CULTURE

Connaissez-vous Abumbi II le roi au 100 épouses ?

Ce chef traditionnel camerounais est polygame afin de perpétuer une coutume locale ancestrale.

Avez-vous déjà entendu parler du royaume de Bafut ? Peu de gens le savent, mais cette chefferie de la province du Nord-Ouest du Cameroun a la particularité d’avoir su conserver son ossature traditionnelle. En effet, c’est encore de nos jours un Fon ou Mfor (Chef traditionnel) qui règne sur  la ville de Bafut et les zones avoisinantes. Le pouvoir traditionnelle agit de concert avec les autorités locales, même si légalement, la chefferie est placée sous la juridiction du Gouvernement camerounais et d’un conseil de Fons.  

Ce royaume cinq fois centenaires possède une histoire riche, notamment en ce qui concerne sa résistance à la pénétration coloniale allemande au début du XX° siècle. Les nombreux affrontements qui opposèrent les deux camps se soldèrent par l’exile d’Abumi Ier et l’intégration du royaume de Bahut au protectorat allemand du Kamerun et à l’exile de l’infatigable souverain à Douala. Cependant, aucune des marionnettes africaines à la solde des forces coloniales ne fut en capacité d’assumer la charge de la couronne. Le 11ème Fon de Bahut retrouva ainsi le trône de ses ancêtres.

Chefferie de Bafut au nord de Bamenda. La cour principale avec les maisons des femmes à droite, recouvertes de tuiles, la forêt sacrée au fond.

Vue du royaume de Bafut. Sur la droite, les maisons des femmes et au fond la forêt sacrée.

Le respect de la coutume est toujours très ancré à Bafut. D’ailleurs, le Fon actuelle, Abumi II, par exemple, honore un usage ancestrale en étant marié à 100 femmes. Situation paradisiaque pour les uns et cauchemardesque pour les autres, je vous laisse seul juge. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas par esprit lubrique qu’Abumi second du nom à agi de la sorte, mais bel et bien par révérence pour les lois de ses prédécesseurs.

Ainsi, selon la règle, lorsqu’un roi meurt, son successeur hérite de toutes ses femmes. C’est exactement ce qui se passa à la mort de l’ancien Fon, Achirimbi II. Quand ce dernier mourut en 1968, son successeur et fils Abumbi II monta sur le trône et hérita de ses 72 épouses. Elles venaient s’ajouter aux 28 épouses que le monarque avait déjà. Certains trouveront cette pratique ridicule, mais d’autres objecterons comme la journaliste Soni Methu :

« Nous pourrions être prompts à juger le style de vie des rois, mais tout comme au Royaume-Uni, les royaumes et rois africains sont liés à une culture et une histoire riche . Les pratiques comme l’héritage de toutes les épouses de votre père n’est rien d’autre qu’une obligation morale. »

Ces femmes ne sont pas des objets sexuels, bien au contraire, la plupart d’entre elles sont éloquente, instruites et polyglottes.  Loin d’être des potiches ou des boulets, les femmes âgées endossent régulièrement des rôles considérés comme uniquement masculins dans d’autres régions du monde. Cette règle matrimoniale est même fondamentale selon la reine Constance, troisième co-épouse d’Abumi II :

«Notre tradition veut que, lorsque vous êtes roi, les vieilles femmes restent pour transmettre la tradition aux jeunes femmes, et aussi afin d’enseigner au roi la tradition parce que le roi était auparavant un prince, pas un roi».

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Alors que la polygamie quoique légale, à de moins en moins le vent en poupe au Cameroun, le roi Abumbi II, estime qu’il est de son devoir de préserver la culture de son peuple des attaques extérieures :

   « Au cours du colonialisme, d’autres valeurs sont venues, de la gouvernance, différentes des valeurs traditionnelles que nous avions et donc il y a ce conflit constant entre les valeurs traditionnelles et les valeurs occidentales modernes. (…) Mon rôle est de les mélanger, de trouver la voie à suivre pour que mes sujets puissent profiter des fruits du développement et de la modernité sans détruire leur culture. (…) Sans culture, vous n’êtes pas un être humain, vous êtes un animal. Et la chefferie est garante de notre culture. « 

A une époque où la culture africaine est sans cesse mise à rude épreuve, le Fon Abumi II , que l’on adhère ou non à sa démarche, symbolise l’unité et la force de son peuple ainsi que la connexion aux ancêtres.

 

 

Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.