POLITIQUE

[Présidentielles africaines] Pourquoi les hommes d’affaires inspirent (plus) confiance

Le vent tourne en Afrique et les échéances électorales font de plus en plus la lumière sur des hommes issus du monde des affaires. Ces hommes incarnent le modernisme, opposé à une certaine forme d’immobilisme des dirigeants classiques. Ils amènent avec eux l’idée d’un nouveau système de favorisation de l’entrepreneuriat. Un premier pas vers une remise à niveau économique et sociale en Afrique ?

Les démocraties d’idées démodées

Démocratie : « Système politique, forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple. »

« Système de rapports établis à l’intérieur d’une institution, d’un groupe, etc…, où il est tenu compte, aux divers niveaux hiérarchiques, des avis de ceux qui ont à exécuter les tâches commandées. » Source : dictionnaire Larousse.

Ce système qui, tel qu’enseigné par la colonisation, fit autrefois ses preuve en Grèce Antique et qui n’a jamais pu réellement s’adapter à l’Afrique. L’idée de liberté étant différente et discutable selon les points de vue. Néanmoins, après des décennies de tentatives d’acclimatation, nous avons pu assister à l’application de cette idée de démocratie d’idées. Nos grands révolutionnaires voulurent impulser le changement politique de leur pays grâce à des idéaux. Force est de constater que le plan a échoué. Non pas à cause de l’idéal lui-même mais parce que l’environnement n’était tout simplement pas propice et que des hommes avaient été installés pour les entraver. Sans cela même, la détermination n’aurait pas suffit, car comment proposer des idées à des ventres qui crient famine. Comment réformer par l’abstrait dans des endroits où l’accès à l’eau potable est encore un privilège, où se soigner est un parcours du combattant. L’idée, en fait l’idéal, est que les états africains se réapproprient leur destin et que l’Africain puisse vivre dans la dignité, pris en charge par un gouvernement à son service. Le défi d’aujourd’hui consiste donc à créer un environnement propice à la création d’entreprises locales, dont découlent naturellement la création d’emplois, l’accroissement du PIB et la compétitivité. Encourager l’entrepreneuriat en mettant à la tête du pays un homme qui s’est constitué une fortune dans ce terreau est une des clés accessibles pour l’émancipation des états africains. Le Nigéria, le Kenya, la Namibie en sont des exemples.

Source photo: http://abidjan911.com/international/benin-apres-son-election-patrice-talon-prend-une-decision-surpenante0400/

Source photo: http://abidjan911.com/international/benin-apres-son-election-patrice-talon-prend-une-decision-surpenante0400/

Les entrepreneurs, une option crédible 

« Le décalage entre les résultats économiques de l’Afrique – jugés positifs – et la crise financière dans laquelle s’enfonce le monde développé a renouvelé l’approche misérabiliste dont a longtemps fait l’objet cette partie du monde. ». L’Afrique voit depuis quelques années  l’émergence de nouveaux candidats issus du milieu des affaires. Non pas qu’ils viennent d’arriver, ils ont toujours été là, plus ou moins discrets. Eux qui sont des hommes d’action ont compris que leur pays ratait le coche en ne permettant pas à la jeunesse d’entreprendre. Bien qu’ils aient  évidemment un intérêt direct à occuper la plus haute fonction du pays (affaires oblige), ils ont surtout la vision d’un état qui favorise la création et dynamise son économie afin de concurrencer les autres états du monde. Il n’y a que la place qu’un pays occupe sur l’échiquier géopolitique qui en fait un état souverain ou un état asservi. Le fraîchement élu Patrice Talon (Bénin) et le candidat désigné Moïse Katumbi (RDC) en sont un exemple parlant. Talon, c’est un homme d’affaires qui a bâtit sa fortune grâce à l’agriculture et au Coton. Initialement soutient de Boni Yayi (à qui il vient de succéder), Talon finit par s’exiler à cause de désaccords profonds quant aux subventions agricoles attribuées par le pays. Rappelons que l’agriculture est un secteur clé.

katumbi-moise

Katumbi, c’est l’ex-gouverneur du Katanga (province de la taille de l’Espagne). Il y a réalisé un travail concret après avoir fait fortune grâce à la pêche. Il est à la tête de la société « Etablissment Katumbi » qui gère également des activités diverses en Zambie. Il est aussi président du TP Mazembe, club de football de Lubumbashi (le premier à accéder à la finale du mondial des clubs), à travers lequel il fait bâtir un stade privé et un centre de formation (la Katumbi football académie). En clair, un self-made man qui sait faire fructifier l’argent. Une partie de la population kinoise le voit comme un successeur crédible à Joseph Désiré Kabila. Pourquoi ces hommes apparaissent-ils comme un élan de renouveau pour leurs pays respectifs ? Parce qu’ils sont des hommes d’action, formés à l’école de l’entrepreneuriat et sont capables d’initier une réelle dynamique. Disons qu’avec ce type de profil, le risque de népotisme est à priori moins élevé.

Source photo: http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/11/23/les-enfants-d-ushahidi-10-10-imaginer-la-ville-du-futur-partout-dans-le-monde_4815833_3212.html

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Sacrifier la politique à la finance

Privilégier l’action à l’idée pour mieux atteindre l’idéal, scandaleux ? Mais peut-on réellement dissocier finance et politique. Un état ne peut réellement en être un s’il n’est pas prospère et que son économie est verrouillée. Les deux sont en fait les faces d’une même pièce de monnaie. D’ailleurs, c’est bien Total qui fait la pluie et le beau temps en Afrique, Total qui était ELF à l’origine et qui était gérée en direct de l’Elysée par un certain François Mitterrand, président de la république française. Pendant que les Vincent Bolloré et autres entreprises Areva font des milliards, au détriment de la population, la vielle classe africaine s’épuise encore en conférences et autres débats de « il faudrait que », «nous, héritiers de ». Les états doivent assurer par eux-mêmes leur survie, surtout là où la vie est un défi. L’Afrique est le continent de la croissance (+5% annoncés pour l’année 2016, selon la Banque mondiale). Les Africains sont les victimes de cette croissance, ils en retirent principalement l’intensification des inégalités, le pillage aggravé de son potentiel économique, l’extrême pauvreté. Pourtant, ce n’est pas une fatalité, et l’avènement de candidats issus de monde de l’entrepreneuriat, des affaires,  devrait permettre d’imposer cette vision au cœur du débat politique, dans une Afrique en pleins bouleversements.

 

* l’Economique africain saisi par la finance, Olivier Vallée.

SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

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