Dans un fort négrier du Ghana, un artiste sculpte 1300 bustes en hommage aux victimes de la traite transatlantique

L’ancien fort négrier de Cape Coast, Ghana, sera le lieu  d’une exposition inédite entre le 17 juin et le 16 septembre 2017.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Le fort de Cape Coast, Ghana

Fondé au 17ème siècle par des Suédois pour le commerce du bois et de l’or, le fort de Cape Coast fut par la suite utilisé pour y garder des Africains captifs avant leur déportation aux Amériques. Dans des conditions vétustes, jusqu’à mille hommes et cinq cent femmes pouvaient y être retenues prisonniers.

Kwame Akoto-Bamfo

Kwame Akoto-Bamfo

C’est pour rendre hommage à toutes ces victimes de la traite que l’artiste Kwame Akoto-Bamfo a sculpté en béton 1300 bustes. Leurs expressions faciales varient d’une figure à l’autre. A travers celles-ci, l’artiste imagine une partie de la gamme d’émotions dont les victimes ont fait l’expérience.

Kwame Akoto-Bamfo

L’installation de l’artiste, appelée ‘Installation Nkyinkyim’ en référence à un mot de la langue twi (Akan) renvoyant à la fois au sens de ‘forteresse’ et de ‘capacité à surmonter les vicissitudes de la vie’ sont manifestement inspirées d’une tradition ancienne d’art funéraire local, appelée Nsodie.

Tête funéraire akan traditionnelle

La ressemblance stylistique est particulièrement perceptible dans le détail apporté et aux cheveux en comparaison avec le visage. La représentation de la bouche de certaines figures en gueule de poisson par Akoto-Bamfo rappelle celle de certaines têtes funéraires traditionnelles akan comme celle-ci dessous exposée au Metropolitan Museum of Art à New York. Si la signification de cette expression dans les anciennes terres cuites nsodie est incertaine, elle a été réinterprétée par Akoto Bamfo, semble-t-il, pour indiquer l’effroi des victimes.

Une autre source artistique pourrait avoir influencé de l’oeuvre. Il s’agit des sculptures sous-marines récemment popularisées de l’artiste britannique Jason deCaires Taylor. L’un des groupes de sculptures, de manière intéressante également appelé ‘vicissitudes’ avait été interprété a posteriori par le grand public comme un hommage aux victimes de la traite négrière mortes en mer.

Détail de ‘Vicissitudes’ par Jason deCaires Taylor

L’influence de deCaires Taylor sur la Nkyinkyim Installation semble se manifester à la fois d’un point de vue de la forme que de la fonction. On retrouve ici et là la multitude de portraits sculptés de victimes de l’esclavage dans un des lieux de leur calvaire. Dans les deux cas, ils servent à les commémorer.

Toutefois, il semble que l’influence de deCaires Taylor sur l’oeuvre de de Kwame Akoto-Bamfo n’ait pas été si fondamentale. Contrairement à ce que laisse penser leur répartition dans les musées du monde entier, les Nsodie étaient autrefois chez les Akans d’autrefois regroupés en un même lieu et en grand nombre les uns avec les autres. Représentant chacun un ancêtre décédé, ils se voyaient offrir rendre hommage une fois l’an année par les membres de la communauté.

Kwame Akoto-Bamfo

Site de portraits d’ancêtres en terre cuite, peuple Kwahu, Ghana (fin 19ème-début 20ème siècle)

S’il fut peut-être réorienté vers sa culture par le succès des oeuvres de Jason deCaires Taylor, c’est donc en s’inscrivant dans la tradition de son peuple que l’Africain Kwame Akoto-Bamfo a rendu hommage à ceux, qui malgré leur terrible voyage transatlantique et leur esclavage aux Amériques, n’ont jamais cessé d’être ses ancêtres.

Nkyinkyim Installation, du 17 juin au 16 septembre 2017 à Cape Coast, Ghana.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’événement.

A propos de l'auteur :

Sandro CAPO CHICHI

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