SOCIÉTÉ

La dévirilisation des hommes noirs à l’origine des familles déstructurées ?

En parcourant les pages afros, une situation m’a interpellé. Il s’agit de la guerre entre certains hommes noirs et certaines femmes noires, s’échangeant des propos très virulents, voire injurieux.

Par Sandrine D./nofi.fr

Cela m’a rappelé ces mots extraits du discours de William Lynch, un esclavagiste du XVIIIème siècle vendant la méthode du « diviser pour mieux régner », afin de soumettre les esclaves :

« N’oubliez pas que vous devez monter le vieux mâle contre le jeune mâle, et le jeune mâle contre le vieux mâle. Vous devez utiliser le négro à peau foncé contre le négro à peau claire, et le négro à peau claire contre le négro à peau foncée. Vous devez utiliser la femelle contre le mâle, et le mâle contre la femelle. Prenez le négro rebelle, dénudez-le devant la femelle et l’enfant. Brûlez-le, attachez chacune de ses jambes à un cheval différent faisant face à une direction opposée, et faîtes partir les chevaux pour le déchirer. Laissez la femelle seule, non protégée, avec l’image du mâle détruit. »

Biologiquement, l’homme et la femme sont de nature différente et complémentaire. Cela se reflète au niveau de la structure familiale, la femme entourant les siens de soins tandis que l’homme les protège. C’est pourquoi généralement, ce sont les hommes qui s’en vont conquérir d’autres contrées, et qui défendent le pays. Et cela même s’il a existé des reines guerrières ou encore les Amazones du Dahomey. Durant la traite négrière, les hommes noirs furent soumis et privés de leur responsabilité de protecteurs. Tout était bon pour les castrer physiquement, et lorsque ce n’était pas le cas, on attendait d’eux qu’ils ne soient que des géniteurs de petits esclaves. Les enfants étaient vendus comme du bétail, et les femmes maltraitées et violées à volonté, sans défense face à leurs bourreaux. Fait moins connu, les hommes noirs étaient aussi violés par leurs maîtres homosexuels. À cela s’ajoutait le « buck breaking », pratique étant connue pour « casser du mâle ». Il s’agissait d’attacher à un arbre un esclave récalcitrant dénudé, dans une position affichant son anus. Ensuite il était sodomisé d’abord par son maître, puis par d’autres hommes noirs contraints de le faire, ceci devant les femmes et les enfants. On peut imaginer à quel point cela était violent et traumatisant.

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Didier Fassin est un sociologue français qui s’est immergé pendant quinze mois au sein d’une brigade anti-criminalité. Suite à « l’affaire Théo », il a confié ses impressions au journal Libération :

« Les violences exercées par les policiers dans les quartiers populaires à l’encontre notamment des jeunes d’origine immigrée sont de deux types. Physique : bousculades, coups, placages, étranglements. Et moral : vexations, propos abaissants, insultes dégradantes. L’agression sexuelle décrite par Théo associe les deux : il s’agit de meurtrir et d’humilier tout à la fois un jeune homme qui a osé protester contre un énième contrôle d’identité. C’est vouloir lui faire perdre sa virilité, ce que confirment les propos qui accompagnent les violences : on le traite de «salope» et de «fiotte», on plaisante sur son «anus qui saigne». Les policiers croient affirmer leur masculinité en avilissant celle de Théo. Mais la dimension raciale et raciste est ici essentielle, comme le montre la qualification de «bamboula». Car l’homme noir incarne la virilité. Qu’il réponde ou résiste, et il faut la lui faire perdre. Des actes de sadisme comme ceux d’Aulnay-sous-Bois sont rares, mais la volonté de blesser la masculinité de leur public est en revanche fréquente parmi les policiers. »

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La virilité représente les attributs masculins mais aussi la vigueur sexuelle et la capacité d’engendrer. Celle de l’homme noir est particulièrement enviée et jalousée, au point qu’on ne cesse de vouloir la lui enlever.

Lorsque l’Europe a décidé d’asservir des Africains pour les exploiter, c’était au prétexte de civiliser le chaînon manquant entre le singe et l’homme blanc. Et pour prouver que l’Africain est un sous-homme, on décréta qu’il sautait de lianes en lianes comme nos chers primates, que les femmes troquaient leurs enfants contre des miroirs et autres pacotilles, et surtout on mit en avant leurs attributs sexuels. Ainsi, le clitoris des femmes était similaire à celui des guenons, et l’homme avait un sexe démesurément long et large. Pourtant, aucune étude scientifique rigoureuse et fiable n’atteste que tous les hommes noirs possèdent un gourdin énorme entre les jambes : certains ont un anaconda, d’autres une moyenne et d’autres encore un petit crayon tout fin, comme partout ailleurs. Toutefois, selon les esclavagistes, il existerait une corrélation entre taille du pénis et taille du cerveau. Plus le pénis est gros et fonctionnel, moins le cerveau est gros et fonctionnel. Les Noirs seraient donc bêtes et dénués d’intelligence.

Mais le revers de leur théorie raciste fait que le sexe de l’homme noir et sa super-puissance sexuelle supposée sont l’objet de fantasmes jusqu’à présent, notamment de la part des femmes blanches. On comprend donc la frustration de certains policiers et gendarmes racistes qui se sentent tout à coup virils, lorsqu’ils frappent à plusieurs un homme noir au sol. Je me rappelle aussi des premières personnalités noires mises en avant à la télévision française, Vincent MacDoom, Magloire et François-Xavier. Je n’ai rien contre les homosexuels, mais force est de constater que promouvoir trois noirs efféminés n’avait rien d’anodin, mais fait partie d’une tentative de dévirilisation de l’homme noir.

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Revenons aux clashs entre noirs du sexe opposé sur la toile. Rien que sous un post à propos du nombre élevé de mères noires célibataires, j’ai relevé ces reproches :

 1.Les hommes noirs n’aiment pas les femmes noires, et dès qu’ils sont célèbres épousent des femmes blanches.

2.  Les femmes noires ne nous respectent que lorsque nous sommes riches. Dans le cas contraire, elles nous dénigrent.

3. Il y a beaucoup de mères célibataires parce que les hommes noirs sont des irresponsables. Ils se plaignent que nous ne les respectons plus, mais comment les respecter lorsque c’est nous qui assumons leurs devoirs?

4. Les femmes touchent des allocations familiales, elles n’ont plus besoin de nous et au moindre problème nous empêchent de voir nos enfants.

5. Le passe-temps des hommes est de faire des gosses à droite et à gauche, ne rien assumer et nous dénigrer. Même lorsque tu veux l’aider à s’élever, il se comporte comme un animal.

6. Les femmes noires de nos jours sont mal éduquées, or un homme cherche la paix. Pas étonnant qu’à 20 ans, elles aient déjà huit gosses de huit pères différents, elles enchaînent les hommes d’origines différentes.

Nous pouvons constater beaucoup d’amertume de part et d’autre, et la question est de savoir si la déstructuration de la famille noire lors de l’esclavage a des répercussions sur les couples encore aujourd’hui. Après treize siècles de traite arabo-musulmane, et quatre siècles de traite occidentale, on peut affirmer que oui. Rappelons que l’esclavage a été aboli il y a grosso-modo deux petits siècles et que la colonisation n’a pris fin officiellement qu’il n’y a environ 60 ans. Normalement, on devrait mettre des siècles et des siècles à nous en remettre, mais la bonne nouvelle est que nous sommes bien moins aliénés qu’on devrait. En effet, en majorité, les hommes noirs préfèrent les femmes noires et sont en couple avec des femmes noires. La minorité visible ne représente pas la norme. De plus, il existe des célébrités noires qui sont en couple avec un non-noir, cela signifie t-il que les femmes noires dans leur globalité « n’aiment pas les hommes noirs, et dès qu’elles sont célèbres épousent des hommes blancs »? Bien sûr que non.

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Angela Bassett dans « Waiting to exhale », de Forest Withaker, 1995

Pour autant, il existe encore des hommes à la mentalité de cheptel, semant leurs spermatozoïdes partout sans assumer leurs progénitures. Or, la cellule familiale idéale et équilibrée est composée d’un père, d’une mère et d’enfants. Lorsqu’une femme se retrouve seule pour élever ses enfants, il est normal qu’elle soit en colère. Souvent elle travaille durement, et une fois rentrée à la maison, doit s’occuper des enfants et des tâches ménagères. Cela se révèle est épuisant, mais certaines mères célibataires sont si fortes qu’elles arrivent à éduquer des fils qui seront responsables, et des filles qui sauront choisir un homme digne. Malheureusement, d’autres mères n’arriveront pas à casser le cercle vicieux qui consiste à ce qu’un garçon abandonné par son père, abandonnera lui aussi sa progéniture; et qu’une fille dans le même contexte, choisira des « bons à rien » comme pères pour leurs enfants. Pour autant, les hommes lâches et irresponsables sont une minorité. Cela peut arriver de tomber sur un tel spécimen et d’enfanter de lui, mais lorsque cela se répète une fois, deux fois, cinq fois, il faut se poser et réfléchir au pourquoi : souvent, ce sont des blessures enfouies qui nous font prendre les mauvaises décisions pour nous-mêmes. Il existe aussi une minorité de mères qui privent les pères de leurs droits, par vengeance, et c’est une erreur car les enfants n’ont pas à payer les pots cassés de nos histoires d’adultes.

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Étant originaire des Antilles, j’aimerais me pencher spécifiquement sur le cas des hommes noirs antillais, qui ont la sale réputation d’être des coqs totalement irresponsables. Selon moi, cette rumeur est infondée et il me semble nécessaire de redonner son prestige et ses lettres de noblesse à l’homme antillais. Auparavant, les moyens de locomotion étaient limités, et il n’était pas rare que des pères travaillent loin de leur foyer. Ils ne pouvaient rentrer à la maison que périodiquement, ce qui fait que la mère s’occupait généralement de l’éducation des enfants. C’est pour cela que l’on dit que les mères antillaises sont des « poto-mitan », c’est à dire la poutre centrale qui soutient les fondations de la maison. Pour autant, l’autorité du père était toujours présente. Lorsqu’un enfant était récalcitrant, la mère brandissait cette menace:  « lorsque ton père rentrera, je le préviendrai de ton comportement, et tu verras! »

Selon l’INSEE, en 2011, 32% des Guadeloupéennes et des Martiniquaises étaient à la tête d’une famille monoparentale. Ces chiffres officiels ne reflètent pas la réalité officieuse. En effet, le taux de chômage est élevé aux Antilles et la vie y coûte extrêmement chère. Ce qui incite des jeunes mères à déclarer leurs enfants comme étant sans pères, ceci afin de pouvoir percevoir un montant plus élevé d’allocations familiales. Pourtant, les pères sont bien présents malgré cette ruse visant à perpétuer la société dans un contexte économique difficile. Il n’y a qu’à aller devant les écoles pour les voir y emmener leurs enfants.

Partout sur cette terre, il existe des coureurs de jupons et des lâches irrécupérables. Ils restent une minorité et ne sont pas l’apanage des populations noires. Et plutôt que d’ériger ces gigolos en généralité, on devrait véhiculer l’image de l’homme noir fort, du guide valeureux et protecteur. Le meilleur remède reste l’exemple.

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Originaire de la Caraïbe, je suis une amoureuse de nos riches et fascinantes cultures noires. J'aime particulièrement conter nos belles histoires.

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