SOCIÉTÉ

Histoire de Saint-Martin, l’île aux multiples facettes

Après les ravages provoqués par l’ouragan Irma, une retrospective sur l’historique de ST-Martin s’impose.

Des fouilles archéologiques démontrent l’existence de la présence « amérindienne » 2000 ans avant l’ère occidentale jusqu’au XVème siècle de notre ère. Les Arawaks débarquent sur l’île entre 800 et 300 ans avant notre ère, un autre groupe vivait sur le site également. Ces peuples semi-nomades venus d’Amérique du sud, vivaient de chasse, de pêche et de cueillette. Successivement, d’autres peuples de pêcheurs et d’horticulteurs ont migré sur cette île. Au total, plus de 30 sites d’occupation ont été découvert sur l’île avant l’arrivée de Christophe Colomb. Les petites Antilles auraient été peuplées avant les grandes îles de la région Caraïbe et ces populations auraient fourni le substrat ethnique, culturel et linguistique nécessaire à la formation des hautes civilisations des grandes îles et d’Amérique centrale et australe. Ces populations pratiquaient la pêche, ainsi que l’agriculture itinérante du manioc. Les Taïnos auraient été les dernières populations amérindiennes à avoir vécu sur l’île vers 1500, jusqu’à l’arrivée des européens, qui apportèrent avec eux une multitude de virus et d’épidémies alors inconnues des autochtones.

L’île prend le nom de Saint-Martin le 11 novembre 1493, jour de la Saint-Martin, qui correspond à l’arrivée de  Christophe Colomb sur l’île lors de son second voyage vers l’ouest…

Au cours du XVIème siècle, grande époque des corsaires et des flibustiers, les européens convoitent l’île pour ses mouillages protégés et ses dépôts salins, ce qui lui vaut son nom de « Terre de Sel ». C’est au cours de ce siècle que les amérindiens sont réduits à l’état d’esclaves et déportés dans les îles voisines. À cause de sa superficie modeste (88 km2), Saint-Martin perd peu à peu de son intérêt, notamment aux yeux des espagnols qui finissent par la déserter.

Entre 1627 et 1631, la Hollande s’installe sur l’île dans le but d’exploiter les gisements naturels de sel dont elle a besoin, pour elle-même, et pour ses établissements sur le continent nord-américain. Un fort y est construit, en réaction à quoi l’Espagne met en place une occupation militaire à partir de 1638. Finalement, elle quitte complètement la Terre de Sel dix ans plus tard. Le 23 mars de la même année, Français et Hollandais signent le Traité du Mons des Accords (ou Mons Concordia), du nom de la montagne sur laquelle l’accord est conclu. Ainsi, l’île est divisée en deux parties : le nord appartient à la France (52 km2) et le sud à la Hollande (36 km2). Le traité reconnaît à la fois la double nationalité de l’île et son unité : aucune frontière physique n’existe entre les deux parties, la circulation des personnes et des biens est totalement libre.

Texte du Traité de Concordia :

« Aujourd’hui, 23 mars 1648 sont tombés d’accord MM. Robert de Lonvilliers écuyer, seigneur gouverneur de l’île de Saint-Martin pour Sa Majesté très chrétienne, et Martin Thomas, gouverneur aussi de cette île, pour MM. Le Prince d’Orange et des États de Hollande, et MM. Henry de Lonvilliers, écuyer, seigneur de Bennevent, et Savinien de Courpon, écuyer, seigneur de la Tour, lieutenant colonel dans l’île et MM. David Coppin, lieutenant d’une compagnie hollandaise, et Pitre van Zeun-Hus, lieutenant aussi d’une compagnie qui, de part et d’autre s’accordent par ces présentes :

 

  • Que les français demeureront dans le quartier où ils habitent à présent, et habiteront toute la côte qui regarde l’Anguille.
  • Que les hollandais auront le quartier du fort et les terres qui l’entourent côté sud.
  • Que les français et les hollandais qui habitent cette île vivront comme des amis et des alliés, sans qu’aucun de part et d’autre ne se molestent, à moins de contrevenir au présent concordat ; par conséquent il sera punissable des lois de la guerre.
  • Que si quelqu’un, soit français, soit hollandais, commet un délit ou une infraction des conventions, ou refuse d’obéir à ses supérieurs, ou se retirait dans l’autre nation, les accordeurs s’obligent à le faire arrêter dans leur quartier et à le présenter à la première demande de son gouverneur.
  • Que la chasse, la pêche, les salines, les rivières, étangs, eaux douces, bois de teinture, mines, ou des minéraux, ports et rades, et autres commodités de l’île seront communes, pour subvenir aux besoins des habitants.
  • Il est permis aux français, qui à présent vivent avec les hollandais, de se ranger et de se mettre avec les français, s’ils le désirent, à apporter leurs meubles, vivres, moyens et autres ustensiles, à la condition de payer leurs dettes, ou de donner une suffisante caution. Les hollandais pourront en faire de même aux mêmes conditions.
  • Si des ennemis viennent attaquer l’un ou l’autre quartier, messieurs les accordeurs s’obligent à s’entraider et à prêter leur secours l’un à l’autre.
  • Que les frontières et le partage de l’île, qui doit être fait entre les deux parties, seront remis devant monseigneur le général des français, et monsieur le gouverneur de Saint-Eustache, et les députés qui seront envoyés pour visiter les lieux. Après leur rapport il conviendra de diviser leurs quartiers et de procéder comme il sera dit.
  • Que les revendications de part et d’autre seront remises devant le roi de France et les seigneurs de son conseil et Messieurs le Prince d’Orange et des États de Hollande. Pendant ce temps les accordeurs ne pourront fortifier ni d’une part, ni de l’autre, à moins de contrevenir au concordat, et de supporter tous les frais, dommages et intérêts de l’autre partie.

 

Fait et passé l’an et le jour précités au mont surnommé des accords dans cette île : messieurs les accordeurs ont signé les présentes lettres où assistait M. Bernard de la Fond, écuyer, M. de l’Espérance, lieutenant d’une compagnie française à Saint-Christophe. Ainsi signé de Lonvilliers, Martin Thomas, Henry de Lonvilliers, de Courpon, David Coppin, de l’Espérance et Piter van Zeun-Hus ».

En 1763, la partie française de ST-Martin est rattachée à la Guadeloupe située à 250 km. Entre 1775 et 1784, la population blanche passe de 300 à 500 habitants. La population noire en servitude est constituée de personnes venues par bateau de l’Afrique pour certains et des îles voisines pour les autres passent subitement de 1000 à 2500 personnes. En 1802, l’esclavage est rétabli par Napoléon Bonaparte par décret du 20 mai. En 1816, la signature du traité de Vienne met fin aux luttes coloniales et assure définitivement la prédominance franco-hollandaise sur l’île.

Le 27 mai 1848, l’esclavage est aboli en Guadeloupe à travers le décret du 27 avril 1848 rédigé par Victor Schoelcher, le gouverneur Laryle décide d’appliquer l’abolition dans tout l’archipel le 27 mai 1848. Ce n’est qu’en 1863 que la partie hollandaise bénéficie de l’arrêt de l’esclavage. L’abolition de l’esclavage engendre le déclin des échanges commerciaux. Le XVIIIème siècle est synonyme de déclin commercial, ce qui pousse à l’exil de nombreux saint-martinois, français et hollandais vers d’autres îles pour leurs raffineries de pétrole, suscitant une baisse démographique de 18 %.

La France et les Pays-Bas mettent fin aux droits de douanes et aux contributions indirectes entre la zone néerlandaise et française afin de faciliter les relations commerciales entre les deux parties de l’île. L’agriculture et l’exploitation des salines restent les principales activités économiques.

Dans les années 1940, les États-Unis sont l’unique fournisseur de l’île et les échanges commerciaux entre l’île est le pays s’intensifient.

En 1946, ST-Martin et ST-Barthélémy forment un arrondissement, en 1963, les premiers établissements bancaires s’installent et les habitants peuvent se raccorder au réseau électrique. En 1965, c’est le début du tourisme à ST-Martin et en 1972, l’ouverture de l’aéroport de grand-Case. En 1980, l’économie touristique bat son plein, les États-Unis sont à quatre de vol et les acteurs économiques prennent conscience du potentiel de l’île. Le tourisme est la principale activité commerciale, l’île de ST-Martin devient l’une des destinations les plus prisées de la Caraïbe. Parallèlement, les lois successives de défiscalisation donnent lieu à un essor économique côté français.

L’interruption brutale des activités économiques de l’île est interrompue en 1995 par le cyclone Luis, alors qu’elle est en plein essor. Luis laisse derrière lui une douzaine de morts, des centaines de blessés et des milliers de sans-abris. La majorité des hôtels et des hébergements touristiques se voient dans l’obligation de fermer leurs portes, laissant sans emploi des centaines de personnes. Depuis, les acteurs locaux ont redoublé d’efforts pour que l’île retrouve toute sa splendeur et malgré une conjoncture économique moins florissante que les années précédentes, l’île reste la destination touristique de la Caraïbe la plus convoitée.