CULTURE

Louis-Auguste Cyparis, rescapé de l’éruption volcanique de la Pelée

8 mai 1902. Nous sommes en Martinique, plus précisément à Saint-Pierre, sa capitale économique et culturelle surnommée «le petit Paris». Une éruption volcanique s’apprête à détruire la ville, et fait exceptionnel, le prisonnier Louis-Auguste Cyparis survivra.

Par Sandrine D./nofi.fr

Depuis des mois déjà, des odeurs de soufre rendent l’air irrespirable. Elles émanent de la Montagne Pelée, située au flanc du Morne-Rouge,  commune voisine. Progressivement apparaissent des cendres gris-bleutées qui font ployer les branches des arbres, et tousser humains et animaux. À  la suite de coulées de boue brûlantes et meurtrières, le Gouverneur envoie une commission scientifique pour analyser ce phénomène. Elle conclut que le plus grave est passé et que les manifestations volcaniques iront en décroissant. Il n’apparaît donc pas nécessaire d’évacuer Saint-Pierre. Grave erreur ! L’angoisse de la population augmente lorsque la montagne se met à tonner comme jamais auparavant, mais les gens restent dans la ville, ignorant que l’apocalypse s’abattra le lendemain.

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Saint-Pierre détruite

 

C’est le jour de l’Ascension, il est tôt. Il fait sombre et des éclairs zèbrent le ciel. Une gigantesque explosion se produit en libérant un souffle puissant. La nuée ardente, véritable nuage de gaz toxique incandescent dévale la Pelée à environ 500km/h. En moins d’une minute, c’en est fini de Saint-Pierre. Le petit Paris est détruit, ses 30 000 habitants tués sur le coup, sa flotte maritime coulée. Il vient d’être soufflé par l’éruption volcanique la plus meurtrière du XXe siècle. Seuls trois survivants seront certifiés.

Cas de Cyparis, sauvé grâce à son cachot

Louis-Auguste Cyparis est un ouvrier et marin de 27 ans. Suite à une bagarre d’ivrogne où il blesse un autre homme au coutelas, il est incarcéré à la prison de Saint-Pierre. Lors du passage de la nuée ardente, l’épaisseur des murs de son cachot lui sauve la vie mais il est atrocement brûlé. Heureusement,  blotti entre ses genoux, il a le réflexe de protéger son visage avec son tee-shirt mouillé d’urine. C’est trois nuits et quatre jours plus tard que des secouristes, alertés par ses plaintes, le trouvent quasi mourant.

Le 21 mai 1902, un journaliste américain nommé George Kennan débarque à la Martinique. C’est dans un lazaret au Morne-Rouge qu’il rencontre Louis-Auguste Cyparis, trois semaines après l’éruption. Voici le témoignage, livré dans son livre « The tragedy of Pelee » :

 

« Louis-Auguste Cyparis était assis buste nu, à même le matelas d’un petit lit de bois. Il avait un drap ensanglanté posé sur la tête, à la manière d’un burnous arabe. Je n’avais jamais vu un homme aussi sévèrement brûlé. Chose curieuse, son visage était indemne, et ses cheveux n’avaient même pas été roussis, mais il avait de terribles brûlures au dos et sur les jambes. Ses bras et ses mains enflés étaient recouverts d’une matière jaune repoussante qui ne ressemblait ni à de la peau, ni à de la chair humaine. Les blessures étaient apparemment très profondes, tellement que du sang en suintait. »

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Cachot de Cyparis

Pourtant, le solide Cyparis survit à ses plaies et est sollicité par le cirque Barnum. Partout aux Etats-Unis, il devient célèbre en exhibant ses blessures tout en racontant les horreurs de l’éruption. On l’appelle désormais « l’homme qui a vécu le jour du jugement dernier ». Faisant parti du plus grand spectacle au monde, il est le premier noir célèbre du show-business durant la ségrégation. Pourtant, il meurt en 1929 dans le plus grand dénuement, seul et oublié de tous au Panama, l’année où une autre violente éruption secoue la Montagne-Pelée.

 

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Originaire de la Caraïbe, je suis une amoureuse de nos riches et fascinantes cultures noires. J'aime particulièrement conter nos belles histoires.