SOCIÉTÉ

Le viol comme arme de guerre et de terreur au Congo

Si on vous dit viols collectifs avec extrême violence; parties intimes charcutées par des objets contondants ou tranchants; introduction de caoutchouc brûlé, de sel ou de soude caustique; fusils enfoncés dans le vagin avant de tirer à balles réelles; pétrole déversé au niveau de cette zone juste avant d’y mettre le feu; avortements à mains nues; seins sectionnés; garçons contraints par un fusil sur la tempe de violer mère et soeurs. Des mots crus, des mots durs, une vérité effroyable, qui se déroule en ce moment même en République Démocratique du Congo.

Par Sandrine D./nofi.fr

Bienvenue au Nord-Kivu, une région située à l’est du Congo et au sous-sol immensément riche où se côtoient or, diamant, pétrole, gaz, étain, tungstène, ivoire, caoutchouc, cuivre et coltan à profusion. Depuis 1998, une guerre impitoyable s’y joue, menée principalement par des milices rwandaises et ougandaises voisines contre la population locale qui les gêne dans leur entreprise de pillage pour les multinationales occidentales. Outre les massacres, des viols d’une extrême violence sont utilisés à l’encontre des femmes y compris âgées, des fillettes, des nourrissons et dans une moindre mesure des hommes. Ceci dans le but de terroriser la population locale, afin qu’elle fuie le pays, laissant le Nord-Kivu aux mains de bandits sans foi ni loi.

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Au milieu de cette désolation se distingue l’Honorable Denis Mukwege, un gynécologue-obstétricien spécialisé en chirurgie réparatrice, qui soigne et répare toutes ces victimes de viols. C’est en 1999 qu’il crée l’hôpital de Panzi à Bukavu, sa ville natale et capitale du Sud-Kivu, afin de donner naissance aux nouveaux-nés dans des conditions optimales. Hélas, le destin en décide autrement puisque sa première patiente est une femme violée avec le bas-ventre explosé par des balles. Horrifié, le docteur Mukwege pense que c’est l’oeuvre d’un fou, mais la même année il doit soigner 45 femmes dans le même cas. Le nombre de patientes victimes de traumatismes gynécologiques s’accroît et celui que l’on surnomme « Docteur Miracle » répare les dégâts, devenant un véritable père et consolateur pour ces personnes humiliées au plus profond de leur intimité. Car, outre le fait d’avoir subi un viol atroce qui restera impuni, elles sont rejetées par la famille pour avoir perdu ce qu’elles avaient de plus cher à savoir leur honneur. De plus, atteintes d’incontinence (perte continue et incontrôlée d’urine et de matières fécales) ainsi que de plaies purulentes, elles sont condamnées à la misère et à l’exclusion sociale, ce qui engendre une détresse psychologique immense. Aujourd’hui, Panzi est une fondation (comprenant toujours l’hôpital) qui accompagne ces femmes et filles dans leur reconstruction, leur alphabétisation et même leur auto-défense.

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L’horreur atteint son paroxysme lorsqu’on présente à Denis Mukwege une petite fille dont l’abdomen est totalement détruit par la violence des viols répétés. Il n’en peut plus, il décide de se battre pour que cessent ces crimes impunis, il alerte les autorités internationales, voyage pour dénoncer ces exactions commises par des bandes armées de miliciens ou de soldats réguliers, et l’inertie du gouvernement congolais. Par son combat, il commence à nuire aux intérêts de certains, il devient une cible à abattre. Après plusieurs tentatives d’assassinats dont celle du 25 octobre 2002- où l’un de ses proches est abattu- il s’exile en Europe. À son retour en 2003, il est sous protection des casques bleus de l’ONU durant un temps, mais actuellement il doit se débrouiller par ses propres moyens et vit cloîtré dans son hôpital.

Si Docteur Denis Mukwege est en vie et continue de panser des blessures atroces, il n’en n’est plus de même pour le docteur Gildo Byamungu, un autre gynécologue-obstétricien assassiné vendredi 14 avril 2017 de trois balles. Il était le seul gynécologue qui pratiquait à Uvira, dans l’est de la République Démocratique du Congo, où sévissent de nombreux groupes armés. Formé par Denis Mukwege dont il était proche, il dirigeait l’hôpital général de Kasonga, dépendant de Panzi, qui avait déjà été attaqué plus d’une fois.

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L’Honorable Denis Mukwege a dit :

« Le viol est une arme terriblement efficace et bon marché qui détruit les femmes et à travers elles, la société. À la différence des viols classiques où l’homme cherche à satisfaire sa libido, les viols de guerre sont planifiés, organisés et mis en scène en vue de provoquer l’exode des populations vers les villes, en laissant le champ-libre pour le pillage des richesses minières. Nous avons pu tracer la ligne rouge contre l’arme chimique, l’arme biologique, l’arme nucléaire, aujourd’hui nous devons mettre une ligne rouge contre le viol comme arme de guerre. Dans les zones de conflits, les batailles se jouent sur le corps des femmes. Les victimes sont condamnées à perpétuité, certaines n’ont plus de périnée et ne pourront ni enfanter, ni avoir des rapports sexuels. Je crois que les femmes jouent un rôle moteur dans la société congolaise. Elles se lèvent le matin pour aller cultiver les champs, font la récolte, se rendent au marché en portant des charges deux fois plus lourdes qu’elles, ramènent de l’argent pour payer les frais de scolarité et médicaux. J’ai parfois honte de nous les hommes. 

Certains jours, mes équipes et moi opérions du jour au soir. Les lésions étaient si particulières que les manuels médicaux ne nous étaient d’aucun secours. Nous devions trouver nos propres solutions. Certains des épisodes vécus étaient si horribles qu’ils dépassaient l’entendement. Je devais mobiliser toutes mes forces avant d’entrer dans la salle d’opération. Mes premiers cas en 1999 étaient des femmes adultes. Mais maintenant, j’observe de plus en plus d’enfants, de bébés violés avec des périnées complètement déchirés, où il n’y a plus ni vagin, ni rectum, ni vessie, détruits en un seul trou. Ce serait facile de dire : “Je n’en peux plus, je cherche l’asile ailleurs.” Mais chaque fois que je pense ne plus pouvoir continuer, je vois des femmes arriver avec leurs mutilations graves, handicapées à vie, qui se battent pour le droit de leurs enfants et des autres. Ça m’a toujours ébloui. Si je dois exister, c’est pour cette raison. Ces femmes existent pour sauver notre humanité. »

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Originaire de la Caraïbe, je suis une amoureuse de nos riches et fascinantes cultures noires. J'aime particulièrement conter nos belles histoires.

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