CULTURE

Entretien avec Youssou N’Dour, monstre musical afro-conscient

Monsieur Youssou N’Dour, un de ces géants de la musique africaine qu’on ne présente plus, a pris la parole au micro de NOFI. Après une longue absence scénique et  médiatique, monsieur « Seven Second* » est de retour avec son dernier album, Africa Rekk. Plus qu’un disque, il s’agit d’un voyage fait de rencontres, de collaboration et de fraternité. Un album qu’il dédie à la jeunesse africaine et sa diaspora pour soutenir ce continent désormais bien en marche !

Entretien avec un sage.

Vous êtes de retour après une longue absence. Pourquoi ?

J’ai fait un long voyage de 7 ans. J’ai énormément regardé, écouté et senti des choses. J’ai écrit pour partager, avec tout un mouvement de l’Afrique et de sa diaspora. Lorsque je parle d’Afrique, il faut également y mettre les enfants du continent qui sont ici et ailleurs. Donc aujourd’hui, comme d ‘autres, je viens parler de cette Afrique au reste du monde.

Youssou Ndour Pochette 2016

 

Qu’y a-t-il de différent dans cet album pour vous qui avez toujours chanté l’Afrique ?

Au début de ma carrière, j’ai surtout rencontré des sonorités anglo-saxonnes. J’ai beaucoup travaillé avec des anglais, des américains et des européens. J’avais sauté le continent pour venir directement ici depuis le Sénégal. Pour cet album, j’ai pensé que je devais traverser l’Afrique musicalement. Avec mon expérience et ma passion, j’ai remarqué qu’il y a énormément d’évolutions dans la musique afro urbaine, chez les plus jeunes surtout. Donc, j’ai voulu partager cela pour faire de cet album un voyage. C’est comme si vous traversiez le continent en bateau pour aller à la rencontre des gens.

Pourquoi trouvez-vous important de parler de cette Afrique au reste du monde ?

Déjà, je pense que l’Afrique a une image ambivalente ici en occident. Celle de la difficulté, avec notamment les fléaux, des problèmes liées à des pays. Mais on parle moins de l’Afrique qui se développe. Aujourd’hui, si vous allez à Abidjan, à Dakar ou à Addis-Abeba, vous verrez cette Afrique qui avance avec sa jeunesse en première ligne. Telle que je la montre dans le clip « Be careful ». Les gens sont étonnés et me demandent où a été tourné le clip (rires). Nous avons énormément de choses à montrer, les gens commencent à découvrir et c’est ça qui nous fait entrer dans une émergence. Bien que nous ayons des images contradictoires lorsqu’on voit des bateaux qui arrivent ici.

Ce lien entre africains du continent et diaspora ne se fait pas souvent. Est-ce une mission que vous vous êtes donnée ?

Oui, moi je suis un trait d’union. J’ai choisi il y a longtemps de vivre en Afrique mais je viens souvent. A travers mes disques et à travers les médias, je vois que cette diaspora revendique le fait d’être français ou européen au niveau de ses droits, mais au niveau de l’âme, on sent qu’il lui manque quelque chose. Cette part d’Afrique. Je me positionne donc comme le transmetteur qui emmène tout ça. Nous avons eu beaucoup d’initiatives comme celles-ci et certaines célébrités aujourd’hui accomplissent aussi ce devoir.

Youssou Ndour Pochette 2016

Il y a quelques années, vous preniez position quant au problème des migrants. Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

Je n’ai rien contre les français. Mais je pense que beaucoup d’hommes politiques français mentent au peuple. Il n’y a pas de prise en charge du problème posé par l’immigration de la part des dirigeants. Qu’est-ce qui rend fière la France ? C’est sa diversité. C’est cette France là qu’on connaît dans le monde, que les gens aiment et qui gagne. Si nous voulons que la France aille mieux, il va falloir reconsidérer tout ça. Je crois qu’elle en sera beaucoup plus dynamique et plus fréquentable. Maintenant, si les gens qui restent au pouvoir ou maintiennent ce discours qui divise, c’est qu’ils sont irresponsables. Si ce discours va jusqu’aux élections, la position de la France en sera impactée.

Selon vous, la France a ce devoir envers ces arrivants ?

Il faut déjà séparer les réfugiés, qui eux sont arrivés à cause des problèmes qu’il y a chez eux. Ces problèmes, si on remonte à leur origine, sont liés à l’ingérence qui entraîne l’acquisition d’armes et le déplacement des personnes. Les réfugiés ce n’est pas seulement ici mais partout dans le monde. Ensuite, l’Europe et particulièrement la France, ne tient pas ses engagements, elle n’investit pas assez. Ce n’est pas de la charité mais un investissement qui contentera tout le monde. Les africains pourront améliorer leurs conditions et rester chez eux. Combien d’entreprises françaises sont implantées en Afrique ? Prenons l’exemple de Air France, s’ils arrêtent les vols vers l’Afrique, ils vont tomber. Ils gagnent énormément d’argent grâce à ça. Voir ces images de migrants en France, en 2016, c’est choquant. Il faut respecter la dignité humaine. Il faut loger ces arrivants, parce qu’ils sont là. Il faut trouver des solutions, c’est quand même la France !

Comment avez-vous ressenti la mort Papa Wemba ?

C’est une grande perte. Wemba était quelqu’un que j’aimais beaucoup musicalement, que j’ai toujours adoré et que je continue d’écouter. C’était aussi un grand frère. Il avait souhaité partir sur scène, alors il a joué sa partition. Dans l’album, je collabore avec Fally Ipupa, sur des morceaux rumba, c’est une façon de lui rendre hommage.

Parlez-nous de votre actualité.

En ce moment, je suis en tournée pour l’album Africa Rekk. Je le dédie à la jeunesse africaine. On prévoit de jouer beaucoup en Afrique, même si c’est  parfois difficile à organiser. Nous jouons le 15 novembre à la Philarmonie de Paris ; le 18 et le 19au Bataclan puis, en  Suisse, en Belgique. Après, on retourne en Afrique parce qu’il fait trop froid ici ! (rires). Nous serons de retour en 2017. Vous les plus jeunes, je vous suis très bien alors suivez-moi aussi afin qu’on se suive !

Qu’est-ce que ça vous fait de jouer à nouveau au Bataclan après les événements du 13 novembre ?

Le Bataclan est un lieu où des innocents ont été tués, il faut respecter leur mémoire et ne pas les oublier. Mais j’aurai aussi pu jouer au Nigeria ou au Mali où la bêtise humaine a également frappé. Donc je le fais aussi parce que j’ai déjà joué plusieurs fois dans cette salle avant et ça aurait pu arriver au moment où j’étais là. Alors on ne baissera pas les bras.

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*Seven Second, Youssou N’Dour featuring Neneh Cherry, 1994 :

SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

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