HISTOIRE

Kwame Nkrumah : « Nous devons tous tirer une leçon de l’Europe, par contraste. »

En cette période de sursaut dans la lutte contre le néo-colonialisme, NOFI vous propose un puissant extrait de « L’Afrique doit s’unir« , un ouvrage de Kwame Nkrumah, premier président du Ghana et farouche défenseur du panafricanisme. Dans ce livre publié en 1963, le père de l’indépendance ghanéenne plaide en faveur de la libération totale et de l’unification de l’Afrique.

A travers ce extrait, Kwame Nrumah de qui la CIA disait qu’il « faisait plus pour saper nos intérêts qu’aucun autre noir africain » décline ses plans visionnaires pour l’édification et le développement d’une Afrique moderne, capable de jouer pleinement son rôle de géant mondial. Bonne lecture :

« Notre continent nous donne le second territoire du monde en (étendue). Les richesses naturelles de l’Afrique passent pour être supérieures à celle de presque n’importe quel autre continent. Pour tirer le maximum de nos ressources actuelles et potentielles, en vue de l’abondance et d’un bon ordre social, nous devons unir nos efforts, nos ressources, nos compétences et nos intentions. Nous devons tous tirer leçon de l’Europe, par contraste. Cultivant par trop ses nationalismes exclusifs, elle a sombré, après des siècles de guerres entrelardées d’intervalles de paix instable, dans un état de confusion, simplement parce qu’elle n’est pas parvenue à se donner une saine base d’association politique et de compréhension […]

Tandis que nous, les Africains, pour qui l’unité est le but suprême, nous efforçons de concentrer nos efforts dans ce sens, les néocolonialistes font tout pour les rendre vains en encourageant la formation de communautés fondées sur la langue des anciens colonisateurs. […]

Le fait que je parle anglais, ne fait pas de moi un anglais. De même, le fait que certains d’entre nous parlent français ou portugais, ne fait pas d’eux des Français ou des Portugais. Nous sommes des Africains et rien que des Africains, et nous ne pouvons poursuivre notre intérêt qu’en nous unissant dans le cadre d’une Communauté africaine […]

Pour nous, l’Afrique est une, îles comprises. […] Du Cap à Tanger ou au Caire, du Cap Guardafui aux îles de Cap Vert, l’Afrique est une et indivisible.

J’estime donc qu’une Afrique unie (entendons : politiquement et économiquement, sur l’ensemble du continent) poursuivrait les trois objectifs que voici :

Tout d’abord, nous aurions une planification économique générale à l’échelle continentale. Cela accroîtrait la puissance économique et industrielle de l’Afrique. Tant que nous restons balkanisés, régionalement et territorialement, nous sommes à la merci du colonialisme et de l’impérialisme.

En second lieu, nous poursuivrons l’unification de notre stratégie militaire et de défense. Je ne vois pas l’intérêt de faire des efforts chacun de son côté pour entretenir d’importantes forces armées qui, de toute façon, seraient inefficaces en cas d’attaque sérieuse d’un État particulier.

Le troisième objectif dépend des deux premiers. Si nous instituions une organisation commune de planification économique, il faudrait que nous adoptions une politique étrangère et une diplomatie communes, afin de donner une direction politique à nos efforts conjoints en vue de la protection et du développement économique de notre continent […]

La survivance de l’Afrique libre, les progrès de son indépendance et l’avance vers l’avenir radieux auquel tendent nos espoirs et nos efforts, tout cela dépend de l’unité politique […]

Tel est le défi que la destinée a jeté aux dirigeants de l’Afrique. C’est à nous de saisir cette occasion magnifique de prouver que le génie du peuple africain peut triompher des tendances séparatistes pour devenir une nation souveraine, en constituant bientôt, pour la plus grande gloire et prospérité de son pays, les États-Unis d’Afrique. »

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Notes et références

Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s »unir, Présence Africaine, publié en 1964

Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.