HISTOIRE

La bataille de Kitombo (1670)

Le 18 octobre 1670 eut lieu la bataille de Kitombo, un affrontement entre l’Etat kongo de Soyo (actuel nord-est de l’Angola, frontière du Congo-Kinshasa et proche du Congo Brazzaville) et les troupes de l’empire portugais. Il en résulta une victoire décisive des Kongos, l’une des plus impressionnantes de la part d’Africains face aux envahisseurs européens.

Par Sandro CAPO CHICHI / Nofipédia

L’émergence de Sonyo en tant qu’état indépendant
Dans la deuxième moitié de 14ème siècle s’était établi en Afrique centrale le royaume de Kongo. Jusqu’à la deuxième moitié du 16ème siècle, celui-ci allait élargir son territoire , intégrant au fur et à mesure les états de Mpangu, de Nsundi, de Mbata et enfin de Soyo. En 1665 avait eu lieu la défaite du royaume kongo contre les Portugais lors de la bataille de Mbwila en 1665 qui avait entraîné une grave guerre civile dans le royaume de Kongo entre deux branches différentes de la famille royale, les Kimpanzu et les Kinlaza. Entre temps, dans la première moitié du 17ème siècle, l’état de Sonyo avait gagné en autonomie avant de devenir totalement indépendant du royaume de Kongo. Bénéficiant de réserves importantes de peaux de léopard, de queues d’éléphants, de cuivre, de bois rouge et d’ivoire, Soyo allait bénéficier de la demande des Néerlandais, des Anglais et des Portugais pour ces produits. Ils achetaient aussi du tissu à la province de Ngoyo située plus au Nord avant d’envahir cette dernière et d’installer à sa tête un prince de Soyo. La route commerciale reliant Soyo à ses ressources ne passant par la capitale de Kongo Mbanza Kongo, elle affaiblissait progressivement le pouvoir central et enrichissait Soyo. Outre le plan économique, la séparation entre Mbanza Kongo et Soyo s’était aussi faite sur le plan militaire.

Plan contemporain de l'aire kongo avec la ville de Soyo (Sonho) entourée en rouge.

Plan contemporain de l’aire kongo avec la ville de Soyo (Sonho) entourée en rouge.

Casus Belli et premiers combats
A partir de 1636, Soyo avait infligé une série de défaites à Kongo, maintenant ainsi son indépendance. En 1669, Soyo, traditionnellement proche du clan Kimpanzu fut suffisamment puissant pour imposer son candidat de ce clan à la tête de Kongo, Alvaro IX après avoir ravagé la capitale de Kongo, Mbanza Kongo sous le commandement du conte Paulo II Da Silva, souverain de Soyo. Après cette défaite du royaume de Kongo, le gouverneur de la province de Mpemba dépendante de Kongo, Rafael alla demander l’aide des Portugais leur offrant de l’argent et leur promettant de bénéficier du fructueux commerce et du territoire de Soyo s’ils aidaient les Kinlaza à regagner le pouvoir à Mbanza Kongo en attaquant Soyo. Les Portugais, qui avaient établi la province d’Angola au sud et qui rêvaient de s’accaparer la richesse de Soyo acceptèrent évidemment l’offre et en juin, les Portugais, avec 400 fantassins armés de mousquets, des cavaliers, quelques canons, des guerriers imbangala, ainsi que l’armée de Kongo prêtée par Rafael accompagnée de six bateaux qui, avec l’armée terrestre prendrait l’armée de Soyo ‘en sandwich’ attaquèrent l’armée de Soyo lors de la bataille de Mbwizi dans le sud de l’état de Soyo. Les Portugais l’emportèrent, tuant Paulo II da Silva et installant Rafael sur le trône de Kongo.

La bataille décisive de Kitombo
La grande force de Soyo dans cette guerre fut de ne pas se démobiliser instantanément. Le frère du souverain de Soyo décédé, Estevão da Silva, fit preuve d’une extraordinaire force de caractère pour remotiver son peuple. Il reconstitua une armée, achetant notamment de l’artillerie à des marchands néerlandais pour rééquilibrer l’arsenal de Soyo face à celui des Portugais. Pendant, ce temps, ces derniers s’adonnaient au pillage et aux exactions sur les populations autochtones alors qu’ils avançaient vers le nord. Le 18 octobre 1670, l’armée de Nsoyo attaqua l’armée portugaise à Kitombo et la réduisit littéralement à néant, tuant les uns et forçant les autres à s’échapper ou à se noyer dans leur fuite. Lorsque la flotte portugaise arriva une semaine plus tard, Soyo leur envoya les cadavres démembrés des soldats tués au combat.
En défendant si héroïquement son indépendance, Soyo perdit une partie de son énergie et n’inquiéta plus Kongo. Toutefois, il parvint à obtenir via le pape, la reconnaissance de son indépendance et de sa souveraineté de la Portugal qui n’allait désormais plus s’aventurer à l’attaquer. Cette défaite fut l’une des plus terribles qu’ait connu le Portugal dans ses entreprises coloniales en Afrique et l’une des plus significatives victoires des Africains dans la défense de leur territoire face à des puissances étrangères; une victoire qui peut aujourd’hui montrer aux Afrodescendants, comme l’a montré Estevão da Silva que perdre une bataille n’est pas perdre une guerre, et comme le disait Maya Angelou, que « l’on peut subir des défaites, mais ne jamais être défait ».

 

Bibliographie

Black Christians & White Missionaries / Richard Gray
The Kingdom of Kongo  /  Anne Hilton
The Kingdom of Kongo : civil war and transition, 1641-1718 / John K. Thornton

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