HISTOIRE

La résistance à l’esclavage des Wolofs de Sénégambie sur le continent américain

Les Wolofs de Sénégambie sont le peuple africain le plus actif dans les premières années de la résistance à l’esclavage sur le continent américain.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

La résistance de peuples africains spécifiques à l’esclavage est souvent présentée dans le seul contexte du continent africain. Elle l’est moins dans le contexte du continent américain. Les faits sont ainsi présentés comme si les identités africaines avaient été détruites lors de l’arrivée des Noirs en Amérique. Cette vision a deux effets négatifs sur la conscience historique des Afro-descendants. D’abord, les Noirs des Amériques d’aujourd’hui se voient éloignés de l’africanité de leurs ancêtres résistants. Ensuite, les peuples Africains du continent se voient privés de la revendication d’une partie de leur histoire.

En réalité, dans bien des situations, des esclaves de même région, de même nation, de même langue ou de même ethnie en Afrique se sont retrouvés et ont formé des liens particulièrement solides aux Amériques, créant de véritables mini-nations sur place. Si certaines révoltes d’esclaves aux Amériques étaient évidemment panafricaines, d’autres étaient le fait de groupes ethniques particuliers. C’est le cas de révoltes menées sur le continent américain par un groupe ethnique particulier, celui des Wolofs de Sénégambie.

Dès le  début du 16ème siècle, sont attestées des révoltes anti-esclavagistes menées par des populations appelées Gelofes ou Jelofes. Ce nom est évidemment une référence à l’empire wolof de Djolof. Djolof étant un empire, il est toutefois possible que certaines personnes référencées comme Gelofes~Jelofes soient des sujets de Djolof appartenant à une autre ethnie.

Ces Gelofes sont en tous cas à l’origine de la première révolte d’esclaves noirs  sur le continent américain. Elle eut lieu en 1522 dans la plantation de Don Diego Colon, le fils de Christophe Colomb dans l’actuelle République dominicaine. Bien qu’elle fut violemment réprimée,  elle vit la mort de douze colons. Certains insurgés parvinrent à s’enfuir en marronnage. La révolte fut menée, selon les sources par des Gelofes qui rallièrent d’autres Noirs christianisés.

La réputation des Gelofes comme un groupe ethnique particulièrement hostile à l’esclavage se propage alors rapidement chez les colons espagnols. Cette crainte entraîne les Espagnols à interdire, en 1526, la déportation de certains Noirs en Amérique, jugés trop insoumis à l’esclavage. Parmi ceux-ci sont cités les Noirs du Levant, les Noirs élevés en pays maure, les Noirs de Guinée et…les Gelofes, qui sont à la fois le premier groupe cité et le seul groupe ethnique africain mentionné.

L’insubordination des Gelofes se manifeste dans des révoltes dans les actuelles Colombie, Panama et Porto Rico. Au sujet de cette dernière, en 1532, est envoyée une lettre à l’impératrice d’Espagne lui suppliant de ne plus ‘importer’ d’esclaves Gelofes, les décrivant comme belliqueux et comme incitant les autres esclaves à la rébellion.

En 1532 toujours fut confirmée par édit l’interdiction, par le royaume d’Espagne, de déporter des esclaves gelofes en Amérique, les « décrivant comme arrogants, désobéissants, rebelles et incorrigibles » et incitant les autres Noirs à accomplir « de mauvaises actions ».

Au delà de leur attitude prompte à l’insoumission, les Gelofes sont décrits au 16ème siècle comme d’excellents guerriers et d’habiles cavaliers. Cette caractéristique leur était déjà connue en Afrique. Outre des témoignages européens contemporains qui font mention d’une armée du souverain de Djolof comprenant 8000 à 10000 cavaliers, l ‘épopée de Soundjata rapporte que ce dernier allait se procurer des chevaux en pays wolof.

Malgré la résistance des Wolofs aux Amériques et la crainte des esclavagistes à leur endroit , les négriers d’esclaves continueront, après le 16ème siècle, à déporter des esclaves wolofs parmi lesquels figureront de nombreux résistants. Il convient donc pour les peuples d’Amérique et de Sénégambie de se réapproprier une partie de cette histoire dont ils peuvent tous être fiers.

Références
Michael A. Gomez / Black Crescent: The Experience and Legacy of African Muslims in the Americas
Sylviane Diouf /  Servants of Allah : African Muslims enslaved in the Americas
Manuel Lucena Salmoral / Regulación de la esclavitud negra en las colonias de América Española