Entretien avec Edwing Laupen, jeune candidat à la députation en Guadeloupe

A seulement 26 ans, Edwing Laupen est un jeune chef d’entreprise engagé en politique depuis une dizaine d’années.  Ancien colistier de Victorin Lurel, ce leader précoce est candidat à la députation dans la troisième circonscription en Guadeloupe. Perspicace, il nous expose sa vision, son projet ultramarin et son engagement pour le renouveau.

Pourquoi vous présenter dans la troisième circonscription ?

J’en suis originaire, ma famille vient de Deshaies et de Pointe-Noire. La troisième circonscription couvre ces deux villes ainsi que Lamentin, Saint-Rose, Baie-Mahault, Nord Basse-Terre Cantons de Baie-Mahault, Capesterre-Belle-Eau I, Capesterre-Belle-Eau II, Goyave, Petit-Bourg, Pointe-Noire, Sainte-Rose. Cet ensemble représente 108 000 habitants, 24 000 électeurs. J’ai amorcé mon retour en Guadeloupe en 2015.

Aviez-vous de puis le départ le souhait de rentrer en Guadeloupe ?

Ah oui. J’ai jamais eu les deux pieds dehors. C’était un orteil dehors et les deux pieds à l’intérieur (rires). Comme la plupart d’entre nous, je suis venu ici pour mes études d’Histoire, de Finances et de comptabilité, et pour les opportunités professionnelles. A l’âge de 19 ans, j’ai monté une entreprise de conseil en gestion pour les entreprises, ce qui m’a permis de travailler pour beaucoup de politiques. C’est aussi ce qui m’a permis de faire mon entrée dans ce monde. En 2015, j’étais candidat aux élections régionales sur la liste de Victorin Lurel, ancien ministre de l’Outre-Mer et ancien président de région.

Pourquoi pensez-vous que les jeunes doivent s’engager en politique ?

C’est essentiel. La politique n’est pas une affaire de grand ou de vieux. Je ne veux pas créer une dualité entre les jeunes et les plus âgés mais si on ne s’engage pas nous, qui va le faire à notre place. Qui peut avoir cette vision stratégique de la Guadeloupe, des Outre-mer ou de la nation pour les 20 ou 30 prochaines années. Parce que c’est nous qui vivront ces prochaines décennies. A un moment ce débat doit être le nôtre. Aujourd’hui, la France à un président de 39 ans !  Je ne dis pas qu’il faut forcément rajeunir la classe politique mais il faut la renouveler, la faire respirer. C’est pourquoi je suis pour deux mandats successif maximum.

Cela signifie-t-il que vous ne ferez pas de vieux os dans ce milieu ?

Non, je compte passer à autre chose. Ça n’a pas d’intérêt pour moi de finir ma vie en politique, je ne le souhaite pas. Je me dis plutôt que j’aurais d’autres mandats dans le temps mais si je suis élu le 17 juin, vous ne me reverrez pas toujours député en poste dans trente ans. Parce que je n’aurai plus cette vigueur. La limitation des mandats est ce qui ouvre la voie au renouvellement politique. Ça nous permet d’avoir cet espoir et de se dire que le jeune ne va pas être biaisé par les mecs qui ont tout. Donc on va pouvoir, nous, impulser un nouveau rythme et faire entendre la voix de cette jeunesse. Tous parlent de nous sans nous donner la parole. Quand on a eu une belle vie politique de 20 ou 30 ans, on peut justement accompagner la relève. Alors que dans ma circonscription j’ai des candidats de 74 ans qui se sentent encore la flamme des premières années. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas la forme, mais je crois qu’ils doivent justement aider en étant de bons conseillers, nous permettant de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’eux.

Pensez-vous que cette classe politique plus âgée favorise cet essor de la jeunesse ?

Je suis face à deux types de personnes. Celles qui n’attendent plus rien de la politique, qui sont en fin de carrière et qui se proposent de m’aider. Malheureusement, certains d’entres eux sont affiliés à des partis politiques et doivent donc rester plus réservés. Puis, les autres, qui ne veulent pas me voir là. Ils font barrage. Même lorsque tu as les compétences, le talent tu auras face à toi un ensemble coordonné, bien ficelé de personnes qui vont comprendre que si jamais tu deviens député, tu vas les déranger. Tu vas empêcher le plan de certains qui prévoient déjà le coup d’après. Parce que tu vas entraîner un mouvement. Mais je ne dois pas leur faire peur, je veux simplement leur dire de venir avec moi pour qu’on fasse les choses ensemble.

 

« Le lobbying est important et c’est le rôle du député de le développer afin de défendre les intérêts locaux de ces collectivités. »

 

Quelles propositions figurent dans votre programme ?

Pour citer les principales, il y a d’abord le pouvoir d’achat. Je demande une revalorisation immédiate des minimas sociaux. Quand on a 17% de vie chère en Guadeloupe et dans les outre-mer, si on est au RSA, on ne vit pas, on survit. Donc je demande cette augmentation de 20%. Ensuite, la mise en place de plans quinquennaux autour d’une enveloppe de 20 milliards d’euros. Nous pourrons ainsi répartir intelligemment cet argent au lieu de faire du saupoudrage sur des crises sociales. Voyons cela comme un investissement sut le long terme. 20 milliards c’est largement finançable: on commence en injectant 3 milliards en Guyane la première année, pendant ce temps, on finalise le plan dans la zone Antilles et ainsi de suite. A terme l’issue des cinq ans, on aura fait la totalité des départements d’outre-mer. En ce qui concerne les territoires, c’est encore un autre statut à voir avec eux.

Est-ce qu’aller vers une cohésion des espaces ultramarins  est  important ?

Bien sûr. Je pense qu’on peut travailler « tète kolé », comme dit l’expression haïtienne, ensemble, pour rattraper notre retard. On peut faire bouger les lignes si on se rassemble.

Sur les questions d’ordre écologique, le chlordécone par exemple, quelles solutions proposez-vous d’apporter ?

J’ai soutenu Benoît Hamon qui prévoyait un plan d’intervention d’urgence. Ça a été fait, on ne va pas revenir dessus. Maintenant, on doit traiter les dégâts sanitaires avec par exemple des analyses sanguines automatiques sur tous les nourrissons en priorité. On doit également préserver l’économie car beaucoup de nos agriculteurs ont perdu leurs terrains à cause du chlordécone. Des marins-pêcheurs souffrent parce qu’il n’y a pas eu de mesures pour les accompagner, ou les procédures étaient tellement complexes qu’ils n’ont pas pu le faire. Benoît Hamon avait dit qu’il débloquerait 2.5 milliards pour le chlordécone, là on avait un vrai investissement. Son projet de revenu universel répondait aussi directement à ce problème.

Il a été mal compris car très mal expliqué aux citoyens, c’est vrai, mais moi qui ne suis pas socialiste encarté je l’ai défendu. Il disait par exemple qu’un marin pêcheur qui gagnerait 800 euros se verrait attribuer un complément de 400 euros pour atteindre le minimum et vivre de son activité avec 1200 euros. Il prévoyait aussi un fonds d’indemnisation et de compensation pour les travailleurs au chômage à cause du chlordécone. Ce fonds leur aurait permis d’entamer une reconversion professionnelle éventuellement. Au-delà de cela, pour l’environnement et l’écologie en général, nous avons un réseau d’eau défectueux en Martinique et en Guadeloupe. Pour l’améliorer, nous aurions besoin de faire des travaux d’environ 1 milliard d’euros. Il faut les engager parce que nos collectivités n’auront jamais les moyens de le faire. Enfin, on peut également faire émerger des énergies renouvelables. Par exemple, utiliser la pression de l’eau dans les conduits pour créer de l’énergie et alimenter le réseau urbain d’électricité. On peut aussi travailler à la maritimisation des outre-mer en s’appuyant sur l’écosystème naturel. Les nodules polymétalliques, qui sont des roches volcaniques, offrent toutes sortes de métaux et elles restent inexploitées. On s’en sert pour caler les portes.

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Quel regard portez-vous sur les rapports entre l’hexagone et les départements ultramarins ?

Il doit s’installer un nouveau rapport de négociation. Celui-ci a des limites. Tout d’abord, il faut une révision des dotations dans les collectivités, avoir un vrai accord, avoir de bons avocats et des parlementaires qui peuvent initier de vrais changement. Le lobbying est important et c’est le rôle du député de le développer afin de défendre les intérêts locaux de ces collectivités. Je veux qu’on supprime les octrois de mer sur les carburants. Tout cela sera inscrit dans les plans quinquennaux, pour avoir demain des territoires libres.

Quel rôle joue le Ministère de l’Outre-mer dans cette volonté d’évolution des rapports ? Et les associations ultramarines ?

J’entends souvent des gens dire qu’il faut supprimer le Ministère de l’Outre-mer parce que c’est un ministère colonial. Eh bien moi je pense au contraire qu’il faut le préserver. Sans lui, nous serions réellement absents d’une grande partie des politiques développées en Outre-Mer. Je salue l’action des agents du Ministère. Par ailleurs, je voudrais que soit développé un Ministère de la mer et des Outre-mer. Pour que la relation avec l’hexagone ne soit plus pensée en termes de colonie. Je suis membre du CREFOM également.

A propos de l'auteur :

SK

SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

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