SOCIÉTÉ

« Biens mal acquis » : 3 ans d’emprisonnement requis contre Teodorin Obiang

Mercredi 5 juillet 2017, le procureur de la République a requis 3 ans de prison et 30 millions d’euros d’amende à l’encontre de Teodorin Obiang, jugé devant le tribunal correctionnel de Paris pour blanchiment d’abus de biens sociaux, détournement de fonds publics, abus de confiance et corruption. Retour sur l’affaire dite des « biens mal acquis ».

Teodoro Nguema Obiang Mangue de son vrai nom est l’actuel vice-président de la République de Guinée équatoriale et du parti présidentiel. Fils aîné du président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, il est jugé depuis le 19 juin 2017 à Paris dans l’affaire des « biens mal acquis ». En effet, suite à une plainte des ONG Transparency International France et Sherpa, il est impliqué dans une sombre affaire de recel et d’escroquerie [1].

L’ascension fulgurante de l’apprenti président

Obiang a d’abord été conseiller de la présidence dans les années 90’s avant d’occuper le poste de ministre de l’Agriculture et des Forêts durant 15 ans. En 2005, il est pressenti pour devenir vice-président de la Guinée équatoriale. En vertu d’une disposition constitutionnelle, Teodorin Obiang pourrait légalement succéder à son père à la magistrature suprême du pays [2]. Le 21 mai 2012, il n’accède qu’au poste de 2nd vice-président. Là, il sera en charge de la défense et de la sécurité. Quatre ans plus tard, le 22 juin 2016, il est finalement promu au poste de 1er vice-président. En restant en charge de la défense et de la sécurité, il concentre de nombreux pouvoirs.

L’ascension de Teodorin Obiang est spectaculaire, quoique tristement classique en Afrique, et ne laisse que peu de doute sur les ambitions du fils à succéder à son père [3]. Manuel Ruben N’dongo, un opposant équato-guinéen en exil à Paris, qui dirige le collectif des partis démocratiques d’opposition résume ainsi l’exercice du pouvoir dans son pays natal :

« Le pouvoir est aujourd’hui entre les mains d’une dizaine de personnes, toutes proches de la famille du président. Vous avez d’un côté le président Teodoro Obiang, sous l’influence de sa femme dont la volonté manifeste est de propulser à tout prix son fils Teodorin Obiang au sommet de l’État. De l’autre côté, Armengol et le général Mba Nguema, les frères du président, qui considèrent Teodorin comme incapable, voire dangereux »

 

Résultat de recherche d'images pour "teodorin obiang onu"

Teodorín Obiang est le vice-président de la République de Guinée équatoriale depuis le 22 juin 2016.

L’affaire des « biens mal acquis« 

Alors qu’il ne gagnait officiellement que 3 200€ par mois [4], Teodorin Obiang a pu :

  • dépenser près de 656 800€ de champagne en un week-end en Afrique du Sud
  • faire de nombreuses rénovations immobilières
  • s’acheter une Bentley Arnage de 2004
  • s’acheter une Bentley Continental R de 2005
  • s’acheter une Lamborghini Murcielago de 2005
Résultat de recherche d'images pour "teodorin eve"

Selon Slate Afrique Teodorín a eu une liaison avec la rappeuse américaine Eve.

Pour de nombreux observateurs, la plupart ou peut-être la totalité de la richesse de Theodorin pourrait provenir de la corruption liée aux réserves de pétrole et de gaz en Guinée équatoriale… Mais ça ne s’arrête pas là. Le patrimoine du vice-président de la République de Guinée équatoriale comprend aussi :

  • deux maisons en Afrique du Sud, d’une valeur combinée de 3 284 000€
  • un terrain de 27 318 931$ à Malibu (plutôt qu’à Malabo)
  • une maison de 460 m² sur l’Avenue Foch dans le 16e arrondissement de Paris
  • le Label hip hop TNO Entertainment

En septembre 2011, à Paris, 11 véhicules sont saisis, dans le cadre d’une enquête visant les biens mal acquis, dont :

  • une Maserati MC12
  • deux Bugatti Veyron
  • une Ferrari Enzo
  • des Rolls-Royce
  • des Bentley

 

Résultat de recherche d'images pour "teodorin obiang"

Teodorin Obiang, un homme d’État au train de vie astronomique.

Le procès de Teodorin Obiang

Teodorin Obiang est donc soupçonné par la justice française d’avoir financé ces dépenses faramineuses grâce aux produits de la corruption, de détournements de fonds publics et autres délits commis en Guinée équatoriale. Le 19 juillet 2012, l’autorité judiciaire française essaie de saisir son hôtel particulier parisien dans le cadre d’une enquête. Cependant, ce bien ayant été transformé en une annexe de l’ambassade de Guinée équatoriale à Paris, la saisie s’est révélée être un échec.

En septembre 2016, les juges Le Loire et Bilger ordonnent son renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris. Elle se tient depuis le mois de juin 2017. Au final, ce sont 3 ans de prison, 30 millions d’euros d’amende et la confiscation des biens saisis, qui ont été requis mercredi 5 juillet contre le vice-président de Guinée équatoriale Teodorin Obiang, au procès de l’affaire des « biens mal acquis ».

Selon le parquet :

« Si Teodorin Obiang est le premier à être jugé dans les affaires de biens mal acquis, ce n’est pas qu’il soit une cible, mais parce que son cas ne présente aucune difficulté pour le délit de blanchiment ». [6]

Teodorin, qui ne s’est pas présenté au procès avait pour sa part, récemment déclaré au sujet de ce procès, qu’il s’agissait d’une :

« mascarade qui ne répond à aucune procédure légale (…) un montage contre le gouvernement légal de la Guinée équatoriale et contre l’Afrique« . [7]

Résultat de recherche d'images pour "teodorin"

Teodoro Nguema Obiang Mangue ne se présentera pas au procès

Pour l’avocat de la défense, Emmanuel Marsigny, il n’est pas possible d’appliquer le droit français pour des faits commis à l’étranger en faisant abstraction du droit étranger :

« Le parquet demande la condamnation de M. Nguema en disant que peu importe la légalité des actes commis par M. Nguema au regard du droit équato-guinéen, ce qui je pense ne peut être contesté par personne. Ils tiennent un raisonnement pour pouvoir assurer la condamnation qui consiste à dire : ‘j’applique uniquement le droit français, et au regard du droit français, je caractérise les infractions’. Ça revient à créer une compétence de juridiction universelle contraire à toutes les conventions internationales et c’est notamment et principalement ce que nous dénonçons, outre le fait que ce procès est actionné par des gens qui ont des visées, des finalités et des motivations qui ne sont pas celles affichées, mais qui sont politiques » []

Le jugement a été mis en délibéré au 27 octobre prochain.

Conclusion

Le train de vie outrancier du vice-président équato-guinéen doit certes être pénalisé, surtout lorsque l’on connaît la situation économique de la population locale. Toutefois, de quel droit la France se permet-elle de soumettre un homme d’État africain à ses lois ? La France serait-elle devenu le juge de l’Afrique ? Celle qui devrait faire appliquer une morale planétaire ? Posons-nous les bonnes questions…

Notes et références :

[1] Renaud Lecadre~ « «Biens mal acquis» : fin de procès pour le «kleptocrate» Teodorin Obiang« , Liberation.fr, publié le 5 juillet 2017

[2] « Teodoro Nguema Obiang Mangue est désormais vice-président« , mamafrika.tv, publié le 23 juin 2016

[3] « Plongez dans le monde luxueux et sans lois d’Obiang fils (1/2)« , Slateafrique.com, publié le 20 juin 2017

[4] « Guinée-équatoriale. Teodorín Obiang, le fils gâté qui siphonne son pays« , Courrier International, publié le 13 juillet 2012

[5] « «Biens mal acquis»: trois ans de prison requis contre Teodorin Obiang« , rfi.fr, publié le 5 juillet 2017

[6] « « Biens mal acquis »: prison, amende et confiscation requis contre Teodorin Obiang« , l’Express, publié le 5 juillet 2017

Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.

Posts : 274