POLITIQUE

Dieunor Excellent, militant à gauche de la gauche

D.E : « En France, il ya vraiment le problème du plafond de verre ».

A l’occasion des élections départementales, NOFI a rencontré Dieunor Excellent. D’origine haïtienne, ce professeur et militant associatif de 38 ans est sur le terrain depuis plus de vingt ans. Politisé en 2008, il s’engage aux côtés du Parti Radical de Gauche en 2012. Défenseur d’une République plus égalitaire, Dieunor Excellent est une personnalité locale qu’on ne présente plus en Seine-Saint-Denis.

Ses attentes, ses déceptions et bien sûr, les élections ! Il nous confie tout. Un portrait à découvrir, à quelques jours du second tour.

Qui est Dieunor Excellent ?

Je suis candidat  pour le Parti Radical de Gauche, dans le cadre des élections départementales sur le canton 9, qui comprend une partie d’Epinay, l’intégralité de Villetaneuse et de Pierrefitte. Suppléant de Michel Fourcade, maire de Pierrefitte, dans le cadre d’un accord départemental (le rassemblement de la gauche), incluant le Parti socialiste et certains Verts. Nous avons conclu cette alliance pour garder le département à gauche avec le risque de la droite et évidemment de l’extrême droite. Mais toutes les forces de gauche n’ont pas joué le jeu, comme le Front de Gauche, par exemple, qui a décidé de faire cavalier seul.

 

Quels sont les échéances à venir ?

Le premier tour des élections départementales a eu lieu dimanche. Pour être qualifié il fallait faire au moins 25% des inscrits sur les listes électorales. Donc c’est un scrutin très difficile dans l’organisation, compte-tenu du fait qu’il y aura beaucoup d’abstention, parce que les citoyens ne comprennent pas forcément à quoi sert un Conseil général. Pourtant, c’est le Conseil général qui gère la politique familiale et le RSA. 60% du budget du département sont alloués à ces problématiques. Le département gère aussi les collèges, les routes, les actions de formation et d’insertion professionnelle, le problème de la petite enfance avec les crèches…En somme, beaucoup de compétences. C’est quand même un lieu où des décisions importantes sont prises en matière de politique sociale. Le second tour aura lieu dimanche 29 mars.

 

Quel sont les enjeux ?

Ce qui change au niveau de la forme, c’est qu’on passe du Conseil général au Conseil départemental, avec la loi de la réforme territoriale. Aujourd’hui, ce sont des binômes homme-femme qui sont élus. Il y’a eu des regroupements, on passe donc de 40 cantons à 21. Ce qui est intéressant c’est cette parité, imposée par la loi, qui permettra qu’il y ait  autant d’hommes que de femmes. C’est une belle avancée pour la reconnaissance des femmes en politique.

 Le découpage a été fait sur des critères démographiques à la base, mais ici c’est politique.

 

La réforme territoriale complique-t-elle davantage la lisibilité de cette élection ?

Oui. L’inconvénient majeur, c’est le temps. Cette campagne a  démarré très tard parce que ces élections étaient d’abord prévues pour le mois de décembre et n’ont eu de cesse d’être reportées, à cause de ce problème de découpage. Si on prend une ville comme Epinay, qui représentait à elle seule un canton et qui a été coupée en deux. Une des parties à été rattachée à Villetaneuse. Je pense qu’il y a des gens qui iront voter en pensant voter pour leur maire et Conseiller général, et se rendront compte qu’en fait ce n’est plus pareil. Cette réforme territoriale avait été contestée au sein même de la majorité de gauche. On était même partis sur l’idée de la disparition des départements afin de les remplacer par de grandes régions, gérées par des intercommunalités.

Le découpage a été fait sur des critères démographiques à la base, mais ici c’est politique. Personne ne s’y retrouve vraiment. Par ailleurs, la campagne n’est pas assez visible, la télévision par exemple, en parle très peu et tout le monde n’écoute pas  forcément la radio. Il ya un problème de communication, un problème de calendrier électoral. Et puis, le fait d’enchaîner les élections perturbe également. On est passé des municipales, aux départementales, les régionales en décembre, ça fait beaucoup. On est dans un mille-feuilles administratif avec plusieurs échelles de décision et d’action. Tout ça n’est pas très lisible.

 

Comment espérez-vous inciter les gens à voter à gauche si la gauche elle-même n’est pas unie ?

Comme je le disais récemment, la seule solution au Front National, à ce niveau d’urgence, c’est le rassemblement de la gauche. Aujourd’hui les gens ne s’y retrouvent plus, entre  NPA,  Lutte Ouvrière, Front de Gauche, Parti de Gauche, Parti socialiste, Parti communiste, etc…les gens sont perdus. En revanche, ils identifient clairement l’extrême droite de Marine Le Pen et   l’UMP de Nicolas Sarkozy. La droite se renforce et est beaucoup plus visible que la gauche, c’est un obstacle. Tous les partis de gauche disent que l’enjeu majeure est de conserver le département,  mais ne se rassemblent pas et chacun essaye d’exister par lui-même. Pourtant, si on veut espérer gagner ces élections et celles à venir (régionales, présidentielles) nous n’avons pas le choix. C’est un vrai problème car trop de division à gauche tue l’électorat de gauche.

 

Comment le PRG se positionne-t-il par  rapport au PS ?

Notre position a toujours été claire. Nous avons des ministres au gouvernement : Thierry Braillard au sport, Annick Girardin à la francophonie, Sylvia Pinel au logement et à l’égalité des territoires…Donc il y a toujours eu cette alliance avec le Parti Socialiste. Il n’en demeure pas moins qu’en Seine Saint-Denis, même si on ne soutient pas toutes les décisions prises à l’échelle nationale, on est aussi dans une démarche de rassemblement. Parce qu’on a très bien compris qu’il fallait rassembler cette gauche pour pouvoir faire les choses. Le PRG n’est pas majoritaire et a donc tout intérêt à s’allier à d’autres partis de gauche plutôt que de s’engager dans une aventure politique juste pour dire qu’on n’est pas d’accord. Alors qu’on peut quand même s’entendre.

 

Moi, je dis toujours que la République est en panne, en panne d’égalité, en panne de solidarité, de fraternité.

 

Le  PRG souffre-t-il de l’image désastreuse du gouvernement actuel ?

Il y’a deux niveaux de lecture. Les personnes que je rencontre à Villetaneuse ne m’identifient pas comme étant quelqu’un du Parti Radical de Gauche, au gouvernement. Ils me voient comme Dieunor Excellent, militant de terrain associatif, enseignant. Parfois, on nous taquine sur les politiques de baisse d’investissement dans les collectivités territoriales. Moi je suis contre le fait que l’Etat diminue les subventions qui leurs sont allouées, alors qu’on a des ministres au gouvernement. Après, il faut simplement expliquer aux gens, et c’est ce qu’on n’a pas eu le temps de faire. Ici, il est question d’une campagne flash sur un mois.

 

La France est un pays multiculturel et multi-identitaire, c’est ce qui fait la force de la République.

 

 

Les décisions prises en haut lieu n’intéressent pas les citoyens, qui sont plus préoccupés par des questions pratiques comme les problèmes de logement, de travail ou de garde d’enfants. Ils sont sur les réalités concrètes et non sur le charabia politco-politicien. Je ne veux pas faire un procès aux médias mais, c’est vrai que ça fait vendre du papier lorsqu’on révèle des malversations. La vérité c’est que ça n’intéresse pas du tout les gens. A Villetaneuse, en tout cas, ça n’impacte pas directement mon travail, ni la confiance que les gens peuvent avoir en moi.

 

Que propose le Parti Radical de Gauche sur un territoire comme celui de la Seine Saint-Denis ?

On a toujours eu un discours pragmatique et humaniste. On constate que dans nos établissements les enfants ont moins de moyens que dans les établissements parisiens. Et  on le dit pour dénoncer l’inégalité au sein même de nos institutions. Moi, je dis toujours que la République est en panne, en panne d’égalité, en panne de solidarité, de fraternité. Le projet phare du parti, c’est justement de travailler à plus d’égalité. Sur la question des enseignants par exemple, moi-même qui suis enseignant, je vois les efforts faits par le département pour essayer de combler ce fossé. Le chèque de 200 euros attribué aux enfants qui entrent en classe de sixième est un complément aux allocations de rentrée que perçoivent les familles. Ce n’est pas négligeable pour commencer le mois.

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Le département se substitue donc au gouvernement ?

Tout à fait. Nous savons très bien que nos établissements sont moins dotés en matériel et en enseignants. La Cour des Comptes publiait récemment un rapport qui pointait du doigt ces inégalités. En Seine Saint-Denis, on a eu plus d’ouvertures de classes et moins d’enseignants, alors qu’à Paris c’était l’inverse. Il faut savoir également que notre département reçoit les enseignants qui ont le moins d’expérience, ceux qui sont le moins bien formés. C’est un problème parce qu’on rencontre quand même des difficultés spécifiques, donc on a besoin de plus de moyens. Finalement, on est dans une logique où on donnerait plus à ceux qui en ont plus, alors que les valeurs de la gauche c’est quand même la solidarité et donner plus à ceux qui en ont moins. La redistribution des richesses doit aussi se traduire par une politique plus solidaire sur l’ensemble des territoires. Ce sont les enjeux qui nous poussent à vouloir garder le département à gauche. Si les gens sont pauvres ce n’est pas de leur faute. La droite n’a pas la même vision.

 

 L’image de la Seine Saint-Denis est en train de se transformer.

 

Quand Emmanuel Macron déplore que peu de français aspirent à être milliardaires, vous êtes d’accord ?

(Rires). En France, il ya vraiment le problème du plafond de verre. On voit très bien que l’ascension sociale n’est pas donnée à tout le monde. Déjà, au sein même de l’école les gens n’ont pas les mêmes possibilités d’y accéder. Ils n’ont pas les mêmes formations ni les mêmes moyens. Je pense que le rêve français n’existe pas dans les quartiers populaires, ce n’est pas que les gens ne veulent pas, c’est plutôt que les gens ne peuvent pas. On sait comment fonctionne la société, comment les différentes catégories socioprofessionnelles sont représentées,  la reproduction sociale est quelque chose qui est encore réel. Même pour se présenter à une élection c’est très difficile, aujourd’hui, les places ne sont pas données à ceux qui n’ont pas le capital social, le capital économique, ou le capital culturel. A Villetaneuse, on a l’Université Paris 13,  c’est bien d’avoir un diplôme mais si on n’a pas le bon stage ni le bon carnet d’adresse, ça ne sert à rien. Donc c’est facile de dire ça, mais lorsqu’on le dit on ne parle pas des obstacles qui empêchent les gens de réussir. La discrimination à l’embauche fait également partie de ce processus, si on envoie un CV et qu’on n’a pas le bon patronyme ou la bonne adresse. Il ya également le problème du chômage, les gens veulent des postes à responsabilité mais on ne leur en propose pas suffisamment. Je trouve que c’est une vision trop simpliste, alors que monsieur Macron sait très bien que la société ne fonctionne pas  comme ça. Il ne suffit pas de décider d’être milliardaire pour le devenir.

 

Comment le PRG travaille-t-il à la revalorisation de l’image du 93 ?

On essaye d’agir, mais le Parti Radical de Gauche n’est en responsabilité dans aucune ville, nous n’avons  aucun conseiller général. Donc aucun pouvoir de décision. Même au niveau des politiques de transport, on ne peut pas agir directement et c’est un problème grave. Rien que pour se rendre de Villetaneuse quartier-sud à Villetaneuse quartier-Nord il n’y a qu’un bus, et encore, si le bus passe sinon il faut marcher. L’image de la Seine Saint-Denis est en train de se transformer, le stade de France par exemple, a permis l’essor réel de ces quartiers et l’application d’une politique de lutte contre le logement  insalubre, il faut plus d’initiatives comme celles-ci. Les gens qui ont un bon niveau de vie ne viendront pas habiter ici s’ils n’ont pas facilement accès aux transports, à de bonnes écoles et à des logements de qualité. Il ya un vrai travail à faire sur l’image mais aussi sur le concret. Le problème c’est qu’on est dans cette stratégie d’évitement de certaines catégories socioprofessionnelles, alors que les gens aspirent à vivre mieux. Si on veut faire venir une population mieux dotée en capital économique il y’a un travail d’attractivité à faire et sur les infrastructures également. Ici, il y’ beaucoup de logements sociaux, bien que je ne sois pas contre, mais il faut un équilibre. Quand on est sur une ville où il ya plus de 70% de logements sociaux et souvent HLM, on paye peut-être moins cher mais la ville ne favorise pas la mixité sociale. On veut des villes un peu plus propres, où il est possible de faire plus d’activités.

 

 Il ne faut pas que nos quartiers deviennent des « ghettos »

 

Plus il y’a de belles infrastructures, plus on fait reculer les populations les moins favorisées. La modernisation n’est-elle donc pas un risque ?

Non, je pense qu’il faut exercer une politique globale. 20% de logements sociaux sont  imposés dans chaque ville, mais certaines d’entre elles préfèrent payer des amendes plutôt que construire. Et tout ça parce que c’est beaucoup plus avantageux pour eux d’un point de vue électoral. Quand on parle de répartition des richesses, je crois que ce doit être à l’échelle de tout le territoire, on doit imposer ces constructions dans toutes les banlieues riches. Il faut partager pour rétablir l’équilibre social et c’est comme ça qu’on crée de la cohésion sociale sur un département, sur une ville, sur toute une nation. Ici, on a une concentration de HLM, pas de commerces, pas de transports, qui voudrait habiter là ? Contrairement à ce qu’on dit sur un communautarisme supposé des habitants du 93, les gens qui vivent ici ne rêvent que de s’en aller. Toute personne ayant les moyens de vivre mieux s’en va. Donc le but aujourd’hui n’est pas de faire partir cette population mais de rééquilibrer les choses. Si demain le PRG est en responsabilité, que ce soit au niveau régional ou national, ce sont des choses qu’on mettra en place parce qu’on milite pour la justice sociale et l’égalité des chances.  Il ne faut pas que nos quartiers deviennent des « ghettos ». Les politiques d’attribution du logement, on sait sur quels critères elles fonctionnent. Les populations les moins dotées en capital économique sont souvent celles issues de l’immigration.

 

Quand Manuel Valls parle d’Apartheid, vous êtes d’accord ?

C’est ambigu et ça voudrait dire quoi ? Ce serait l’Etat qui aurait instauré ce système ? C’est la question qu’il faut poser, parce que Manuel Valls fait ce constat, mais qui a construit cette Apartheid ? Personnellement, les mots ne me font pas peur mais ce qui m’intéresse ce sont les solutions. On constate qu’on est dans un ghetto social, soit, mais qu’est-ce qu’on fait pour déconstruire ces ghettos, et comment ont-ils été construits ? Manuel Valls a été en responsabilité en tant que maire, en tant que député et ministre, il n’a jamais mené une politique anti-apartheid. On l’aurait su si à Evry il avait œuvré contre la ghettoïsation. Quand les personnes font des demandes de logement, il y’a le problème des revenus d’abord. Sylvia Pinel disait que les montants des loyers devaient êtres en fonction du revenu des personnes, d’où l’intérêt de construire du logement social dans les quartiers favorisés pour mélanger les populations. En matière de politique de logement, je crois que l’enjeu est là, au lieu de faire fuir les populations les moins favorisées dans les poches de pauvreté, il faut plutôt les intégrer là où les gens s’en sortent mieux. Ça fonctionnerait parce que ça pourrait tirer les gens vers le haut. Il faut avoir du courage politique et je pense que ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui n’en n’ont pas. Il ya des choses qu’on ne veut pas déséquilibrer, un certain conservatisme. On nous fait croire que ce n’est pas possible pourtant, s’ils ont su ghettoïser et ethniciser ils peuvent aussi faire le contraire.

 

 Ce sont à ceux qui gouvernent qu’incombe la responsabilité de poser les vrais problèmes et de travailler à leur résolution.

 

 

Et sur la question de l’intégration ?

Je pense que les gens sont intégrés, c’est la société qui est inégalitaire et fonctionne ainsi.  Ce sont des interactions et pas une question de rejet ou d’intégration finalement. Si on change les règles, les choses se passeront différemment. Là, on laisse les gens vivre entre eux comme s’ils l’avaient décidé mais c’est surtout que les gens n’ont pas les moyens d’agir. Ce ne sont pas eux les politiques, ils ne vont pas aménager eux-mêmes leurs espaces. Ce sont à ceux qui gouvernent qu’incombe la responsabilité de poser les vrais problèmes et de travailler à leur résolution. Ce que je trouve injuste c’est cette inversion des rôles. On culpabilise presque les gens qui sont victimes. Ils peuvent changer de vie individuellement mais ils ne peuvent pas agir directement pour le bien commun. On refuse de construire dans nos quartiers sous prétexte que les jeunes vont casser. Cela pousse les bailleurs à utiliser du matériel de moins bonne qualité pour soi-disant anticiper les dégradations. Quand on ne fait pas, on fait aussi. Et finalement, si les gens cassent il faut essayer de comprendre pourquoi. Il y’a vraiment une pensée raciale qui consiste à croire que les populations de ces quartiers sont sauvages.

 

 

Peut-on nier que ces problématiques sociales sont intrinsèquement liées à des questions ethniques ?

Effectivement, à la base c’est le cas. Je doute que ce soit un hasard que dans tel bâtiment et à tel palier on retrouve une communauté spécifique. Si on commence à compter on se dit que bizarrement, il y’a une surreprésentation d’une communauté en particulier. On s’est dit qu’on allait les regrouper puisqu’ils allaient forcément s’entendre. Je pense que c’est fait comme ça, en tout cas quand j’observe je me pose la question.

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Comment vit-on l’actualité dans le 93 ? Les émeutes de 2005 et plus récemment, les attentas contre Charlie hebdo ?

En toute honnêteté, avant, pendant, après, c’est pareil. Du moins à Villetaneuse, je n’ai rien vu de particulier concernant les événements du 11 janvier. On a sensibilisé les enfants et discuté avec eux pour avoir leur ressenti mais ça n’a rien changé. Pour les émeutes de 2005, c’est vrai qu’il y’avait une colère et quelques voitures ont été incendiées. Les gens se sentaient concernés par ces choses qu’ils vivent au quotidien : la stigmatisation, le fait d’être interpellé sans arrêt par la police. Les contrôles au faciès sont une réalité. Aujourd’hui je ne suis plus contrôlé parce que localement les gens me reconnaissent mais j’en ai moi-même été victime. Parfois j’interviens lorsqu’il y’a clairement abus de pouvoir. A côté de ça, les gens ne se sentent pas concernés par Kouachi ou Coulibaly, ils ont été touchés mais personne à Villetaneuse n’a pris le parti des terroristes. Quand Manuel Valls chemise au vent, parle de « sursaut républicain » je trouve cela malhonnête de sa part de vouloir faire de la récupération politique. Ce fameux « sursaut républicain» c’est tous les jours, c’est contre le manque de solidarité, le racisme etc. Il faut réagir à chaque fois que la république est menacée par l’inégalité et l’injustice, et non pas attendre des attentats pour que le sursaut se produise.

 

 On ne peut pas renier ses racines.

 

Que fait le PRG à propos du droit de vote des étrangers ?

Nous avons menées beaucoup d’actions pour faire en sorte que cette loi soit défendue. Je fais  un constat amer parce que je me dis qu’on aurait pu essayer de la faire passer. Lorsque Manuel Valls est arrivé en responsabilités, il a clairement dit non au droit de vote des étrangers, alors que c’était une promesse de François Hollande. Quand on discute avec les gens, on se rend compte qu’ils sont dans une sorte de lutte pour la reconnaissance à cause des injustices, des frustrations quotidiennes. C’est François Mitterrand qui avait soulevé cette question à l’origine, elle était  le symbole de l’arrivée de la gauche au pouvoir. Malheureusement,  il n’y a pas de réelle volonté politique de faire aboutir cette loi, on ne nous sort que des excuses de proportionnalité au sein du Sénat, etc. Pourtant, quand ils veulent faire passer quelque chose ils s’arrangent entre eux. Aujourd’hui la majorité du Sénat est à droite donc c’est encore moins de chances de voir un jour ce projet émerger. Ça, dans les quartiers populaires, les gens l’ont vraiment mal pris. En faisant du porte à porte on rencontre des résidents français qui disent vouloir voter mais à qui on refuse ce droit. Leurs enfants, qui n’ont jamais vu leurs parents voter n’ont pas cette habitude sociale. Beaucoup ont déposé des demandes de naturalisation qui n’ont jamais abouties alors qu’ils veulent devenir français. Il aurait au moins fallu se battre pour ces gens, François Hollande aurait gagné en légitimité dans les quartiers populaires en rendant cela possible. Parce que cela  aurait montré que l’Etat veut que tout le monde participe. De plus, ça se fait dans d’autres pays européens, eux qui se disent pro-européens sont encore en retard. Le PRG a vraiment porté ce projet dans le 93. On n’aurait jamais reproché à François Hollande d’avoir essayé, en revanche, on peut lui reprocher de ne pas l’avoir fait.

Que pensez-vous du cas de votre opposant politique, Stéphane Tiki ?

Nous avons eu plusieurs fois l’occasion de débattre sur  la radio Africa n°1 pendant l’émission «Le grand débat ». J’avais toujours été surpris par son positionnement, et ça m’a davantage surpris en apprenant qu’il se tirait lui-même des balles dans le pied. Au-delà des convictions politiques, on ne peut pas renier ses racines. Maintenant on voit clairement qu’il se contentait de dire comme Sarkozy. Sans m’attarder sur lui, cela montre finalement que les gens n’ont pas de conviction politique et qu’il y a un immense écart entre ce qu’on dit ce qu’on vit et ce qu’on fait. Moi je suis bien dans mes baskets et jamais je ne pourrai faire une chose pareille. Jamais personne ne m’a demandé de choisir et c’est ce qui est intéressant au PRG. Tout le monde respecte l’identité de chacun. La France est un pays multiculturel et multi-identitaire, c’est ce qui fait la force de la République.  Je ne suis pas vu en tant que noir mais en tant que citoyen engagé en politique, au PRG nous n’avons jamais de débats sur les origines des personnes qui militent. Nous défendons le droit à la même égalité pour tous.

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SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

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