SOCIÉTÉ

Il faut qu’on parle du meurtre de Josiah Lawson, étudiant à l’université de Humbolt

The Race Card pour Afropunk – 30 mars 2018.
 Traduction de l’américain par Vitally Lubin pour Nofi – 12 avril 2018. Parlons du meurtre de ce jeune étudiant afro américain. 

Si vous connaissez le Comté de Humboldt, c’est en général parce qu’il a la réputation d’être l’épicentre de la culture de la marijuana, bien avant que la Californie ne la légalise. C’est aussi dans le comté de Humboldt que se trouve l’Université d’État de Humboldt (HSU), qui se situe au Nord de l’état californien dans la petite ville d’Arcata. L’accueillant marché d’Arcata lui- même est l’incarnation de la survivance de la contre-culture des années 1960. Lawson était le président des Brothers United (Frères Unifiés), un groupe qui s’est formé suite au meurtre irrésolu de Cory Clark en 2001, un étudiant Noir de la HSU. L’objectif du groupe était d’apporter du soutien aux hommes Noirs évoluant dans une institution universitaire et une zone géographique majoritairement blanche au sein desquelles ils en étaient dépourvus. Alors que Josiah Lawson et quelques uns des membres des Brothers United participaient à une fête hors du campus, un groupe d’habitants Blanc s’est approché d’eux, en les accusant d’avoir volé un de leurs téléphones portables.

Un des habitants leur a demandé de vider leurs poches. C’est alors que la confrontation a tourné à l’altercation, laissant Josiah Lawson recouvert de gaz lacrymogène et des lacérations de plusieurs coups de couteau. Plusieurs témoins de la scène ont affirmé que la police s’était plus impliquée dans la gestion de la foule plutôt que dans le secours de Josiah Lawson. Les amis de Josiah ont été les seuls à faire tout leur possible pour lui sauver la vie. Les équipes paramédicales ne sont arrivées sur les lieux qu’une vingtaine de minutes plus tard. Les enregistrements de la radio de la police ont révélés que cette nuit-là, les agents présents ont retardé l’intervention des équipes médicales afin de gérer la foule. Il a été reporté que Lila Ortega, une des personnes suspectées, aurait dit « J’espère que ce n*gre va crever ».

Plusieurs témoins attestent avoir vu Kyle Zoellner lancer un objet brillant. Ce que la plupart ont considéré comme irresponsable de la part de la police est que bien que cinq personnes aient été impliquées dans l’altercation avec Josiah, seul Kyle Zoellner ait été arrêté cette nuit-là. Le décès de Josiah Lawson a été prononcé  le matin du 15 avril 2017. L’hôpital était à moins de deux kilomètres du lieu où il a été poignardé. Deux minutes en voiture. Angelica McFarland est celle qui aurait été vue en train d’asperger Josiah de gaz poivre et pourtant, elle n’a pas été interpellée. Cette nuit-là, la mère de McFarland a déplacé la voiture de Zoellner loin de la scène du crime et les 4 femmes impliquées dans l’affrontement étaient ensemble avant de parler à la police. L’officier qui a trouvé le couteau ne souviendrait pas s’il portait ou non un gant au moment où il l’a touché.

Les médias locaux on immédiatement diabolisé Josiah Lawson en dépit du fait que les 4 jeunes femmes impliquées dans la rixe étaient sous l’influence de la cocaïne et avaient des témoignages contradictoires au cours des procès préliminaires. Les habitants des environs ont qualifié le groupe d’étudiants Noirs et Métisses de « voyous » et « banlieusards d’Oakland ». Beaucoup se sont empressés de justifier le meurtre de Josiah Lawson prétextant les représailles physiques de ce dernier et de ses amis envers les habitants des environs. Zoellner a été relâché pour manque de preuves matérielles. Des manifestations réclamant justice pour Josiah Lawson ont éclaté suite à cette décision de justice.

Charmaine lawson, la mère de Josiah, entourée par des jeunes de Humbolt.
Crédit photo: Mad River Union.

La mère de Josiah, Charmaine Lawson, se rend chaque mois auprès de la justice pour faire progresser le dossier de son fils assassiné. Charmaine s’est aussi impliquée auprès des étudiants afin de s’assurer que l’administration de la HSU, le Département de Police d’Arcata et le Conseil Municipal résolvent les problèmes de sécurité et de racisme parmi les étudiants d’Arcata. Lawson a été reçue avec mépris par la communauté « libérale » d’Arcata. Chaque année, quand les futurs étudiants visitent l’université, l’administration évite stratégiquement les réclamations des étudiants à propos de la façon mensongère dont ils présentent leur établissement, le faisant passer pour un endroit sécurisé et un vecteur d’intégration.

Lisa Rossbacher, la Présidente de l’Université d’État de Humboldt, a été vivement critiquée, du fait qu’elle n’assiste jamais aux discussions concernant les questions raciales, et pour sa pratique du gaslighting* envers les étudiants qui expriment les dangers auxquels ils font face quotidiennement au sein de la HSU. A l’instar de Rossbacher, les officiels qui ont tenté d’aborder les problèmes de racisme l’ont fait à leur manière, usant de méthodes irréalistes qui ont pour effet de minimiser les conséquences ses conséquences. Alors qu’elle parlait au cours d’une des veillée-hommage à Josiah, la Conseillère Municipale Susan Ornellas a été interpellée par un étudiant qui lui a demandé ce que la ville d’Arcata faisait pour combattre la Suprématie Blanche – en référence à un épisode supposé impliquant le Klu Klux Klan dans les environs. Elle lui a répondu que ce qui était considéré par de la Suprématie Blanche par les uns était en réalité le fait de simples différences culturelles.

L’afflux soudain d’étudiants de couleur a provoqué une vague d’hostilité de la part des habitants locaux, n’étant pas habitués à coexister avec des personnes de couleur. A Arcata, les POC (People of Color, ici « les personnes de couleur ») sont sujettes à l’insécurité de l’emploi, à la discrimination au logement et aux rappels quotidiens qu’elles ne sont pas les bienvenues. Avant le meurtre de Josiah Lawson, les étudiants protestaient en grand nombre contre le racisme profond au sein de la communauté estudiantine. En réaction à un épisode raciste, Rossbacher a envoyé un mail tentant de rassurer les élèves que Humboldt est en fait un endroit sûr. Cela a eu pour effet la création du hashtag #POCNORMSHSU, grâce auquel les étudiants partageaient leurs expériences douloureuses vécues à Humboldt. Depuis le meurtre de Josiah Lawson, le Centre Multiculturel de la HSU a été vandalisé deux fois, avec des visées particulières sur les affiches concernant l’enquête sur le meurtre de Josiah Lawson qui ont été retrouvés déchirés à deux reprises. Les responsables des faits ont laissé une note disant : « Les Blancs sont les bienvenus aussi ». Les étudiants présents lors de la découverte des actes de vandalisme ont reporté que la police de l’Université a réagi avec une certaine apathie.

La réaction au racisme de l’Université de Humboldt au sein de ses institutions et concernant le meurtre irrésolu de Josiah Lawson est le symptôme d’une narration commune d’étudiants de couleur réduits à des quotas, des opportunités de marché et des subventions. Le fonds pourvu par l’établissement d’Enseignement Supérieur des Population Hispaniques (HSI) a versé des millions de dollars de subventions aux Universités californiennes d’état comme privées, pour qu’un quart des inscriptions soit celles d’étudiants identifiés comme Hispano et Latino- Américains. En 2012, le pourcentage d’étudiants Hispano et Latino-Américains était de 22,2%. En 2016, ce chiffre atteignait 33,7%. Des lieux comme le Centre des Étudiants Latino- Américains ne voient jamais la majeure partie de cet argent versé par le HSI et les cours dédiés aux questions touchant spécifiquement les populations Hispano et Latino-Américaines sont en état de survie pour cause de restrictions budgétaires. En 2001, quand Cory Clark a été assassiné, la population des « personnes de couleurs », toutes origines confondues, était de 16%. La proportion d’étudiants Noirs a stagné autour de 3% mais leur représentation sur les supports de communication publicitaires de l’Université d’État de Humboldt donne une proportion ressentie plutôt autour de 40%. Pour ce qui est du marketing et de la sur-représentativité des « personnes de couleurs », l’étudiante Deema Hindwahi à déclaré « Si tu es photographié par l’Université d’État de Humboldt et que tu es une personne de couleur, il est fort probable que tu te retrouves dans les brochures et le site web de l’école pour inciter à l’inscription. »

D’autres étudiant qui travaillent au Centre Multiculturel ont exprimé leur frustration face aux restrictions budgétaires, provoquant la diminution des heures tandis que le Centre sert de vitrine marketing pour le recrutement d’étudiants. Un étudiant a constaté : « Nous investissons de l’argent dans cette institution et l’institution n’investit pas en nous. »

Le meurtre de Josiah Lawson et les actions menées par les étudiants ont conduit le Conseil Municipal d’Arcata à mettre en place un rassemblement mensuel concernant la sécurité des étudiants, couplé à une mise à jour des avancées de l’affaire Josiah Lawson. L’ambiance de ces rassemblement pour la sécurité des étudiants, ayant pour objet des problèmes délicats, est devenue houleuse et pour finir, ceux-ci ont été brusquement annulés. Le 22 mars dernier, grâce au plaidoyer de Charmaine Lawson, les rassemblements ont été remis en place mais cette fois sans les officiels de la ville, sans l’administration de l’Université et sans nouvelles des avancées de l’enquête sur le meurtre de Josiah. Ces rassemblements ont été structurés pour les personnes de couleurs dans le but d’éprouver les concernés et d’insister en répétant des choses que le Conseil Municipal a déjà entendu. Nombreux parmi ceux qui ont pris la parole étaient des amis proches de Josiah et espéraient d’une part des avancées juridiques dans l’affaire du meurtre et d’autre part, des informations sur les efforts en cours pour améliorer la sécurité des personnes de couleur.

Alors que la date du premier anniversaire de la mort de Josiah Lawson approche, beaucoup sentent que l’Administration de l’Université tout comme les officiels de la ville d’Arcata aimeraient voir disparaître l’attention portée à l’affaire, comme pour le meurtre de Cory Clark. Une mère a envoyé son fils à l’université pour recevoir ensuite un coup de fil lui annonçant la mort de ce dernier. Tant bien que mal, les officiels sont restés complaisants. Pour finir, l’origine raciale de Josiah a joué un rôle primordial dans son assassinat et cela se voit au travers de la réaction des forces de police, du déclenchement de la dispute lors de la fête et du fait que l’affaire piétine. Un jeune étudiant prometteur a été assassiné et le meurtrier vit toujours parmi les habitants de la population de Humboldt. La plupart considère comme nécessaire qu’un examen externe de la réaction des forces de police ainsi que des équipes médicales de cette nuit-là soit mené. Une ancienne étudiante, Tina Sampay, qui a écrit des articles sur l’affaire depuis le début a déclaré que:

« L’absence de justice dans l’affaire Josiah Lawson est révoltante mais connaissant le fonctionnement de la Suprématie Blanche et du racisme, on est pas étonnés. Je suis tout de même surprise par la façon dont les autorités locales ont géré l’affaire parce qu’il était un étudiant de faculté, sur la bonne voie. Ce qui est extrêmement décourageant est de se rendre compte à quel point l’Université d’État de Humboldt est aux abonnés absents quand il s’agit de soutenir les étudiants de couleur. Et tout particulièrement, elle n’a été présente sur  aucune des initiatives d’équité, ni même sur les débats sur le racisme et la sécurité qui se sont déroulés au cours de l’année qui a suivi le meurtre. »

La semaine dernière, une campagne sur les réseau sociaux a démarré pour porter l’affaire Josiah Lawson à l’attention de tout le pays, pour que son histoire dépasse les frontière du comté de Humboldt.

Vous pouvez utiliser le hashtag #JusticeforJosiah
Pour plus d’informations et avancées sur l’affaire allez sur le site https://www.justiceforjosiahlawson.com/ ou allez sur la page Facebook Justice for David Josiah Lawson.

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*Gaslighting: pratique d’un individu qui manipule, ou « endort » son interlocuteur.