SOCIÉTÉ

Mobilisation des stars afro-américaines contre les bavures policières: pourrait-on un jour voir cela en France?

Après de nombreux sportifs tels que Kobe Bryant ou LeBron James, 75000 personnes, dont le rappeur Nas, ont manifesté samedi dans les rues de New York et de Washington. Devant cette mobilisation sans précédent, une question se pose : les célébrités noires françaises auraient-elles eu le ‘courage’ d’en faire autant?

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Il y a quelques mois, le comique français Dieudonné qualifiait son compatriote footballeur Nicolas Anelka de ‘Muhammad Ali français’ en raison de la quenelle, ce geste présenté comme anti-système par les intéressés et antisémite par ses détracteurs, que l’actuel attaquant de Mumbay City avait accompli en célébration d’un but dans le championnat anglais. Il y a quelques jours,  c’est pour une autre cause que s’est apparemment révélée une nouvelle génération de sportifs noirs engagés politiquement. En réaction à la mort de nombreux Afro-Américains à la suite de bavures policières non-sanctionnées de nombreux sportifs, de nombreux sportifs noirs, et pas des moindres ont arboré des T-shirts avec l’inscription « I can’t breathe ».

Kobe Bryant

Kobe Bryant

Ceux-ci étant une référence aux mots tenus à plusieurs reprises par Eric Garner, alors qu’il était étranglé à mort par un policier.

Lebron James

Lebron James

Cette mobilisation n’a pas touché que les sportifs et le rappeur J. Cole s’est livré à un émouvante prestation musicale à la télévision américaine dénonçant, à travers un couplet inédit la politique d’Obama, les bavures policières et les sportifs n’assumant pas leur rôle.

J.Cole chantant son couplet inédit 'Be free' chez David Letterman

J.Cole chantant son couplet inédit ‘Be free’ chez David Letterman

L’acteur Samuel L. Jackson a appelé les autres célébrités à dénoncer dans une chanson, comme il le fait lui-même, les policiers  afin de protester contre la ‘police raciste’.

https://www.youtube.com/watch?v=lH9C1HKifAY

Enfin, samedi après-midi des manifestations dans les rues de Washington et de New York ont rassemblé près de 75000 participants, dont le rappeur Nas, et les producteurs de musique Russell Simmons et Kevin Liles.

Liles, Simmons et Nas

Liles, Simmons et Nas lors de la manifestation

Devant cette mobilisation des célébrités noires des Etats-Unis, on peut se demander si des célébrités françaises auraient agi de la même manière. A mon avis, la réponse est oui. Pourquoi? Parce que si une véritable pression s’était faite ressentir, les athlètes afro-américains n’auraient probablement pas protesté.

Après le port du premier T-Shirt ‘I can breathe’ par le basketteur des Chicago Bulls Derrick Rose, le commissaire de la NBA Adam Silver a déclaré comprendre l’engagement des joueurs tout en exprimant sa préférence pour le fait qu’ils portent des t-shirts d’échauffement de la marque du sponsor de la NBA. Il a exprimé une préférence, il n’a pas formulé une mise en garde, ni une injonction à l’endroit des joueurs. Quelques faits dans l’histoire récente de la NBA montrent que cet organisme a le pouvoir de convaincre ses athlètes, et que si une véritable pression s’était faite ressentir à l’endroit des joueurs contre le port de ces t-shirts, ceux-ci n’auraient peut-être pas continué leurs protestations.

En 2005, après l’incroyable bagarre générale mêlant joueurs et fans lors du match entre Detroit Pistons et Indiana Pacers, le commissaire de la NBA d’alors, David Stern adopte une stratégie pour dé-gangsta-iser l’image de la ligue.

Au programme, les athlètes étaient dès lors, dans le cadre d’activités en rapport avec leur équipe, interdits de porter tout vêtement les apparentant de près ou de loin à des ‘racailles’ : des shorts, des t-shirts sans manches, des pendentifs, des médaillons, des casquettes, des casques audio, des lunettes de soleil en intérieur, des vêtements de sports comme les sweats à capuches . Ils  allaient devoir porter, dans le contexte d’activités liées à leur équipe,  un look ‘business casual’ incluant des chemises ou des cols roulés, des pantalons de ville ou des jeans habillés. Ceux qui contrevenaient à ce règlement, comme l’infortuné Joakim Noah, venu assister en sweat à capuche à un match de ses coéquipiers des Bulls sur le banc de touche l’an dernier étaient invités par un vigile à se changer immédiatement ou à faire face aux conséquences de leurs actes.

Joakim Noah, sommé de changer de tenue en quelques minutes par les autorités de la NBA

Joakim Noah, sommé de changer de tenue en quelques minutes par les autorités de la NBA

On ajoutera aussi que Tony Parker, qui connaissait forcément Dieudonné et sa réputation il y a quatre ans lors de la quenelle qu’ils ont effectués ensemble, a forcément du subir des pressions pour immédiatement s’excuser et qualifier son geste de ‘haineux’. On peut en effet se demander pourquoi Parker a pu se prononcer de manière si tranchée en si peu de temps, sans même avoir demandé des explications à l’humoriste ou même fourni une explication nuancée du geste comme l’ont fait Samir Nasri ou Nicolas Anelka. On peut penser que si une véritable pression comme celle dont fut victime Parker s’était dressée contre les volontés de manifestations des sportifs, celles-ci n’auraient pas eu lieu.

Tony Parker

Tony Parker

A ma connaissance, il n’y a que très peu de contestation de l’injustice que constitue la mort de ces nombreux Afro-Américains des mains des forces de l’ordre. Cette indignation fait consensus pour presque toute l’opinion publique,  jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat américain avec le Président Obama.

Je tiens à préciser que ce que j’ai écrit n’enlève en rien la beauté de la mobilisation qui gagne actuellement l’Amérique et notamment sa communauté noire, qui se retrouve unie derrière un combat pour ses droits. Cela ne m’empêche pas de penser qu’avec un pareil consensus dans l’opinion publique et dans les plus hautes sphères politiques de l’Etat français, des sportifs comme Mamadou Sakho ou Teddy Riner en auraient probablement fait autant.

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