CULTURE

Le CM 98: vingt ans de commémoration des ancêtres esclaves

Le Comité Marche du 23 mai 1998 (CM98) est une association antillaise dont l’objectif est de réhabiliter, honorer et défendre la mémoire des victimes de la traite négrière et de l’esclavage colonial. Le comité travaille également sur les spécificités des sociétés post – esclavagistes et participe ainsi à la lutte contre le racisme et l’esclavage contemporain. À l’occasion de son vingtième anniversaire, qui aura lieu le 23 mai 2018, revenons sur les batailles menées, ses victoires et ses perpectives d’avenir.

Le CM 98, qu’est-ce que c’est ?

Le 23 mai 1998 est assurément une date clé dans l’histoire de la République française. En effet, à l’occasion du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, une marche silencieuse se déroule à Paris sous le slogan « Pensez à nos parents qui ont vécu le martyr de la traite et de l’esclavage colonial ». À la grande surprise des organisateurs, cette manifestation réunit 40 000 personnes, majoritairement des Français descendants d’esclaves. C’est ainsi que naît, 1 an plus tard,  le 30 novembre 1999, le Comité Marche du 23 Mai 1998 (CM98). Les fondateurs décident de faire officiellement du 23 mai, la journée nationale du souvenir des victimes de l’esclavage. Cette effervescence, historique, survenue un jour de mai 1998, contribue à l’adoption de la loi Taubira de 2001, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’Humanité. L’action du CM 98 a permis que de nombreux projets pour perpétuer la mémoire des Africains déportés soient aujourd’hui en cours de réalisation en France.

Depuis maintenant 20 ans, les responsables du comité mènent un combat acharné pour la reconnaissance de leur ascendance africaine et le respect des personnes déportées dans les Caraïbes avec lesquels leur histoire commence. Le 28 février 2017, près de 20 ans après la première marche, le parlement français adopte enfin l’article 75 de la loi n°2017-256, qui modifie la Loi n° 83-550 du 30 juin 1983. Celle-ci est désormais relative à la commémoration de l’abolition de l’esclavage et en hommage aux victimes de l’esclavage. Elle stipule également que :

« La République française institue la journée du 10 mai comme journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, et celle du 23 mai comme journée nationale en hommage aux victimes de l’esclavage ».

L’ancien Président du CM 98, Serge Romana, avait d’ailleurs, en janvier 2017, entreprit une grève de la faim devant le Sénat, pour le rétablissement de l’article 20A de la loi Égalité Réelle en Outre-mer, qui instaure notamment le 23 mai comme date officielle supplémentaire de commémoration de l’esclavage. Serge Romana a cédé sa place de Président au Dr Emmanuel Gordien le 23 novembre 2017.

L’ancien Président du CM 98 – Serge Romana © framboisechocolatandco.over-blog.com

 

« Nous souhaitons faire du 23 mai 2018 un moment exceptionnel. Une journée autour de laquelle les Français descendants d’esclaves et tous les citoyens épris de justice et d’humanité fraterniseront pas milliers ».

 

La marche du 23 mai qui aura lieu cette année, fera écho à la marche initiale de 1998, mais elle permettra aussi de donner une dimension plus universelle, plus républicaine au combat mené par les diasporas ultramarines. Rassembler autour d’une cause qui ne concerne pas seulement les Antilles, la Guyane et la Réunion, mais l’humanité toute entière, comme le démontrent les événements en Libye et dans plusieurs autres pays. Cette journée se déroulera en deux temps: un temps commémoratif, dans des cérémonies républicaines et religieuses qui se tiendront en Ile-de-France, en présence de responsables associatifs, d’élus et de ministres de la République. Et un temps mémoriel et culturel fort, à Paris : « la Fête de la Fraternité, Limyè Ba Yo ! Reconnaissance et Réconciliation ».

Un autre projet fondamental du CM 98, ayant été accepté par le prédécesseur d’Emmanuel Macron, François Hollande, est en cours de réalisation. Il sera présenté lors du rassemblement: Le Mémorial National des Victimes de la Traite et de l’Esclavage.

Le CM 98 a pour projet d’implanter aux Tuileries, un grand panneau de verre sur lequel seront gravés les 200 000 prénoms et noms patronymiques qui ont été attribués aux esclaves des vieilles colonies françaises : Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion, ainsi que les numéros de matricules qui leurs ont été donnés.  Le jardin des Tuileries a été choisi pour trois raisons : il s’agit tout d’abord du lieu touristique français le plus visité au monde, ce qui donnera au Mémorial une visibilité massive ; ensuite, non loin des Tuileries, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen a été adoptée en 1789, bien que l’esclavage perdurait à cette époque. Le troisième point est que les Tuileries se situe à côté de l’ancien ministère de la marine et des colonies. On peut également ajouter que les Tuileries se situe non loin de l’Assemblée Nationale et près de la Place de la Concorde.

Le nouveau Président du CM 98 / Dr Emmanuel Gordien © genealogiques.fr

Le CM 98 a à cœur de faire perdurer son combat à travers les générations futures, en poursuivant ses actions relatives à la généalogie (retrouver ses aïeux esclaves grâce à la base de données de 120 000 guadeloupéens et martiniquais esclaves avant 1848), comprendre les particularismes des sociétés post esclavagisme, en apprenant leur histoire et leur anthropologie dans le cadre de l’université populaire, créée par le CM98 en 2010 et bien évidemment, continuer à honorer la mémoire des aïeux esclaves des Antillais, Guyanais et Réunionnais. Ceci, en organisant tous les 23 mai, la commémoration des victimes de l’esclavage colonial. Tout cela en partenariat avec l’Etat, les collectivités territoriales et les associations, autour d’objets mémoriels créés par le CM98. Une marche qui promet encore d’être riche en histoire et en émotion.

Voici l’une des éditions du CM 98 Lymiè Ba Yo !

Source:

Entretien avec le Président du CM 98 Emmanuel Gordien

Documents du CM 98

 

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