SOCIÉTÉ

A Marseille, Soli nous parle d’Ibrahim Ali, assassiné par des militants FN

Il ya 22 ans, le 21 février 1995, Ibrahim Ali, 17 ans, jeune comorien de La Savine (Marseille) était assassiné par des militants du Front national. En plein jour et en pleine rue, le jeune homme a été victime de la haine véhiculée dans les idées du parti. Depuis, la ville de Marseille commémore la perte tragique d’Ibrahim et alerte quand au danger de la parole raciste décomplexée.

Nous avons rencontré Mohamed Mbae aka Soli, médiateur social et culturel qui revient sur les faits et appel, comme chaque année, à une mobilisation massive en ce 21 février.

Présentez-vous.

Je m’appelle Mbaé Mohamed mais tout le monde m’appelle Soly. Je suis médiateur social et culturel au sein de la Sound Musical School B.Vice, association créée en 1991 dans la cité de la savine, dans le 15ème arrondissement de Marseille. Son objet est l’encadrement, la formation et l’insertion de jeunes par le biais d’activité autour de la musique, la danse, les nouvelles technologies, la vidéo. Notre structure est surtout connue pour avoir créée le plus vieux studio d’enregistrement des quartiers Nord de Marseille (1993) et aussi comme « le conservatoire du Rap » pour avoir permis l’émergence de pas mal d’artistes locaux Les Psy 4 de la Rime, Algerino, Kenza Farah, MOH… pour ne citer qu’eux

Qui était Ibrahim ?

Ibrahim Ali était un jeune de la savine. Le fils unique de Koko Mbelizi. Un gars calme, pondéré, jamais un mot plus haut que l’autre. Ce qui le caractérisait le plus c’était son silence et son grand sens de l’observation.

Dans quelles circonstances est-il décédé ?

Il est mort d’une balle dans le dos en tentant de fuir les tirs de revolvers de colleurs d’affiches du Front National.

A quelle date remontent les faits ?

Les faits remontent au 21 février 1995

Pourquoi êtes-vous certains qu’il s’agit là d’un acte négrophobe ?

Négrophobe je ne pense pas, raciste assurément. Cela aurait pu être un jeune de n’importe quel origine, en particulier un maghrébin car l’assassin entraînait même sa petite fille à tirer sur des « melons ».

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Soli

Comment se comportent les autorités quant à cette affaire ?

Je dirais que les autorités n’ont pas été à la hauteur. On n’a pas entendu le pouvoir de l’époque hormis quelques voix dénoncer fermement cet acte barbare. Il y a eu bien évidemment les rapaces et les vautours qui ont récupéré le drame (nous étions en pleine campagne pour les présidentielles et les municipales.)

La communauté noire est-elle active autour de ce cas et dans les affaires similaires ?

Malheureusement non, comme toutes les autres causes d’ailleurs. Nous sommes aux abonnés absents même dans nos combats. Si l’on devait compter sur les noirs (même la communauté comorienne) je crois que plus personne ne se soutiendrait d’Ibrahim Ali.

Cette affaire est-elle connue à Marseille ?

Bien sûr, cela avait pas mal retourné les esprits à l’époque. Et puis depuis ce 21 février 19995 nous organisons un rassemblement et des actions à la mémoire d’Ibrahim. Nous interpellons également les autorités, en particulier les élus de la ville  Marseille, pour qu’une rue ou un établissement emblématique de la ville porte son nom. Mais cela va faire 22 ans que nous crions dans le vent, ce qui veut dire que beaucoup de jeunes notamment ne connaissent pas cette histoire.

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A Marseille, avez-vous souvent à affronter le racisme ?

Moi non, mais je ne eux que parler pour moi. Après il faut aussi dire que le racisme partout en France est structurelle : un nom à consonance étrangère, musulman, une adresse sur un cv vous fermera beaucoup de  portes malgré vos diplômes et vos compétences pour du boulot, un stage, un appartement…

Les militants du front National et les skinheads y sont-ils nombreux ?

Ils ne sont pas nombreux à mon avis, mais leurs idées ont gagné du terrain au fil des ans. Le parti fait des scores très élevés à chaque élection. Nous avons quand même une mairie d’arrondissement FN, le 13ème  et 14ème. Mais je dirais que cela est plus du à l’abstention. Les gens sont désespérés des promesses non tenues de nos élus donc ne vont plus voter.

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Des affaires comme celle d’Ibrahim arrivent-elles souvent ?

Il y a quelques années c’était très fréquent. N’oubliez pas que c’est suite aux meurtres et ratonnades à Marseille qu’il y a eu la marche des beurs. Après il y a eu les mouvement et actions antiracistes qui ont été récupéré par les pouvoirs.

Est-ce difficile de faire ce travail de mémoire autour de ce drame ?

Très difficile même puisque nous devons lutter contre l’oubli et le silence ainsi que les idées nauséabond du FN dans un contexte de normalisation et de libération de parole racistes et xénophobe. Ce qui était tabou hier est devenu la normalité du discours politique.

Qui vous soutient ?

Divers associations de lutte contre le racisme comme la LDH mais surtout des citoyens ordinaires réunis autour d’un collectif pour la mémoire d’Ibrahim Ali et la lutte contre toutes les discriminations.

Espérez-vous toujours une justice pour Ibrahim ?

La justice a été rendue à Ibrahim. Pas telle que nous l’aurions aimé mais elle a prononcé un verdict : 15 ans pour celui qui a tiré la balle mortelle, 10 ans et 8 ans pour ses complices. La vraie justice aurait été de condamner fermement le FN qui véhicule ses idées nauséabondes et d’appel à la haine de l’autre. Son interdiction à cette époque là avait tout son sens puisque le procès avait démontré que les militants avaient agi sous l’influence des idées véhiculées par le Front national.

SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

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