohéchio voyant son royaume envahi alla pour défendre ses terres. Le cacique Guarionex du Maragua le suivit. Ils furent tous deux tués au combat. Durant la bataille de Véga-Réal, 200 Espagnols armés vinrent à bout de 100 000 Indiens refusant de se soumettre. La majorité fut réduite à l’esclavage dans les mines avec une taxe en or ou en coton à payer tous les trois mois. Parmi eux, 300 furent envoyés comme esclaves en Espagne mais la reine Isabelle les renvoya sur l’île. Elle ordonna une conversion générale et leur soumission à la couronne d’Espagne. Face à l’armée espagnole, les Indiens n’ayant pas les moyens de combattre choisirent d’abandonner la culture des terres et de déraciner les végétaux pour créer la famine. Durant cette révolte, 1/3 des insulaires furent massacrés. Un grand nombre de survivants se retira dans des gorges inaccessibles des montagnes pour y vivre dans une grande misère. Ils furent appelés les cimarrons[i]. En 1498, sous les accusations de ses ennemis espagnols, Christophe Colomb dut repartir en Espagne justifier les désastres rapportés à la reine. Il nomma son autre frère, Bartolomé, gouverneur. Ce dernier fonda Santo-Domingo qui devint le nom de l’ensemble de l’île.

Nicolàs de Ovando fut le nouveau gouverneur de Santo-Domingo en 1502. Il débarqua avec 32 vaisseaux transportant 2 500 colons et renvoya les frères Colomb et les rebelles espagnols en Europe. Il était considéré comme un homme sage et juste. À son arrivée, il développa la culture des terres et encouragea les nouveaux propriétaires à former des plantations et des raffineries de sucre. Ovando en voulant accélérer le développement de l’île, incarnait le cauchemar des Indiens. Deux royaumes résistaient encore à l’invasion, le Xaragua dirigé par Anacaona depuis la mort de son frère, et le Higuey de Cotubanama. Ils organisèrent une rébellion qui fit périr de nombreux Espagnols dans le Higuey. L’esprit de révolte grandissait et le gouverneur entreprit des traités de paix pour calmer les révoltes. Pourtant, son plan n’était pas pacifique et c’est pour mieux peaufiner sa ruse qu’il laissa la liberté aux deux royaumes en échange du paiement de taxes. En 1503, il fit annoncer sa visite amicale dans le Xaragua d’Anacaona. Elle le reçut avec l’ensemble de son peuple pour une magnifique cérémonie ponctuée de chants et de danses. Les relations semblaient s’arranger et c’est naïvement qu’elle accepta son invitation en retour. Il lui promit une fête « à l’espagnol » et y convia l’ensemble des caciquats. Ovando reçut les Indiens venus en masse, dans une salle spacieuse construite pour l’occasion. Ils étaient tous réunis quand, au signal du gouverneur, 350 hommes se saisirent des invités et les attachèrent à des colonnes. Puis, ils mirent le feu à la salle. Anacaona réussit à s’enfuir grâce à l’aide des siens. Ovando la traqua sans relâche. Elle fut arrêtée, condamnée pour conspiration et pendue en 1504.

« Il serait impossible d’évaluer le nombre des Indiens de toute condition et de tout rang qui périrent par suite de cette trahison ; les grands et les petits, les riches et les pauvres, les hommes et le femmes, les innocents et les coupables, tout fut massacré indistinctement [ii]».

Illustration du Génocide des Taïnos

Le génocide des Amérindiens était en marche. Les massacres à répétitions, les nouvelles maladies venues d’Europe et l’esclavage des mines, réduisaient considérablement le nombre de Taïnos. Pourtant, en 1506, la province de Higuey se souleva à nouveau. Les conditions du traité de paix conclues 1502 avaient été bafouées. Les Indiens attaquèrent les forteresses, mirent le feu et massacrèrent la garnison. La vengeance des Espagnols fut terrible. Ils réussirent à soudoyer plusieurs petits chefs trop conscients de leur cruauté pour résister. Ils envahirent les caciquats et pourchassèrent les rebelles. De nombreux Indiens se donnèrent la mort avec leur propre arme, d’autres se jetèrent du haut des rochers pour ne pas avoir à s’entre-tuer. L’arrestation de Cotubanama mit fin à la guerre. Son exécution marqua la fin des rois d’Ayiti et de la chefferie Taïno.

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Notes et références:

[i] Cimarron est le terme espagnol désignant les esclaves échappés de la plantation et retournés à la vie sauvage dans les forêts ou les montagnes
[ii] Histoire d’Haïti (Ile de Saint-Domingue). Depuis sa découverte jusqu’en 1824. Par M. Charles-Malo. 1825

 

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