CULTURE

Les racines africaines du créole cap-verdien

Le créole cap-verdien est la langue maternelle de la majorité des natifs des Îles du Cap-Vert.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

A l’instar d’autres créoles, notamment ceux parlés par les Afro-descendants aux Amériques, le créole parlé aux Îles du Cap-Vert souvent présenté comme une forme ‘simplifiée’ d’une langue européenne, souvent avec des connotations négatives. Si cette langue tire effectivement une grande partie de son vocabulaire de celui du portugais, bien d’autres de ses caractéristiques majeures ne peuvent être expliquées par des racines africaines. Même au sein du vocabulaire qui est à majorité portugaise, il est possible de détecter des mots d’origine ouest-africaine. C’est sur ceux-ci qu’on se focalisera ici.

Les langues africaines ayant le plus contribué au lexique cap-verdien sont des langues de la famille mandingue (comme le mandinka) et le wolof ce qui était attendu, ces langues étant les langues véhiculaires de populations côtières de Sénégambie et de Guinée-Bissau notamment en raison de l’extension des empires de Mali et de Djolof. Lorsque les colons portugais présents au Cap-Vert obtinrent le droit exclusif de ‘commercer’ sur ces côtes à partir du 15ème siècle, ils y trouvèrent principalement des locuteurs de langues mandingues, wolof et dans une moindre mesure, temne (actuelle Sierra Leone).

Quelques exemples dans le dialecte de Santiago:
Le mot cap-verdien djobi ‘regarder’ vient du mandingue juubee qui signifie ‘oeil’
Le mot cap-verdien kundimdim ‘coccyx’ vient du mandingue koo ‘dos’ + dingding ‘petit’
Le mot cap-verdien nhemi ‘mâcher avec énergie’ vient du mandingue nyimi ‘manger’
Le mot cap-verdien ñuli ‘fusiller du regard’ vient du mandingue nguli ‘regarder de travers’

Le mot cap-verdien ñanhi ‘ronger’ vient du wolof ngeeñ ‘ronger’
Le mot cap-verdien ngori ‘guêpe maçonne’ vient du wolof nguri ‘guêpe’

Référence
Nicolas Quint / Un bref aperçu des racines africaines de la langue capverdienne