SOCIÉTÉ

Edith Brou, l’ivoirienne qui tisse sa toile autour de l’Afrique

Edith Brou est une femme d’opinion. Cette chef d’entreprise, que ses pairs surnomment « la patronne des influenceurs », est la présidente des blogueurs de Côte d’Ivoire. Elle incarne cette jeunesse déterminée à se prendre en main. Avec son réseau de militant inter-africain, elle fait  la promotion des usages positifs, et même indispensables d’internet pour le continent. Un outil qu’elle met  au service du développement et surtout de la diffusion d’informations, dans une Afrique en plein essor.

Le continent à l’heure du digital, un enjeu, un devoir, une nécessité. Entretien avec Miss Brou, une femme qui tisse  sa toile autour du monde.

En tant qu’entrepreneure et dans votre vie personnelle, qu’est-ce qu’internet vous a apporté ?

J’ai fondé le blog « L’actu d’Edith » et participé à la création de « Ayana webzine », le premier magazine web féminin ivoirien. Je suis également à la tête de ma propre entreprise, « Africa conten Biz », avec laquelle je me lance dans la production de contenu digital, accessible via carte board. Le fait de m’approprier internet, d’en faire un allié, ça m’a appris à connaître les gens de mon pays. Parce que les ivoiriens sont un public très exigeant. Mais la Côte d’ivoire est surtout un pays à fort potentiel et nous voulons qu’il prenne sa place dans le développement économique.  Nous souhaitons que les politiques arrêtent de nous infantiliser.

Comment sensibilisez-vous la population à internet ?

Nous faisons la promotion des usages positifs d’internet, au sein de l’association Akendewa, dont je suis la secrétaire générale et membre fondatrice. Akendewa signifie toile d’araignée en langue Baoulé. Nous avons vraiment axé notre travail sur l’importance d’internet dans le développement africain. Plus tard  Nous avons créé le collectif des blogueurs de Côte d’Ivoire, dont je suis aujourd’hui la présidente.

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Quels changements cet outil a-t-il  permis au sein de la société ivoirienne ?

L’accès à l’information, l’accès aux mook, le fait d’avoir un prof qui s’appelle Google et l’avantage de pouvoir savoir ce qui se passe dans le monde en temps réel. Cela a également permis la communication entre jeunes, de libérer la parole et même de tourner en dérision certains problèmes. Aujourd’hui, grâce à cet outil, on ne peut plus blaguer les jeunes. Même si le territoire ivoirien n’est pas couvert, tous les jeunes qui ont internet veulent de l’information.

Internet apporte également son lot de fausses informations, comment y faites-vous face ?

On a été formés au Fakechecking*, donc on fait au maximum pour démasquer les trolls. Evidemment, tout le monde n’a pas vocation à être formé à cela et la masse sera toujours vectrice de rumeurs. Comme on est très pointilleux sur la véracité de nos contenus, nous faisons un gros travail de sensibilisation.

Comment sont perçus les artisans du net en Côte d’Ivoire ?

Ils sont aussi une forme de pouvoir que l’Etat essaye de comprendre. Cela a pu nous créer des problèmes, un des membres de l’association avaient même été emprisonnés lors de l’Affaire du plateau. Nous savons que nous sommes écoutés et que ce qu’on diffuse peut entraîner des actions. Du coup, on fait attention à ce qu’on dit, mais lorsqu’on n’est pas d’accord, on le dit. La liberté est là, même si on est conscients du danger.

En quoi est-ce bénéfique qu’internet puisse s’inviter en politique ?

Internet a été très utile et même salvateur, notamment lors de la crise post électorale de 2012.  Nous incitions les citoyens à aller voter dans la paix, à se prendre en main en participant au scrutin. Notre travail constituait aussi à dénoncer es irrégularités lors de ces élections. On essaie de se faire l’écho de la population.

Quels rapports entretenez-vous avec les autres militants africains ?

Notre réseau d’activistes africains s’étend depuis le Maghreb jusqu’à l’Afrique australe. Entre blogueurs/activistes on se connaît tous à travers le continent. Nous sommes par exemple connectés au mouvement d’opposition LUCHA, en République démocratique du Congo. Nous reprenons et diffusons les tweets, les mouvements et les arrestations de nos camarades en temps réel. Etre ensemble permet de s’entraider et de fédérer les actions.

Edith Brou durant une opération de don du sang à l'initiative de A2civ

Edith Brou durant une opération de don du sang à l’initiative de A2civ

Quels rapports les militants africains entretiennent-ils avec la diaspora ?

Ce sont deux mondes qui se rencontrent. Internet et les événements liés au digital, facilitent les échanges, le business et les rencontres entre nous. Notre génération a l’habitude et le désir de bouger, donc c’est important que nous puissions venir sur place montrer ce qu’on fait et que ceux d’ici viennent aussi en Afrique.

Avec la mondialisation  et les séquelles de la colonisation, comment la jeunesse africaine compte-t-elle rendre possible ce développement ?

On essaye de changer ce rapport afin qu’il ne soit plus colonial. C’est comme un enfant métis : tu es né comme ça, tu n’as pas le choix. On doit donc prendre du poids pour faire évoluer cette relation en une collaboration consciente, qui soit acceptée par l’autre. Nous ne sommes pas complexés par ça. La nouvelle génération a vu les méfaits de ce système et, aura donc les moyens de se dégager de cette mainmise, qui donne une mauvaise image des Africains et de la diaspora. Brique par brique, on va y arriver, parce que le regard et le comportement ne doivent plus être condescendants.

 

*Fakechecking: Traquer les fausses informations sur internet.

SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

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