CULTURE

Natou P. Sakombi lutte contre la falsification historique « Les Noirs ont été effacés de l’histoire de l’Europe »

 

Natou Pedro Sakombi est une passionée d’histoire et amoureuse du continent Africain. Domiciliée en Belgique, elle fonde en 2010 la structure « Reine et Héroïnes d’Afrique » (RHA), ainsi qu’un magazine du même nom. A côté de nombreuses activités liées à RHA (magazines, expositions, conférences, émissions radio), elle consacre trois années de recherche à ce qui va devenir son premier ouvrage, « Du Sang Bleu à l’Encre Noire ». Au travers de ce livre, Natou veut lutter contre la falsification historique. En effet, elle prouve que les noirs ont bel et bien existé et eu un impact important dans l’histoire européenne. 

Nofi Pour Elles a rencontré cette femme déterminée à mettre en lumière l’histoire de sa communauté. 

1. Pouvez-vous présenter à nos lecteurs?

Je suis Natou Pedro Sakombi, je suis Africaine, d’origine Nigériano-Congolaise. Je suis née à Kinshasa mais j’ai passé mon enfance et ma jeunesse à Bruxelles, en Belgique. Je suis détentrice d’une licence en Lettres modernes et depuis à peu près six ans mes centres d’intérêt tournent principalement autour de l’Afrique et de son histoire. Pratiquement toutes mes activités actuelles y sont rattachées.

2. Parlez-nous de votre ouvrage « Du Sang Bleu à l’Encre Noire »

 Mon ouvrage, dont le titre est « Du Sang Bleu à l’Encre Noire », traite de la problématique de la falsification historique. J’y examine la manière dont les Noirs ont été exclus de l’histoire de l’Europe. J’y confronte plusieurs sources qui témoignent d’une présence noire africaine antérieure à une présence blanche sur le sol européen, mais aussi de l’existence d’une classe gouvernante noire en Europe. Tout porte à croire que ces sources, littéraires ou même artistiques , ont été occultées ou parfois falsifiées dans le but de dissimuler cette réalité qui est que les Noirs étaient les premiers habitants d’Europe et qu’il fut une époque où l’Europe était dirigée par une monarchie et une élite noire.
« Il faut dire qu’internet regorge d’informations incertaines et tronquées »

3.Comment l’idée de réaliser un tel projet vous est venue? Quel était ou est votre but au travers de ce livre?

L’idée d’écrire cet ouvrage m’est venue de manière tout à fait fortuite. Au départ, j’effectuais des recherches pour le magazine Reines & Héroïnes d’Afrique que je dirige depuis 2010, et je suis tombée sur des portraits de reines « blanches » dont les apparences me semblaient toutefois « exotiques ». J’ai alors découvert que la plupart présentait, dans son arbre généalogique, des Noirs africains. Or, les manuels d’histoire ne semblent pas souligner ces faits. De fil en aiguille, je suis tombée sur des sources qui révélaient l’existence de personnes de race noire ayant vécu en Europe et donc considérées comme des Européens. Certains sont même des personnages historiques célèbres. J’ai partagé certaines de ces sources sur la page facebook de RHA, ce qui m’a valu d’ailleurs sa fermeture en 2012. Facebook m’a présenté des raisons farfelues et j’ai plutôt compris que mes publications dérangeaient certaines personnes. Mais cela n’a fait qu’accroître ma motivation, et vu la quantité énorme d’informations que j’amassais, j’ai eu l’idée ambitieuse d’en faire un ouvrage. Et bien entendu, ceux qui me connaissent savent que mon but n’est certainement pas d’inciter les Noirs à rejeter l’Afrique pour embrasser l’Europe, ou à s’identifier à des Européens. C’est un ouvrage dont le but est de révéler que le Noir fait l’objet d’une négation dans une historiographie falsifiée et enseignée malgré tout. Le but est de mettre la lumière sur une évidence: l’existence du racisme scientifique.
Du Sang bleu à l'encore noir

4. Pouvez-vous expliquer les démarches nécessaires pour recueillir autant de faits historiques? Quelles ont été les principales difficultés?

J’ai commencé à vaguement m’intéresser au sujet en 2012. Et en 2013, durant une grossesse assez pénible, mes occupations étaient uniquement destinées à la lecture. Je peux d’ailleurs dire merci à Google (rire), car comme je le dis toujours, je suis de la génération internet. Quand je ne pouvais avoir accès à des livres, je n’avais pas besoin de me déplacer dans les bibliothèques étrangères ou consulter des archives dans le monde, elles étaient souvent à ma portée moyennant un simple clic. J’ai pu consulter plusieurs ouvrages et archives en ligne, j’ai visionné pas mal de vidéos et consulté des sites internet. Ma principale difficulté a surtout été de mettre en musique toutes les informations recueillies, de faire le tri entre les sources pertinentes, sûres et erronées. Il faut dire qu’internet regorge d’informations incertaines et tronquées. L’autre difficulté était l’écriture, bien évidemment. C’est mon premier ouvrage, je ne suis pas historienne, ce n’était donc pas facile. Mais je remercie profondément le Professeur Dieudonné Gnammankou qui a daigné jeter un œil d’expert sur mon manuscrit et accepté d’écrire la préface.
« Nous sommes tous porteurs d’une mission divine destinée à relever l’humanité, et c’est d’ailleurs chez nous qu’elle est née. »

5. Quelle est la reine ou héroïne d’Afrique à laquelle vous vous identifiez le plus?

Il y en a beaucoup (rire). Je peux dire qu’au besoin, je m’identifie à chacune de ces femmes héroïques à différents moments de ma vie. Mais celle à qui je m’identifie le plus c’est Nandi de Zululand, la mère du grand Chaka Zulu. C’est une femme qui a dû braver tant d’obstacles et d’humiliations pour parvenir à se faire respecter et porter enfin sa couronne de Reine-Mère. Et malgré les railleries et les rejets, elle a continué à croire en cette prophétie qui lui avait été annoncée. Je ne veux pas paraître prétentieuse, mais j’ai toujours ressentie que j’étais investie d’une mission, et la mission de ma vie est de travailler pour la cause des miens, en l’occurrence du peuple noir. Des obstacles et des découragements j’en ai connu aussi, j’en connais tellement et j’en connaîtrai certainement encore. Mais comme Nandi, je pense qu’il faut toujours viser le but à atteindre et ne jamais lâcher prise. La Reine-Mère Nandi reste un exemple auquel je me réfère dans les moments difficiles car son parcours m’aide à résister à tout ce qui m’empêcherait d’obtenir un jour cette couronne. Si je l’obtiens, je serais alors fière d’avoir rempli cette mission pour les miens.

6. Un mot pour nos lecteurs?

J’encouragerai simplement tous les lecteurs de NOFI à continuer à croire en ce potentiel inné dont l’homme et la femme Noir ont hérité. Nous sommes tous porteurs d’une mission divine destinée à relever l’humanité, et c’est d’ailleurs chez nous qu’elle est née. Il est donc important de savoir notre apport à l’Afrique mais aussi à toute l’humanité, c’est à dire connaître tous les endroits où nos ancêtres sont passés et les hauts faits qu’ils y ont accompli, et l’Europe n’en est pas exclue. Voilà pourquoi s’informer sur l’histoire est primordial, car nul ne peut savoir où il va s’il ne sait d’où il vient. Et de la même manière, nul ne peut savoir de quoi il est capable s’il ignore ce qu’il a accompli par le passé. Et c’est vrai, la première étape consiste à reconnaître qu’on est Noir, et la deuxième c’est d’en être fier.

 

Pour vous procurer le livre, Du Sang Bleu à l’Encre Noir :

Sur Amazon : Du Sang Bleu à l’Encre Noir

Point de vente à Paris: librairie panafricaine Tamery (comptoir des Editions Dagan)
Point de vente à Bruxelles: Bel Africa Media
Pour en savoir plus sur Natou Pedro Sakombi

Steffi Mateta est une jeune femme dynamique portant plusieurs casquettes : rédactrice mode/beauté et actu people pour NOFI, elle est également une sprinteuse de haut niveau et la créatrice du blog Aminy, Croire au potentiel africain ( http://aminy.net/ )

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