CULTURE

Similarités entre Egypte ancienne et Nok (Egypte Ancienne et Afrique Noire #1)

‘Egypte Ancienne et Afrique Noire’ est une nouvelle rubrique destinée à mettre en évidence, sur la base d’arguments rigoureux, les liens qui unissent les Afro-descendants et l’Egypte Ancienne. Ici, on vous parle des similarités entre deux traditions artistiques contemporaines : Egypte ancienne et Nok, une civilisation antique qui a fleuri dans ce qui est aujourd’hui le Nigéria. 

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Nok était une civilisation caractérisée par la production de remarquables sculptures en terre cuite. Les premières d’entre elles datent de 1000 avant notre ère et les dernières du neuvième siècle de notre ère environ. En cela, une partie significative de leur production est contemporaine de l’Egypte pharaonique. De manière intéressante, malgré la distance importante qui sépare les sites de ces civilisations, des ressemblances artistiques intéressantes ont pu être mises en évidence entre leurs arts.

Les représentations d’hommes à corps d’animaux

L’une des figures les plus célèbres de l’Egypte ancienne est probablement celle du sphinx. Elle représente des corps de lions possédant le plus souvent une tête humaine, ou plus rarement, une tête de faucon ou de bélier.

Egypte ancienne et Nok

Sphinx du Pharaon égyptien Thoutmosis III (15ème siècle avant notre ère)

On retrouve à plusieurs reprises, dans l’art de Nok, des corps de félins à tête humaine.

Egypte ancienne et Nok

‘Sphinx’ de Nok

 

On y retrouve aussi une intéressante figure d’oiseau à tête humaine.

Egypte ancienne et Nok

 

Egypte ancienne et Nok

En Egypte ancienne, elle trouve un intéressant point de comparaison avec la figure du ba, l’âme volatile du défunt qui prend aussi la forme d’un oiseau à tête humaine.

Egypte ancienne et Nok

Ba égyptien

La crosse et le flagellum

En Egypte ancienne, la crosse et le flagellum sont deux insignes portés simultanément par le dieu Osiris ou par son héritier, le Pharaon d’Egypte.

Egypte Ancienne et Nok

Le Dieu Osiris portant le flagellum et la crosse

De manière tout à fait étonnante, on trouve ces deux insignes portés simultanément sur une statuette de Nok.

Egypte ancienne et Nok

 

Egypte ancienne et Nok

Oeuvre conservée au Minneapolis Institute of Art

Problèmes d’analyse

Le problème de ces ressemblances, aussi frappantes que certaines puissent sembler, est que la civilisation de Nok ne nous est connue que par ces statues. Il n’existe pas d’autres données de cette culture nous permettant de comprendre clairement à quoi étaient associés ces objets par les populations les ayant créées comme c’est le cas en Egypte, par exemple.

Comme je l’ai dit dans un précédent article par exemple, une représentation dans une civilisation donnée peut avoir l’apparence d’un sphinx sans qu’il en ait la même origine et signification pour autant.

Dans le cas de l’oeuvre ‘Agassou’ du peintre béninois Cyprien Tokoudagba, le ‘sphinx’ représente une réalité différente de celle du sphinx de l’Egypte ancienne. Elle est une représentation imagée de l’union mythique de la princesse Aligbonon et d’un léopard, qui allait engendrer l’ancêtre des rois de Dahomey.

Artiste : Cyprien Tokoudagba

Il est possible que de la même manière, les ‘sphinx’ de Nok aient des fonctions et une origine différentes de ceux de l’Egypte ancienne.

Faute d’informations supplémentaires sur le contexte de son utilisation, la situation de l’oiseau à tête humaine est tout aussi problématique. On notera par exemple que les représentations égyptiennes du ba ne présentent pas de bec sur le visage humain, contrairement aux effigies trouvées à Nok.

La présence de la crosse et du flagellum apparaît comme plus intéressante. On ne retrouve en effet le port simultané de ces insignes que rarement sur un personnage de pouvoir d’un point de vue universel. Pourtant, des problèmes subsistent quant à cette comparaison. Pour établir que le flagellum et la crosse utilisés ensemble soient effectivement un symbole de pouvoir à Nok comme ce fut le cas en Egypte, il faudrait trouver plusieurs autres représentations de personnages de pouvoir possédant ces deux symboles.

Ce n’est à ma connaissance pourtant pas le cas. Même dans la statue de Nok qui nous intéresse,  la crosse et le flagellum ne sont pas tenus de la même manière qu’en Egypte.

Bien que limitées, ces ressemblances sont toutefois pertinentes. Espérons qu’elles servent de fondation à une démonstration plus complète de la part de futurs chercheurs sur les relations entre les civilisations antiques d’Afrique de l’Ouest et de l’Est.

Bibliographie

Frederick John Lamp / Ancient Terracotta Figures from Northern Nigeria

www.memoiredafrique.com/en/nok/

Claude Rilly / The Influence of Meroe on Subsaharan Africa

Bernard De Grunne / Naissance de l’art en Afrique noire. La statuaire Nok au Nigeria

collections.artsmia.org/art/93/god-osiris-ancient-egyptian