CULTURE

La sémantique de l’être Noir ou la construction d’une condition raciale/ Partie 1

Par Ghyslain Vedeux. [Noir(e)] Signifiant-signifié. Naître, être noir(e), quel(s) sens ? conscient-inconscient ? Sémantique. Naître puis être (dans le sens de « devenir ») [noir(e)] initialement dans le contexte eurasiatique-occidental est une condition sociale que l’idéologie racialiste a transformée en condition raciale.

Les Prémices 

[Tous les premiers hommes sont apparus en Afrique…les six milliards d’humains actuels viennent tous de ce berceau tropical africain […] tous nos ancêtres étaient africains…[…] tous nos ancêtres étaient certainement « brun » (le concept de hiérarchisation des êtres humains par couleur de peau est apparu et a été défini entre le 15ème et le 19ème siècle de notre ère en occident) étant donné l’ensoleillement de l’Afrique. […] les humains partis de l’Afrique petit à petit se sont déployés, ils ont atteint d’autres climats et se sont adaptés.

[…] Comment sommes-nous passés du noir au blanc, des peaux foncées aux peaux claires ? Eh bien, c’est un gradient de coloration (pigmentation), avec moins d’ensoleillement on avait une nécessité d’avoir une peau avec un écran moins fort pour que la synthèse de la vitamine D qui est la synthèse de croissance puisse se faire. Si on a un écran de mélanine là où il n’y a pas beaucoup de soleil, la vitamine D ne se synthétise pas et on ne grandit pas, ce qui gêne la croissance et le développement de populations. […] Le (homme) blanc est une décoloration, je suis un décoloré et l’œil bleu, c’est épouvantable ce que je vais dire, est un œil qui n’a pas de couleur, c’est le fond qui se reflète. Je voulais ajouter quelque chose que l’on ne sait peut-être pas assez, aujourd’hui les six milliards et demi d’hommes qui sont sur la planète terre sont six milliards et demi d’homo sapiens, sapiens.

Or dans la classification, notre classification scientifique, le genre homo, c’est le genre humain. Le premier sapiens, c’est l’espèce sapiens et le deuxième sapiens c’est la race. […] on peut être tous raciste…puisqu’on est tous de la même race. Donc il n’y a qu’une race. Scientifiquement les races n’existent pas. C’est-à-dire que scientifiquement les races de trente-six mille animaux existent toujours, mais en ce qui concerne l’humanité, il n’y a pour le moment sur la terre qu’une seule race humaine, qui est la race sapiens, de l’espèce sapiens du genre homo.] . Ces propos sont ceux du paléoanthropologue Yves Coppens qui, lors d’un débat télévisé démontrait que scientifiquement, les « races » entre les hommes n’existent pas. Et donc qu’il n’y a qu’une seule sorte et forme d’humain sur terre qu’importe sa couleur, son teint, sa pigmentation de peau. 

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Mais l’organisation sociétale eurasiatique, économiquement, politiquement et socialement a classifié, catégorisé et hiérarchisé les êtres humains en fonction de leurs caractéristiques physiques donnant le même sens à « espèces animales » qu’à « race humaine ». Ce qui est un non-sens. Car très explicitement, scientifiquement les races humaines n’existent pas. Or socialement l’installation du système racialisant existe et est initialement imposée par « la loi » (Bulle papale, Codes noires, Code de l’indigénat…etc). Installant donc par principe un racisme d’Etat. Avant l’installation des systèmes des « démocraties-états de droits » et dès les premières [républiques], la société eurasiatique-occidental s’organise donc aussi en fonction d’une hiérarchie raciale. Les « démocraties-états de droits » où nous vivons aujourd’hui sont simplement une extension de l’organisation initiale des « classes sociales » soit la différenciation entre :

  • ceux nés de sang bleu royal/royauté-aristocratie-noblesse de clan
  • ceux nés libres/noblesse acquise-grande et petite bourgeoisie
  • ceux nés non libre/les sujets-les serfs

Hiérarchisation de cette société communément nommée, [la noblesse, le clergé et le tiers état].

Dès 1454 avec la publication de la bulle papale de Nicolas V (soit : réduire les africains et les noirs partout dans le monde à une servitude perpétuelle) il y aura la mise en place de l’idéologie et d’une organisation raciste validée par l’église Chrétienne. Pour se faire et légitimer cette infamie, la déshumanisation des « nouveaux esclaves venus » d’Afrique « noire » est actée. Et de nos jours, ces hiérarchisations et catégorisations sociales issues de l’idéologie suprématiste-raciste « blanche » sont représentées par :

  • les riches et très riches/les détenteurs du capital/ceux qui contrôlent le système financier et monétaire.
  • Les politiciens/les courtisans des riches et très riches qui sont en très grande majorité issus de la bourgeoisie
  • la bourgeoisie/les rentiers
  • la classe moyenne/Les citoyens
  • les pauvres/Les sujets, les pauvres ‘blancs’
  • les indigènes/les sujets riches et pour la majorité pauvres personnes ‘noires-arabes-autres non blancs’ originaires des anciennes [colonies] des pays occidentaux.

Le racisme et les discriminations (ici l’afrophobie puisque nous traitons de ce que être ‘noir’ de nos jours) impactent principalement les ‘noirs-arabes-autres non blancs’ face à l’accès au logement, aux soins de santé, à l’accès aux études à la formation, à l’accès à l’emploi…etc donnant à cette notion de « race » un signifiant et signifié qui installe un système racialisant (racisme systémique) qui installe et fige progressivement une [race-sociale]. La principale particularité est que de nos jours ceux qui dénoncent ce système discriminatoire et raciste sont ceux qui en subissent les conséquences. Les ‘noirs’ et autres ‘non blancs’ ont pris la parole sortant ainsi de l’antiracisme moral pour habiter l’antiracisme politique. Soit partir du point de vue des principaux concernés. Comprendre que naître et être ‘noir’, c’est être d’abord désigné racialement pour être ensuite catégorisé et classé socialement.

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Dans le contexte des africains américains ‘le/la noir(e)’ est explicitement nommé ‘black’. En France l’homme ‘noir’ bien que désigné, catégorisé et classé n’est pas nommé. Dans le contexte Français, ‘le/la femme-homme noir(e)’ n’existe pas. Issus des minorités, minorité visible, black…etc le vocabulaire français nomme par euphémisme celle qu’il a progressivement cantonnée dans la catégorie de la [race-social] de noir. Noir, blanc ou jaune..etc sont des concepts. [Les noirs] dans la société eurasiatique ont toujours désigné les esclaves-les pauvres-les serfs-les mal nés- les non-libres. En 937 (10ème siècle), première utilisation du mot Esclave, dérivé du latin « Sclavus », « slavus/slave » utilisé pour la première  fois à la place du mot « servus », dans un diplôme délivré à un marchand romain d’esclaves. En référence aux Slaves qui étaient razziés à l’est de l’Europe. Les Slavus (origine du mot esclave) étaient des pauvres européens de l’Est que ‘les nobles’ de leur pays se revendaient entre eux. En Occident-Eurasie, l’on naissait soit homme libre-noble-blanc, soit serf-pauvre-esclave-noir-non libre. Rien à voir avec les couleurs de peau. Noir et Blanc sont des concepts. Les premiers « noirs » étaient donc des « blancs ».

Noir, blanc ou jaune..etc appliqués aux êtres humains sont des concepts racialisant. Le racialisme soit la classification et la catégorisation des êtres humains en fonction de critères et caractéristiques physiques, psychologiques et psychiques est à la base même des fondations des institutions des pays eurasiatiques. Tous ceux ayant hérité de ce système racialiste sans se donner les moyens de le questionner sont emmenés consciemment ou non à adopter des attitudes ou des actions racistes (préjugés, humour douteux, ‘traditions’ raciste ex : le ‘black’face, insultes-agressions…etc). Donc inconsciemment tout est question de représentations construites avec une sémantique en vigueur racialisante. Dans ces représentations, face à ce qu’ils ne connaissaient pas, les théoriciens de ces concepts racialistes et racistes soit Varcher de la Pouge, Francis Galton, Kant, Blumenbach, Gaubineau, Voltaire, Charles Darwin, Victor Hugo, Enest de Renan…pour ne citer que ceux-ci, ont construit leur ‘logique’ sur un complexe d’infériorité face à leur incapacité à décrire et comprendre un monde, soit l’Afrique et ses populations, qu’aucun d’entre eux ne connaissait réellement.

La sémantique de l’être Noir ou la construction d’une condition raciale /Partie 2

Par Ghyslain Vedeux.