SPORT

Joueurs binationaux : Quel pays choisir ?

Une brouille entre deux acteurs du football franco-camerounais  avait eu lieu sur les réseaux sociaux il y a quelques semaines. Des mots durs qui remettent en question l’appartenance culturelle de ces joueurs qui ont le choix entre plusieurs sélections du fait de leurs origines. Des maux maintenant lorsque l’on parle d’identité ou de promotion du sport sur le continent africain. Chez les joueurs binationaux l’importante question se pose : Afrique, Europe, le choix du cœur ou de la raison ?

50 jours après l’invitation du président français au palais de l’Elysée, revenons un peu sur l’imbroglio entre Kylian Mbappé et Benoit Assou-Ekotto. On en parlait ici, Emmanuel Macron recevait en février dernier des personnalités importantes du monde du football. Un déjeuner organisé afin de mettre en avant la place du sport comme facteur de développement économique sur le continent africain. Parmi les invités, Gianni Infantino (président de la FIFA), Noël le Graët (Président de la FFF) Didier Drogba ou encore Kylian Mbappé. Le défenseur camerounais du FC Metz remettait quelque peu en doute la sincérité de ces joueurs qui disent vouloir le développement de l’Afrique tout en n’y participant pas. Il affirmait alors dans un tweet : « ces joueurs européens d’origine africaine qui tiennent l’Afrique dans leur cœur et qui veulent aider le sport africain bla bla bla tout en s’empressant de jouer pour une sélection européenne vous me faites doucement rire… mais ça fait bien les bonnes causes… ».

Un commentaire qui à provoqué la réponse du principal intéressé par le biais également d’un tweet, Kylian Mbappé répondait alors : « Ces joueurs africains qui tiennent l’Afrique dans leurs cœurs et qui veulent aider le sport africain bla-bla-bla bla tout en se battant avec un coéquipier sur la scène internationale en 2014…. Vous me faites doucement rire…mais ça ce sont vos valeurs »,  assortit d’une photo de Benoit Assou-Ekotto en pleine explication musclée avec un coéquipier lors de la Coupe du monde en 2014 au Brésil. La forme du débat n’est pour le moins pas la meilleure. Le fond quant à lui, est d’autant plus discutable qu’il voit en son centre deux acteurs  ayant des caractéristiques similaires mais des parcours différents.

De l’appartenance culturelle ou celle nationale, à quoi les joueurs binationaux doivent-ils s’identifier ?

Crédit photo – Congo Actu

Il faut savoir que Benoit Assou-Ekotto, métis de père camerounais et de mère française, et Kylian Mbappé métis de père camerounais et de mère algérienne ont tout deux principalement le même parcours. Nés en France, les deux joueurs ont pu accomplir leur formation footballistique dans l’hexagone avant de choisir leur sélection. C’est le cas de bon nombre de joueurs de football qui hésitent souvent entre le pays de leurs aïeux et celui qui leur a donné le jour. Pour certains footballeurs, le choix d’une sélection se fait naturellement par choix du cœur, par soucis de visibilité, grâce aux types de compétitions joués ou encore de par la compétitivité. Chaque individu est différent et les choix incombés sont souvent le fruit d’une réflexion et de discutions avec l’entourage. Né en France d’un père gabonais et d’une mère espagnole, Pierre-Emerick Aubameyang avait lui aussi le choix entre une multitude de sélections. Il a préféré suivre les traces de son père et devenir lui aussi joueur international pour le Gabon.  Les franco-portugais André Gomes et Anthony Lopes ont eux aussi eu à choisir entre leur pays de naissance et celui de leurs parents. Tout comme l’argentin Gonzalo Higuain, né à Brest qui aurait aussi pu porter les couleurs tricolores. Dans cette sélection de choix, Benoit Assou-Ekotto à donc choisi de représenter le pays dont son père est originaire alors que Kylian Mbappé a préféré s’affirmer en représentant le pays qui l’a vu grandir et se former.

Une situation qui s’améliore avec l’envie du développement du football africain

Si certains joueurs comme André Ayew ou Didier Drogba n’ont pas tellement hésité à porter les couleurs de leur pays d’origine, d’autres ont pris le temps de réfléchir.  Lorsque Sabri Lamouchi, alors sélectionneur de la Côte d’Ivoire,  l’avait appelé pour participer à la Coupe d’Afrique des Nations 2013, Serge Aurier avait décliné la proposition. Il était encore trop tôt pour le latéral, qui n’avait pas tranché entre les sélections françaises et ivoiriennes. L’ancien joueur de Toulouse et du PSG avançait à l’époque : « J’avais dit que j’avais besoin de temps pour bien réfléchir, pour peser le pour et le contre. J’ai de la famille française, j’ai grandi ici. Ça aurait été un honneur pour moi de jouer pour la France. Mais je pense que la Côte d’Ivoire a plus besoin de moi que la France. C’est ce qui a vraiment fait pencher la balance ».  Et il s’agit précisément de cet état d’esprit dont a fait preuve Parfait Mandanda, frère de Steve, pour justifier son choix pour la sélection du Congo : «J’ai fait ce choix en me concertant avec mes amis Youssouf Mulumbu et Cédric Bakambu qui étaient dans le même cas que moi. A l’époque, aucun joueur congolais d’Europe n’avait accepté de rejoindre la sélection de la RDC. Je me dis donc Pourquoi pas ? Allons les aider ». Un raisonnement exprimé par Parfait Mandanda en faveur du développement du football africain sur la scène mondiale non partagé par tous les joueurs. Pendant l’Euro 2016, on dénombrait pas moins de 40 joueurs d’origine africaine parmi les 24 pays représentés. Une « fuite des cerveaux » pour certains pays qui se voient donc privés de joueurs à fort potentiel. Si le Nigéria a dû se passer de 5 joueurs (comme le Cap-Vert) dont le jeune Dele Alli ou le très bon David Alaba qui ont préféré opter pour les sélections de d’Angleterre et d’Autriche, le Sénégal, le Mali et le Cameroun ont dû oublier 3 sportifs chacun. La palme revient à la RD Congo qui va devoir faire sans 9 potentiels internationaux.

Les récents résultats aux compétitions africaines et internationales semblent donner raison à ces  joueurs qui hésitent entre plusieurs sélections. Le Sénégal, l’Egypte, le Maroc, la Tunisie et le Nigéria représenteront l’Afrique lors de la Coupe du Monde de Football. Un bon parcours de ces pays pourrait pousser d’autres sportifs à leur emboîter le pas.