La sémantique de l’être Noir ou la construction d’une condition raciale /Dernière partie

Par Ghyslain Vedeux. [Noir(e)] Signifiant-signifié. Naître, être noir(e), quel(s) sens ? conscient-inconscient ? Sémantique. Naître puis être (dans le sens de « devenir ») [noir(e)] initialement dans le contexte eurasiatique-occidental est une condition sociale que l’idéologie racialiste a transformée en condition raciale.

III/ De nos jours :

Inconsciemment ce qui se joue tous les jours, ce sont les politiques qui font croire aux anciens serfs donc « noirs » devenus « des salariés » que leur condition à changé hors, que nenni. Il est d’ailleurs intéressant de noter que c’est en 1792 et le 4 février 1794 en France (Norvège et Suede en 1792 qui ne souhaitent pas voir se propager chez eux ce qui se passe par exemple en France en 1789) que pour la première fois l’esclavage a été abolit soit peu de temps après que des esclaves-des serfs-des noirs-des non libres ce soient révoltés en 1789 en France. Retour à nos jours où l’afrophobie (racisme anti-noir) est tellement ancrée psychologiquement (dissonance cognitive pour le supporter, comme le décrit si bien Frantz Fanon) qu’on la retrouve « normalement » dans le quotidien :

De simples exemples qui démontrent que c’est dans le vocabulaire qu’on ancre une pensée. Puisqu’on pense avec des mots, ça commence là, dans les mots/maux qui nous dirigent, nous construisent. Les habitants d’Afrique ne se définissent pas et ne s’identifient pas comme des noirs-nègres-serfs-non libres; mais sont plus que conscients que la condition noire dont ils ont hérité ne les enferme pas dans une [identité]. Le conditionnement dans le contexte Français  est tel qu’il nous sera souvent cité en exemple le « gentil » Leopold Sedar Senghor avec le concept de la « négritude » tout en omettant de mentionner qu’Aimé Cesaire, et Léon-Gontran Damas n’ont plus revendiqué ce néologisme là et même l’on rejeté car conscient que  [la négritude] est né d’un complexe du rejet de [soi] que ressentait les noirs africains à cette époque. Donc la négritude s’est uniquement construite en opposition. C’est un problème. La négritude est un concept né pour permettre aux « Noirs évolués » (comme les nommaient Frantz Fanon) qui avaient intériorisé un complexe d’infériorité, de discuter avec les blancs. La Négritude est une vision purement Afropéenne occidentale. C’est un problème car justement la négritude est née de ce complexe de ces Afropéens. Et Senghor qui en faisait partie n’est pas un exemple, et s’il est devenu un Africaniste au service de l’occident et pas un Panafricaniste au service de l’Afrique à l’image d’un Kwamé Krumah, est-ce un hasard ?

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A ceux, et nous les devinons d’ici qui brandissent Senghor pour tromper les masses ‘noires’- et bien objectivement Senghor n’est un exemple à citer concernant le combat de l’émancipation des noirs. Senghor avec Damas les principaux chantres de la négritude, Senghor plus que Damas d’ailleurs, Aimé Césaire aussi initialement mais qui a rapidement compris la récupération politique de la machine coloniale. La négritude fut ensuite principalement Senghor. Et Senghor c’est principalement le masque blanc de l’occident qui se ‘tapis’ dans une « peau noire ». Si la [négritude] est une revendication de l’identité noire et de sa culture mais également le rejet de l’assimilation culturelle, La négritude revendiquait également l’appartenance à une civilisation qui n’est pas inférieure à la blanche, c’est à son époque, la fierté noire. C’est l’effort de réconciliation de l’homme noir avec lui-même. C’est une triple conscience, historique, culturelle et politique. La négritude est ‘universelle’, elle est le renouvellement des valeurs humaines et artistiques. Ce sont les revendications des Afropéens soit les [noirs], qui utilisent ce concept dans une construction symétriquement opposée au concept de « whiteness » ou autre ‘blanchitude’. La négritude pour « l’évolué » comme le nomme Fanon s’est construite pour discuter « d’égal à égal avec le blanc ». C’est un problème.

Anténor Firmin

La négritude, remise dans son contexte, était un instinct de survie, une forme de dissonance cognitive pour supporter et survivre dans la société ultra-raciste et afrophobe européenne de l’époque. La négritude était un casque, un gilet pare-balle, ce n’était pas un élément de construction psychique [normal] et épanouissant. Oui, Frantz Fanon avait vu juste, la négritude était un instrument de récupération néocoloniale et donc ne peut à elle seule dans sa signification politique être l’unique et principale référence de l’émancipation des noirs dans le contexte Français comme l’impose la doxa « républicaine ».  Il ne s’agit pas simplement de déconstruire l’imagerie, la perception collective, nous avons le devoir de reconstruire en prenant en compte les « MÉMOIRES » de tous les peuples définis et qui se définissent dans/par une langue donnée. Pour comprendre [le noir] et savoir qui il est, il faut le lui demander dans sa langue, car bien que d’ici, il vient aussi d’ailleurs et il n’a ni à s’intégrer, ni à s’assimiler, pour la bonne et simple raison qu’il vit dans un monde qui peine à se regarder dans un miroir.

Les peuples ‘noirs’ afrodescendants se définissent  et se désignent simplement dans leurs langues du sud du sahel à l’Afrique du sud (tout le bassin du Congo) à quelques nuances près comme Muntu-l’homme ou Bantu-les humains.

Le plus important est de connaître et comprendre les prémices historiques, l’historicité et l’ancrage actuel du concept et non uniquement le signifiant mais aussi le signifié de ce mot. Noir.

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– La mémoire contre l’oubli –
**références-bibliographies pour ce texte/

De l’égalité des races humaines. [Joseph Antenor Firmin]
Histoire de l’homme et changement climatique. [Yves Coppens]
La condition noire. [Pap Ndiaye]
Codes noirs [de 1685 et 1724]
Code de l’indigénat [1881]
Nation Nègre et Culture [Cheik Anta Diop]
La traite des Slaves [Alexandre Skirda]
Traite des Blancs-Traites des Noirs [Rosa Amelia Plumelle Uribe]
Le péché du Pape contre l’Afrique.[Assani Fassassi]
The white slaves of England.[John C.Cobden]
La couleur de la justice-The New Jim Crow:Mass incarceration in the age of colorblindness
[Michelle Alexander]
Histoire de L’Afrique noire.[Joseph Ki Zerbo]
De l’esclavage aux réparations [Louis-Georges Tin]
The re-enslavement of blacks people.[Douglas A Blackmon]
La conscience noir [de Steve Biko]
Peaux noires, masque blanc. [Frantz Fanon]
L’afrique doit s’unir. [Kwame Krumah]
Africains si vous parliez.[Mongo Beti]
L’Europe des Ethnies.[Guy Heraud]
Histoire de l’esclavage dans l’antiquité.[Henri Wallon]
La férocité Blanche.[Rosa Amelia Plumelle Uribe]
Esclavage antique et Idéologie moderne.[Moses I Finley]
Les noirs au cœur d’une institution millénaire eurasiatique.[Amouna Ngouonimba]
La France noire. [Pascal Blanchard]
Mythe et épopée I, II et III  [Dumézil… où sont expliqués toutes ses classifications sociales en fonction des couleurs sociales où globalement noir signifie être pauvre;
rouge signifie être un guerrier; blanc signifie être riche…]

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Par Ghyslain Hekpek Vedeux, Créateur du site Mémoires et Droits des Afrosdescendants, administrateur du CRAN en charge des relations société civil-forces de l’ordre. http://le-cran.fr/

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Oui, le « blackface » est un acte Afrophobe-négrophobe puni par la loi française…
.. Etant donné la quasi absence de sanctions par la loi, nous avons posé la question à Ghyslain Vedeux …http://nofi.fr/2017/03/oui-blackface-acte-negrophobe-puni-loi-francaise/37356

Affaire Adama Traoré: le décryptage juridique de Ghyslain Vedeux pour:
http://nofi.fr/2017/03/affaireadama-traore-decryptage-juridique-de-ghyslain-vedeux-nofi/36542

Ghyslain Hek Pek Vedeux : « Le CRAN a été créé pour répondre et traiter les discriminations et le racisme spécifiques contre les Noirs »
http://www.collectifmap.org/index.php/interviews/63-ghyslain-hek-pek-vedeux-le-cran-a-ete-cree-pour-repondre-et-traiter-les-discriminations-et-le-racisme-specifiques-contre-les-noirs

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