CULTURE

Falsification historique: Sylvia Serbin trahie et discréditée par son éditeur

L’historienne et journaliste Sylvia Serbin est l’auteure de « Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire ». Dans ce livre inédit, elle brosse le portrait de vingt-deux femmes d’exception ayant marqué l’histoire de l’Afrique ainsi que sa diaspora, depuis l’Antiquité jusqu’au début du XXe siècle.

Par Sandrine D./nofi.fr

Sylvia naît au Sénégal, de parents antillais. Durant son enfance, elle est bercée par les récits d’anciens royaumes, de grands chefs, de reines et d’héroïnes que relatent les aînés.

À seize ans, la jeune fille s’envole pour la France afin d’y poursuivre ses études. Un jour, elle demande à un professeur pourquoi seules les héroïnes blanches sont mises en avant. Celui-ci rétorque :

« Les femmes africaines n’ont eu aucun rôle dans des faits historiques, et quand certaines populations ou traditions orales mentionnent des personnages féminins, il s’agit de mythes inventés par des sociétés primitives et magnifiées par les griots. »

Mais un jour, dans le cadre de son travail de journaliste, Sylvia Serbin est amenée à consulter des archives militaires. Par hasard, elle tombe sur une lettre d’un officier français, mentionnant le nom de Ndete Yalla, qui défendait sa région au nord du Sénégal contre les tentatives d’annexion françaises. C’est le déclic qui la poussera à fouiller toutes les archives coloniales à sa disposition, recherchant et collectant des traces écrites d’importants personnages africains. Pourtant, elle ne publie pas le fruit de ses recherches. L’idée émerge quand sa fille âgée de huit ans, venant tout juste de regarder le dessin animé Pocahontas, lui fait observer :

« Je ne comprends pas. Tous les grands pays ont des femmes célèbres, et pas les gens comme nous. Les Français ont Jeanne d’Arc, les Anglais, la reine Victoria, même les Indiens ont Pocahontas ! Et nous, on n’existait pas avant ? »

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Bouleversée, Sylvia retrousse ses manches et après un travail fastidieux, elle peut présenter son livre contenant des informations jamais traitées jusqu’alors. On y découvre avec plaisir la Reine Pokou, Harriet Tubman, les Amazones du Dahomey ou encore la Mulâtresse Solitude, parmi d’autres portraits de prophétesses, résistantes et guerrières.

Comment son livre fut saboté 

Sépia, l’éditeur français de Sylvia Serbin va la trahir d’une façon ignoble. Sans la consulter, il cède les droits du livre « Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire » à son partenaire allemand, Peter Hammer Verlag. Sans l’accord de Sylvia, celui-ci publie une contrefaçon du livre, en prenant soin au préalable de supprimer plus de 400 paragraphes qu’il remplace par des clichés racistes et mensongers, faisant par exemple passer les Africains pour des cannibales. Le livre se vend comme des petits pains auprès du public blanc, tandis que les Afro-germaniques sont scandalisés et très remontés contre Sylvia. En effet, l’éditeur allemand a publié ce torchon en gardant le nom de Sylvia Serbin, ainsi que le titre original. Elle engage un grand avocat spécialisé dans les droits d’auteur et saisit la justice. Mais elle n’est qu’une auteure noire. Toutes ses légitimes actions seront systématiquement déboutées par les tribunaux, et aucun média n’acceptera d’évoquer l’affaire. C’est qu’il ne faudrait pas que les Noirs connaissent leur glorieuse histoire, cela remettrait trop de choses en cause, n’est-ce pas ?

Lors d’une conférence, Sylvia Serbin peut expliquer qu’elle n’est pour rien dans ce simulacre. Les intellectuels allemands noirs lancent alors un appel au boycott, et dénoncent les pratiques scandaleuses de Peter Hammer Verlag. Etant démasqué, celui-ci se retrouve contraint de cesser la diffusion de sa contrefaçon. Voici le témoignage de Sylvia Serbin, courageuse mais visiblement éprouvée :

 

Originaire de la Caraïbe, je suis une amoureuse de nos riches et fascinantes cultures noires. J'aime particulièrement conter nos belles histoires.