CULTURE

L’art de la guerre dans le royaume de la reine Nzinga (Ndongo)

Bien qu’incomplète, la documentation écrite nous laisse de précieuses informations sur l’art de la guerre dans l’Afrique du centre-ouest d’avant la colonisation.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Dans les discussions sur l’art de la guerre destinées au grand public, l’Afrique fait figure de parent pauvre. Cette absence peut être raisonnablement associée à la méconnaissance d’ouvrages sur la question en Afrique. Cette situation est différente de celle de l’Europe et de l’Asie. Dans ces continents sont bien connus par exemple les manuels de Clausewitz, Machiavel ou Sun Tzu.

Une autre explication concerne les rares victoires africaines face aux puissances colonisatrices européennes. Enfin, pensons à l’image du Noir africain comme une brute sans cervelle popularisée lors des siècles précédents. Elle est toujours à un certain degré toujours présente dans l’inconscient collectif. Elle s’accommode peu avec celle de stratèges militaires, capables de surpasser les Européens dans ce domaine. Heureusement, des témoignages contemporains honnêtes permettent de remettre en question cette idée reçue.

Un art de la guerre sophistiqué a bien existé en Afrique.On va le voir ici avec le cas du royaume de Ndongo (16ème-17ème siècle), situé dans l’actuel Angola. Il est célèbre pour avoir été dirigé par la célèbre Nzinga (1583-1663).

Nzinga interprétée par Lesliana Pereira dans Njinga, Rainha De Angola (2014)

Nzinga interprétée par Lesliana Pereira dans Njinga, Rainha De Angola (2014)

L’art de la Guerre à Ndongo

Elias Alexandre Da Silva Corrêa est un expert portugais de la guerre. Il est présent en Angola à la fin du 18ème siècle. Selon cet auteur d’une histoire de l’Angola, l’art de guerre dans la région avait le même effet que celui du Prussien Frédéric le Grand (1712-1786). Cette remarque est particulièrement flatteuse. En effet, Frédéric II est l’un des modèles de Carl von Clausewitz auteur du traité militaire ‘De la Guerre’. Frédéric II est aussi l’auteur de grandes prouesses durant la guerre dite de Sept Ans.  Les propos de Corrêa, probablement pertinents à l’époque du royaume de Ndongo (16ème-17ème siècle) n’en demeurent pas moins tenus un siècle plus tard.
Mais un argument contemporain montre l’efficacité de l’art de la guerre à Mbundu.  Selon l’historien John Thornton, la façon de combattre de Ndongo était si efficace qu’une fois sur place, les généraux portugais utilisaient les modèles tactiques et d’organisation locaux. D’après l’un d’entre eux, les Néerlandais ne pourraient pas maintenir leur présence dans la région s’ils n’en faisaient pas de même. Mais en quoi consistaient l’organisation militaire de Ndongo, ses stratégies et ses tactiques?

L’armée
Ndongo possédait une armée professionnelle comprenant quelques milliers de soldats, au grand maximum entre 10 et 20 milliers. En période d’urgence, ils pouvaient être suppléés par des réservistes dont le rôle devait être de fournir du soutien logistique aux soldats professionnels.
Par  ailleurs, les soldats professionnels étaient particulièrement versés dans le maniement d’armes blanches à courte distance des épées, des haches ou des cimeterres, voire des massues. Ils étaient aussi formés à manier l’arc et la flèche qu’ils utilisaient à longue distance.
Après l’introduction de fusils par les Européens, ceux-ci furent utilisés en remplacement des arcs.

Tactiques et stratégies

Les soldats mbundu commençaient le combat en lançant, à longue distance, une ou deux flèches ou quelques tirs de fusil avant de s’engager dans la partie la plus importante du combat avec des armes blanches à courte distance.

Njinga engageant les Portugais à courte distance avec une arme blanche dans Njinga, Rainha de Angola

Njinga engageant les Européens à courte distance avec une arme blanche dans Njinga, Rainha de Angola (2014)

L’armée mbundu était organisée selon des petites unités mobiles mais cohésives. Parce qu’elles réparties de manière apparemment désorganisées dans l’espace, elles prenaient beaucoup de place. De cette façon, elles donnaient l’impression à l’ennemi européen d’être d’un nombre plus important qu’il ne l’était en réalité. De plus, leur désorganisation apparente trompait l’adversaire européen qui pensait avoir à faire à une bande de combattants sans organisation.

En réalité, différentes tactiques étaient conduites de manière indépendante par chacune des petites des unités mobiles. Chacune était dirigée par un responsable. Si nécessaire, elles pouvaient se rassembler pour répondre aux ordres d’un seul général. Quant à leurs attaques, elles consistaient typiquement en de petites escarmouches avant de battre en retraite si nécessaire. Ainsi, l’armée de Ndongo pouvait frustrer l’ennemi et réapparaître parfaitement réorganisée des jours plus tard, prête à ré-attaquer.

Bibliographie

John K. Thornton / African soldiers in the Haitian Revolution

John K. Thornton / The Art of War in Angola, 1575-1680