CULTURE

Les noms de famille martiniquais d’origine africaine

On traite ici des noms de famille martiniquais d’origine africaine qui auraient été préservés depuis la période de l’esclavage.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Dans un article précédent, j’ai rappelé le cas de la famille Massembo de Guadeloupe, qui autres traits culturels, avait préservé jusqu’à ce jour son nom de famille hérité de ses ancêtres africains. Malgré les réelles difficultés rencontrées par cette famille pour préserver cette identité, celles-ci furent toutefois différentes de celles dont ont fait l’expérience les Africains et leurs descendants déportés aux Antilles Françaises durant la période de l’esclavage.

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Après cette dernière, qui prit fin en 1848 en Martinique, on demanda aux esclaves affranchis d’utiliser des noms différents de ceux de leurs anciens maîtres. Alors que certains d’entre eux utilisèrent des anagrammes des noms de leurs anciens maîtres, des noms religieux voire faisant référence à la mythologie antique, d’autres choisirent des noms n’ayant aucune étymologie en français.

Dans des cas, ces noms étaient d’origine africaine et furent choisis par les esclaves affranchis, car il s’agissait de leur nom d’origine qu’ils avaient continué à utiliser plus ou moins clandestinement dans le contexte de l’esclavage.

Un exemple illustrant cette situation est celui d’une ancienne esclave martiniquaise prénommée Louisia par ses maîtres, dans le cadre de l’esclavage. Lors de l’abolition, elle fut invitée à utiliser un nom de famille différent de celui de son ancien maître. Elle choisit donc d’utiliser comme nom de famille son prénom africain Londo. On sait que ce dernier est africain, non seulement parce qu’il en possède la consonance, mais aussi parce que Louisia Londo a clairement expliqué à ses enfants et à ses petits-enfants que le nom Londo venait d’Afrique où il était à l’origine son prénom. Son nom de famille en Afrique (probablement centrale) était M’Pollo N’Delle. L’histoire de cette femme morte en 1938 a été racontée, près de soixante ans plus tard par sa petite-fille Hélène-Aimée Labranche-Debrose dans son ouvrage Je vous la raconterai : M’Pollo N’Delle Londo, esclave africaine née en Guinée : souvenirs d’enfance.

De nombreux autres noms adoptés par des affranchis après l’Abolition de l’Esclavage ont une consonance africaine. Toutefois, contrairement Louisia Londo, leur origine africaine n’a pas été toujours été confirmée à leurs descendants de génération en génération.

Pour combler cette lacune, c’est à cet exercice de recherche étymologique et historique que se sont adonnés les universitaires Guillaume Durand et Kinvi Logossah dans leur ouvrage Les noms de famille d’origine africaine de la population martiniquaise d’ascendance servile.

Dans ce cadre, ces auteurs ont pu mettre en évidence des propositions d’étymologie pour des patronymes martiniquais apparemment d’origine africaine et précédant l’arrivée de travailleurs engagés la décennie suivant 1848.

Parmi ces nombreuses propositions, de l’aveu même de ces chercheurs, certaines sont beaucoup plus pertinentes que d’autres. Un point particulièrement intéressant de la méthodologie de ces auteurs est qu’ils ont conjugué la probabilité de l’origine linguistique d’un nom avec les contacts historiques entretenus par la Martinique avec les régions d’Afrique concernée.

noms de famille martiniquais d'origine africaine

Pierre Aliker

Cela leur a par exemple permis de postuler de manière convaincante qu’Aliker, nom de famille d’André, journaliste martyr de la conscience ouvrière en Martinique et son frère Pierre, homme politique en faveur de l’autonomie de l’île, était originaire de l’ethnie Acholi d’Afrique de l’est.

Noms de famille martiniquais d'origine africaine

Un homme acholi

De même, les auteurs ont fait remarquer que le nom Anelka se retrouvait chez les Efik du Nigéria et dont le nom du célèbre footballeur pourrait dériver.

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Nicolas Anelka

Durand et Logossah font aussi dériver le nom Kanuty, notamment porté par le conseiller régional d’Île de France Pierre Kanuty, du nom répandu au Soudan occidental Kanouté. Selon ces auteurs,  Kanouté serait en Afrique un prénom féminin signifiant ‘joie’ et dont le premier Martiniquais connu pour l’avoir porté aurait été une femme. Si ces dernières données sont exactes, la comparaison serait tout à fait pertinente.

Un dernier exemple parmi d’autres concernant ces noms africains préservés depuis l’esclavage en Martinique  est celui de Matinda, un nom issu de l’ethnie ngala et répandu aux Congos. Ce nom se retrouve comme patronyme en Martinique, où il est notamment porté par le musicien (Olivier) Matinda fondateur du groupe Ruff Neg.

Matinda et son fils

Ces quelques exemples de noms martiniquais  illustrent la persistance de l’héritage africain aux Antilles en général, mettant à mal le cliché d’îles et de leurs habitants ayant cherché à effacer la mémoire de l’Afrique de leurs identités.

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