HISTOIRE

Le long processus d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie

Nous vous proposons une rétrospective de l’histoire de la conquête coloniale de ce territoire, mais aussi des luttes indépendantistes.

Généralement, lorsque l’on évoque la Nouvelle-Calédonie, cet archipel qui fait partie de la sous-région de la Mélanésie situé à 16 136 km à l’est de la France métropolitaine, d’aucun songe directement à un paradis perdu à l’autre bout de la Terre. Néanmoins, cette image de carte postale semble bien loin de la réalité de terrain. En effet, cette « Collectivité aux statuts spéciaux » du Pacifique est le théâtre de nombreuses frictions quant au devenir de cette « ancienne » colonie française.

La colonisation de la Nouvelle-Calédonie

Le roi Louis XVI de France donnant des instructions à La Pérouse, le 29 juin 1785.

C’est l’explorateur britannique James Cook qui fut le premier Européen à apercevoir la Nouvelle-Calédonie, le 4 septembre 1774. Ce capitaine de la Royal Navy baptisa le territoire la « Nouvelle-Calédonie » du fait, selon lui, de la ressemblance de l’île avec La Calédonie, l’ancien nom de l’Écosse. Quelques années plus tard, en 1788, ce sera au tour de l’officier de marine et un explorateur français, Jean-François de Galaup, Comte de Lapérouse d’approcher la côte ouest de Grande Terre. Cet archipel du bout du monde n’intéressa les puissances coloniales européennes que lorsqu’elles comprirent qu’elles pourraient tirer bénéfice de l’exploitation du bois de santal qui y foisonnait, au tournant des années 1840.  

Puis, du fait du déclin du commerce du bois de santal, les Européens, britanniques et français en tête, passèrent à un business somme toute immoral, mais très lucratif. Il s’agissait d’une pratique nommée le « Blackbird« , qui n’était, en réalité, rien de plus que de l’esclavage. En cette fin de XIX° siècle, nombreux étaient les aventuriers (negriers) à sillonner les eaux du Pacifique dans le but de « recruter » des autochtones pour les faire travailler principalement dans les plantations de canne à sucre de la région. Durant près de 40 ans, jusqu’au début du XXe siècle, des « travailleurs » Kanaks furent déportés et contraints de travailler pour assurer la richesse des puissances colonisatrices.

Le 24 septembre 1853, sous les ordres de Napoléon III, l’amiral Febvrier Despointes prendra officiellement possession de la Nouvelle-Calédonie et Port-de-France (Nouméa) sera fondée le 25 juin 1854. Quelques dizaines de colons s’établiront sur la côte ouest dans les années suivantes, puis la Nouvelle-Calédonie deviendra une colonie pénitentiaire. Entre 1860 et 1897, près de 22 000 criminels et prisonniers politiques y seront envoyés.

Avec la découverte d’importants gisements de nickel, en 1864, et la création de la Société Le Nickel en 1876, fondée par la famille Rothschild (bien qu’ils aient pris soin d’éviter d’être répertoriés en tant que fondateurs de l’entreprise), l’exploitation minière débuta sur les chapeaux de roues, accentuant la mainmise de la France sur l’archipel. La population kanak fut évidemment exclue de l’économie française et du travail minier, confinée à des taches serviles et subalternes.

Cette situation humiliante et inacceptable poussa de nombreux Kanaks à se révolter contre la France. Ainsi, en 1878, le Haut-Chef Atal parvint à  réunir plusieurs compatriotes et déclara la guerre à la France. La guérilla Kanak qui causa la mort de 200 colons fut suivie en 1917 d’un second conflit. Même si ces affrontements ne sont pas relayés dans les livres d’histoire, il est important de se rappeler que les populations Kanaks n’ont eu de cesse de se battre contre l’oppression coloniale et occidentale.

Les Européens y ont aussi apporté de nouvelles maladies telles que la variole et la rougeole, qui ont fait de nombreuses victimes. Les maladies françaises firent passer la population kanak d’environ 60 000 en 1878 à 27 100 en 1921.

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En vertue de la loi de départementalisation adoptée à l’unanimité sur la proposition d’Aimé Césaire, le plus jeune parmi les députés d’outremer en  1946, la Nouvelle-Calédonie fut érigée en territoire d’outremer. Ce nouveau statut vint abolir celui de l’indigénat. Il fallu attendre 1953, pour que les populations de Nouvelle-Calédonie bénéficient de la citoyenneté française. Toutefois, à cause du « Boom du nickel » et l’affût de travailleurs venus d’Europe et de Polynésie, les Kanaks finirent par devenir minoritaires sur leur propre territoire.

Fidèles à leur tradition de lutte anticolonialiste, les Kanaks se sont régulièrement opposés aux lois jugées iniques promulguées par l’État français entre 1976 et 1988. Les tensions atteignent leur comble entre le 22 avril et le 5 mai 1988, période durant laquelle des autonomistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) [] tuent 4 gendarmes et en prennent 27 autres en otage: un procureur et 7 agents du GIGN, dans les grottes de l’île d’Ouvéa. Les indépendantistes veulent ainsi forcer le gouvernement français à ouvrir des discussions au sujet de la libération du territoire Kanak du joug colonial. 

Le gouvernement français pour sa part, se refuse à négocier avec les combattants du FLNKS, et d’accéder à la moindre requête du groupe. La seule réponse française fut en effet l’envoie d’équipes des forces spéciales lourdement armées qui abattirent 19 des preneurs d’otages au cours de leurs assaut. Selon certains témoignages, de nombreux preneurs d’otages auraient été sommairement exécutés après avoir été capturés, ce que nie l’État français.

Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur

Cette tuerie se solde  le 26 juin 1988 par les  Accords de Matignon signés à l’Hôtel du même nom par le séparatiste Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur qui voulait garder la Nouvelle-Calédonie dans le giron de la Ve République française. Ces accords permettent d’assurer une stabilité toute relative durant près de 10 ans, même si ces derniers amnistient les massacres d’Ouvéa, et interdisent tout procès sur la mort de 4 gendarmes et de 19 indépendantistes Kanaks.

Puis, le 5 mai 1998 sont signés les accords de Nouméa, constituant la promesse de la République française d’accorder le pouvoir politique à la Nouvelle-Calédonie à sa population originelle, les Kanaks, jusqu’à ce que le territoire décide de rester une collectivité spéciale de la France ou de devenir un État indépendant lors d’un référendum prévu en 2018. Néanmoins, la France continuera de contrôler la politique militaire et étrangère, l’immigration, la police et la monnaie jusqu’au référendum et au-delà si la population choisit de rester française.

Le processus de décolonisation semble donc inéluctable, cependant, il convient de se demander pourquoi la France a-t-elle pris tout ce temps (20 ans) avant d’accorder l’indépendance ? 

En effet, à l’instar des colonies africaines à l’orée des années 1960, se pourrait-il que la France traîne cette affaire en longueur afin de pouvoir placer ses pions locaux et ainsi permettre en cas d’indépendance effective, que le nouvel état du Pacifique ne reste le vassal de l’ancienne colonie ? N’oublions pas que ce territoire est un point militaire majeur de la région et que tout porte à croire qu’il le restera dans les années à venir. De plus, il parait peu probable que la France ne continue à « parrainer » l’archipel afin de continuer à bénéficier des formidables ressources qui y gisent. En effet, le sous-sol néocalédonien contient pas moins du quart des réserves de nickel  du monde.

Comme en Afrique, l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie pourrait ne pas signifier pour autant la fin de la lutte pour la souveraineté des populations anciennement colonisées. 

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Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.

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