HISTOIRE

Amy Jacques Garvey : madame Marcus Garvey

Amy Jacques, éditrice, féministe et militante, était la seconde épouse mais aussi le bras droit de Marcus Garvey. Une pionnière en tant que femme noire, journaliste et éditrice du XXe siècle.

Par Natou Seba Pedro Sakombi pour Reines et héroïnes d’Afrique

Naissance et éducation

Née à Kingston, en Jamaïque, le 31 décembre 1895, Amy est l’enfant aîné de George Samuel et Charlotte Henrietta Jacques. Sa mère étant métisse, Amy grandit dans une famille bourgeoise de classe moyenne aux valeurs victoriennes. Le métissage de sa mère va fortement influencer son éducation.

Dès son jeune âge, Amy apprend le piano, la musique étant primordiale pour l’éducation d’une jeune fille de son époque et de son milieu. Elle fait partie de la petite minorité (2 %) de jeunes gens à fréquenter l’école secondaire en Jamaïque.

L’idéologie d’Amy voit le jour grâce à son père qui l’incite à lire des périodiques et des journaux pour « améliorer sa connaissance du monde ».

A l’époque, la plupart des Jamaïcains noirs sont pauvres, et les agriculteurs sont tous analphabètes. Elle est autorisée à prendre des cours de sténographie car son père veut qu’elle devienne infirmière.
Après avoir obtenu quelques-uns des plus grands honneurs scolastiques de l’époque, Amy est recrutée pour travailler dans un cabinet d’avocats. Mais son père refuse : il est hors de question pour lui que sa fille travaille dans un environnement d’hommes, mais il décède la même année.
Charlotte Henrietta exhorte alors sa fille à accepter le poste, afin qu’elle puisse contrôler la succession. Amy travaille durant quatre ans dans le cabinet et en sort avec une connaissance accrue du système juridique.

En 1918, Amy part pour les EtatsUnis. Elle a promis à son employeur et à sa mère de revenir dans les trois mois si les conditions aux États-Unis ne lui conviennent pas. Ce qu’elle ne fait pas car elle découvre le garveyisme. En effet, peu après avoir assisté à une conférence de Marcus Garvey, elle devient la secrétaire privée de ce dernier et travaille avec lui dans son organisation, l’UNIA (United Negro Improvement Association).

Son mariage avec Marcus Garvey

Il existe beaucoup de contradictions concernant le début de l’idylle entre Amy Jacques et Marcus Garvey. Avaient-ils, ou non, commencé leur liaison avant le divorce de Marcus ? Selon Amy Ashwood, la première épouse de  Garvey, ils se voyaient derrière son dos. Elle évoque l’infidélité de Marcus et la méfiance qu’elle ressentait vis-à-vis d’Amy Jacques pour décrire sa douleur et son humiliation.

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Marcus, quant à lui, soutient n’avoir eu aucun contact intime avec Amy avant son divorce. Les deux affirment avoir entretenu une relation amicale et strictement limitée au travail. Néanmoins, Ashwood fait une demande de séparation en été 1921.

En juin 1922, Marcus divorce et épouse Amy à Baltimore.

Ses responsabilités à l’UNIA

Au début de leur mariage, Amy pensait que sa responsabilité ne se limiterait qu’au confort de son mari. Mais au bout de quelques mois, elle commence à éditer le Volume I de Philosophy and Opinions of Marcus Garvey (compilation des écrits et discours de Marcus).
Son objectif est de donner l’occasion au public de se forger sa propre opinion sur Garvey. Bientôt, sa place dans l’organisation prend de l’ampleur. Très vite, au lieu de se placer derrière son mari et de travailler dans l’ombre, Amy devient une figure de UNIA et la représentante des femmes de cette organisation.
Dans son livre Garvey and Garveyism, elle explique qu’une part importante des discours de Garvey était écrite par elle.

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Amy Jacques Garvey est une excellente oratrice. On raconte qu’un jour où Marcus Garvey doit prendre la parole à New York (Amy, qui ne fait pas partie du programme, l’accompagne), le public, tellement inspiré par les discours et les ouvrages publiés par Amy, aurait scandé : Nous voulons Mme Garvey !
Même s’il n’est pas prévu qu’Amy prenne la parole, Marcus la lui donne et déclare être heureux que sa femme soit sa femme et non une rivale. Ainsi, dans de nombreuses circonstances imprévues, Amy Jacques Garvey joue un rôle de premier plan dans l’UNIA .

Marcus en prison

Moins d’un an après son mariage avec Amy, Marcus Garvey est reconnu coupable de fraude le 21 juin 1923 et est envoyé à la prison Tombs dans l’État de New York, où il passe trois mois avant d’être libéré sous caution. Puis il est condamné, le 8 février 1925, à cinq ans de prison, à Atlanta. C’est à ce moment qu’Amy Garvey prend la direction de l’UNIA .

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Amy voyage dans tout le pays pour recueillir des fonds pour la défense de son mari. Elle édite et publie le Volume II de Philosophy and Opinions of Marcus Garvey, deux volumes de sa poésie, The Tragedy of White Injustice et Selections from the Poetic Meditations of Marcus Garvey.
A côté de cela, elle travaille sans relâche avec les avocats pour obtenir la libération de son mari, gère l’UNIA et organise des conférences. Malgré ces efforts, Garvey n’aurait jamais accepté qu’Amy assume le leadership officiel de l’organisation.

Après l’expulsion des USA de Marcus Garvey en 1927, Amy rentre avec lui en Jamaïque. Elle lui donne deux fils : Marcus Mosiah Garvey Jr, né en 1930, et Julius Garvey Winston, né en 1933. Elle reste avec ses enfants en Jamaïque quand Garvey déménage en Angleterre en 1934.

Après Garvey

Après la mort de Garvey, en 1940 , Amy devient rédactrice au journal The African, publié à Harlem.

A la fin des années 1940, elle crée l’African Study Circle of the World in Jamaica (Cercle africain d’étude du monde en Jamaïque).

En novembre 1963, Amy Jacques Garvey visite le Nigeria en tant qu’invitée du Dr Nnamdi Azikiwe, premier gouverneur général de la nation.
Elle publie son propre livre, Garvey and Garveyism en 1963, ainsi qu’un livret, Black Power in America: The Power of the Human Spirit ([le concept de] Black Power en Amérique : Le pouvoir de l’esprit humain) en 1968.
Sa dernière publication sera Philosophy and Opinions of Marcus Garvey, Volume III.

Elle reçoit la médaille Musgrave en 1971, et meurt le 25 juillet 1973, à Kingston, en Jamaïque.

Fan de séries, de rock indé et des années 1990, elle pond des chroniques sur sa vie de femme noire en France et sur sa phobie des joggings Lacoste. Sur le net, vous la retrouverez plus facilement sous le nom de "La Ringarde", son identité secrète de super héroïne.