SOCIÉTÉ

Amour : Et si on remettait les compteurs à zéro ?

XXIe siècle : le monde est devenu un gros village, l’argent régit tout, femmes et hommes n’ont plus le temps de vivre l’alchimie de vouloir être un. On se rencontre, on se baise, on se lasse et on se quitte. En notre temps, l’amour a-t-il vraiment encore une chance ?

Pour le savoir, oublions Paris, Londres, New-York, Washington, Venise, Moscou, Acapulco, Rio de Janeiro … et allons à Cotonou et Ouidah – deux villes magiques du Bénin – où, depuis le 06 novembre dernier, la Fondation Zinsou donne carte blanche à l’artiste malgache Joël ANDRIANOMEARISOA pour sa première exposition d’envergure sur le grand continent.

Joël Andrianomearisoa

Que ce soit à l’école, à l’église, au marché, à l’hôpital, sur un plateau de télé, dans la rue, on peut faire une rencontre amoureuse qui peut bouleverser une vie. Mais là, nous sommes au siège de la Fondation Zinsou en face du commissariat central de Cotonou et la scène se passe dans un hôtel quelque part dans le monde.

Amour & Joie
« L’hôtel, c’est un lieu qui n’a pas forcément d’identité, car il y a plusieurs personnes d’origines diverses qui se croisent, qui se mélangent sans distinction, sans préjugés »
Il y a du blanc, du noir, du rouge, du vert, l’air qui rafraichit d’un soleil trop brulant et il fait beau. Ils se rencontrent, n’arrivent pas à détacher leurs regards l’un de l’autre ; l’un rougissant, l’autre s’obligeant au regard oblique devant tant de beautés, tant de merveilles en une personne.
Il y a un bouquet d’accueil fait d’un magnifique tronc d’arbre posé sur des trépieds, des bagages attendant d’être montés dans les chambres ou rangés dans les coffres de voitures, la réception où sont accrochées des clefs donnant accès à l’infini, des phrases magiques inscrites blanc sur noir le long de la terrasse du Café et partout, ce jeu de lumières et d’ombres qui magnifient l’intensité des moments amoureux.

Joël ANDRIANOMEARISOA

 

Joël ANDRIANOMEARISOA

Joël ANDRIANOMEARISOA

Peut-être qu’ils prendront le temps de se connaître dans ce restaurant au l’étage pour lequel les plus grands chefs au monde se bousculeraient pour faire de cet instant des moments inoubliables de leur vie.

Joël ANDRIANOMEARISOA

Peut être encore qu’ils iront danser avant d’éteindre leurs brûlants désirs dans ces chambres impressionnantes de majesté sentimentale.

Joël ANDRIANOMEARISOA

Joël ANDRIANOMEARISOA

Joël ANDRIANOMEARISOA

Dans tous les cas, leur amour rimera avec joies et bonheurs en dépit des épreuves éventuelles.

Amour & Peines
Mais quand l’amour que l’on porte à l’autre est semblable à une orange, il vient un moment où il en reste peu de chose. On cherche alors à sauver la face avec un discours qui donne de la gravité.
Pour Joël Andrianomearisoa, c’est à Ouidah, ville située le long de l’océan atlantique à 30km de Cotonou. Et c’est particulièrement le banc public des premiers rendez-vous traduit par une installation en fer dans le jardin d’essai de la Fondation Zinsou.

Joël ANDRIANOMEARISOA

C’est la fin : on s’est aimés, on s’est promis la lune et même Mars et faute d’y arriver, on est revenu sur terre, dans ce jardin pour un dernier baiser « avant de sombrer dans la nuit noire de l’oubli ».
S’en suivront l’anéantissement, les larmes, les regrets, le manque d’envie de tout pour le cœur aimant.

Joël ANDRIANOMEARISOA

Puis le temps fera son effet et cette histoire comptera désormais au nombre des fleurs de son jardin d’amour. Un jour, hop, il se laissera bercer par une autre rencontre. C’est la vie.

Amour – Toujours
Ce qui frappe surtout dans cette exposition, c’est sa force dramaturgique. Car Joël Andrianomearisoa interroge avec l’espace et des matériaux trouvés pour 90% au Bénin (arbre, feuilles, néons, bois, fer, objets de récupération, papiers de cigarettes, papiers, draps, textile, clous, argenterie, porcelaine, etc) deux facettes de l’amour telles qu’elles se vivent de nos jours : l’amour produit de consommation et l’amour authentique.

A priori, on pourrait dire que l’artiste promeut l’amour produit de consommation contre l’amour authentique avec les actes II et III consacrés au « Dernier baiser » et « Après l’oubli » quand l’acte I s’intitule « Le temps d’une rencontre ou pour toujours ».
Mais c’est un paravent qui, tout en renvoyant aux études en architecture de l’artiste, veut amener le visiteur à prendre de ressentir et vivre profondément chaque moment passé avec l’être. Maintenant si vous devez rompre, quittez-vous avec grâce. L’amour, c’est la plus belle expérience qu’on puisse faire.

Jusqu’au 04 février 2018
Au siège de la Fondation Zinsou à Cotonou, à son jardin d’essai et son Musée à Ouidah, Entrée libre et gratuite.

L’auteur : Olaréwadjou Olaleye
Né à Kétou le 27 août 1983, je suis Co-fondateur et CEO d’une entreprise qui reverse une part importante de son bénéfice annuel dans l’éducation à l’art.

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