HISTOIRE

Les Noirs et l’origine de plusieurs villes du Maroc

De nombreuses traditions marocaines convergent pour associer les populations autochtones d’importantes villes marocaines à des Noirs.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Marrakech
Parmi ces villes, on compte d’abord Marrakech. D’après un auteur arabe, al-Marrakushi, Marrakech aurait été donné à la ville d’après le nom d’un esclave noir qui aurait pratiqué le brigandage. D’après ibn Khillikan, le nom signifierait ‘va-t-en vite’, phrase dite par les voyageurs dans ce site à leurs compagnons en raison du brigandage qui y régnait. Le site aurait anciennement été associé au brigandage et peut-être aux Noirs. L’exemple de Marrakech est toutefois le moins convaincant de ceux des villes que l’on va voir ici, l’association de Marrakech (=Mourrakouch) à un Noir pouvant avoir été due à la ressemblance de la dernière syllabe du mot avec le mot Kouch signifiant ‘un Noir’. Les choses semblent plus sûres au sujet de Fes et de Sidjilmassa.

Sidjilmassa

Sidjilmassa était un important centre commercial pendant le Moyen âge dans le sud-est marocain. Bien qu’elle soit associée aux populations noires durant son existence, elle l’est généralement par le biais du commerce d’esclaves noirs. Toutefois, le géographe arabe al-Bakri rapporte que le premier homme à avoir régné sur Sidjilmassa, qui fut fondée au 8ème siècle de notre ère était un Noir, ‘Isa ibn Yazid. Après avoir gouverné la ville durant 15 ans, il fut accusé de vol et d’infamie avant d’être exécuté. Dans sa thèse de doctorat, l’historienne marocaine Majda Tangi rapporte son hypothèse selon laquelle la région de Sidjilmassa aurait été principalement peuplée de Noirs avant l’arrivée de Berbères Meknasa et d’arabes au 8ème siècle. Ces derniers auraient d’abord utilisé un des Noirs autochtones pour diriger la population sur laquelle il avait, contrairement à eux, une influence. Lorsque les Meknasa auraient gagné suffisamment d’influence dans la ville, ils se seraient débarrassés de lui et auraient pris le pouvoir.
Fès

Idris I est considéré comme le fondateur de l’état marocain à travers la création du royaume idrisside. Il est aussi à l’origine de la création de la ville de Fès au nord-ouest du pays au 8ème siècle.Elle deviendra la capitale de l’Etat sous le règne de son fils Idris II.

ibn Abi Zar’ rapporte que dans une zone des environs de Fès, vivait un Noir nommé ‘Alun qui se livrait au brigandage et se livrait au pillage. Idris II l’aurait fait exécuter en public au dessus d’une fontaine qui à l’époque d’ibn Abi Zar’ portait encore le nom de ‘fontaine de ‘Alun’.

En conclusion

Bien qu’on ne puisse tirer de conclusions sur la seule base de ces textes à l’ensemble de tout le pays, il est intéressant de remarquer une récurrence dans les récits de fondation d’importantes villes du pays. Celles-ci sont dans chaque cas associées à la présence d’un autochtone noir se livrant au brigandage.

Majda Tangi se pose la question de cette récurrence en ces termes :

« Faut-il voir en ‘alun et Marrakech des individus isolés, ou bien les rescapés d’un peuple Sudan (=Noir) qui a disparu sous les coups d’immigrés venant de l’Orient. ‘alun et ‘Marrakech’ étaient-ils vraiment des brigands ou les défenseurs de leurs propres territoires menacés. L’accusation qu’on leur a imputé reste sujet de discussion. »

Référence :
Majda Tangi / Contribution à l’étude de l’histoire des « sudan » au Maroc du début de l’islamisation jusqu’au début du XVIIIe siècle