Tenues traditionnelles des femmes antillaises: codes et significations

tenues traditionnelles

Les tenues traditionnelles font leur apparition aux Antilles au cours du XVIII ème siècle. Les femmes antillaises d’antan étaient alors réputées pour leur coquetterie et leur grande élégance. En effet, ce culte de l’habillement s’apparentait à une revanche sur la déshumanisation qu’engendrait la traite négrière occidentale, commencée un siècle plus tôt.

Par Sandrine D./nofi.fr

Lorsque les esclaves venus d’Afrique débarquaient des navires esclavagistes après des mois de calvaire dans leurs cales, ils étaient en piteux état, nus ou vêtus de haillons. Leur apparence misérable les réduisait alors au statut d’animal ou de bien-meuble. Afin de les vêtir à moindre coût, on leur fournissait pour tout vêtement une longue chemise simplette à trois trous pour les hommes et juste une jupe longue pour les femmes. En revanche, les esclaves de maison (valets et servantes) pouvaient porter les vieux habits de leur maître.

En 1685 dans un semblant d’humanité, le Code Noir impose aux maîtres d’habiller décemment leurs esclaves en leur fournissant chaque année et à chacun deux habits de toile constitués d’un caleçon ou d’une jupe, d’une casaque et d’un bonnet, ou alors 7,52 m de tissus. Des afro-descendants deviennent alors tailleurs ou couturiers et inventent la mode créole, à partir d’influences européennes, africaines et indiennes.

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Dans l’armoire-type de la femme antillaise on distingue les tenues traditionnelles de jour et celles portées lors des grandes occasions :

  • La Matadore, costume composé d’un corsage, d’un jupon blanc surmonté d’une jupe piquée à la taille, agrémentés d’une coiffe en madras et de bijoux créoles.
  • La Gaule, large robe blanche aux manches mi-longues, que les femmes portent pour recevoir leurs invités après une cérémonie.
  • La douillette, robe de coton aux couleurs chatoyantes et aux motifs à carreaux, fleuris ou encore à rayures. Elle se porte quotidiennement sur un jupon et est serrée à la taille.
  • La Ti-collet, souvent accompagnée d’une ombrelle est en tissu uni ou vichy et est portée par les jeunes filles.
  • La titane, portée par les courtisanes et composée d’un corsage en dentelle largement échancré dévoilant les épaules.
  • La Cotonnade en tissu madras calandée, pouvant se décliner en satin ou en velours pour les jours de fête.
  • La Grand’Robe, qui fait son apparition au XIXème siècle et réalisée avec de la soie brillante ou coton imprimé. On l’agrémente d’un jupon, d’un foulard assorti et de magnifiques bijoux créoles.

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Aux Antilles il fait très chaud. Pour se protéger des rayons ardents du soleil, les femmes blanches des colons s’ornaient la tête de « bibis » et de chapeaux en plumes, tandis que les femmes esclaves n’avaient droit qu’à des bonnets. Mais à l’arrivée du tissu madras dans les îles, les femmes noires affranchies le travaillèrent jusqu’à en faire des coiffes créoles nommées « maré tèt ». À l’instar du gele yoruba, elles sont devenues un élément à part de séduction, permettant d’identifier la situation amoureuse par sa façon d’être noué. Ainsi :

  • une pointe signifie « coeur à prendre »
  • deux pointes, « déjà prise, mais la chance peut sourire aux audacieux »
  • trois pointes,  » femme mariée, coeur définitivement lié par le mariage »
  • quatre pointes « il y a de la place pour qui le désire »

Pour autant, les coiffes n’étaient pas que séduction. Elles pouvaient revendiquer des idées politiques ou de liberté comme les coiffes Mawonaj ou Zambo. Dans toute la Caraïbe, il existe pas moins de trente « maré tèt » différents. Pour l’exemple, on peut citer la coiffe Chaudière, qui était une coiffe de cérémonie de forme ronde et plate. La tête calendée qu’on portait pour les grandes occasions et avait un très grand succès, la Voile aux vents, la Nofrape, ou encore la Tête créole.

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Les bijoux créoles apparaissent au XVII ème siècle et sont le résultat d’un métissage. Graver des bijoux et les sertir de pierres précieuses sont un héritage européen. L’influence africaine est constatée dans l’art de travailler le métal et d’exploiter les différentes teintes de l’or. La faune et la flore locale sont d’importantes sources d’inspirations.

Quelques exemples de bijoux créoles :

  • Les célèbres Créoles, larges boucles d’oreilles aux dimensions et épaisseurs variées. Elles peuvent être lisses, cannelées, torsadées ou à noeuds.
  • Les Chenilles en trois fils d’or torsadés jusqu’à rappeler l’insecte.
  • Les Pommes-Cannelles de même aspect que le fruit, faites de la superposition des plaques d’or d’origine arabe ou africaine.
  • Les Tétés-négresse ressemblants à des seins fermes et bien formés de femme noire.

Quelques exemples de colliers :

  • Le Collier-forçat rappelant symboliquement la chaîne avec laquelle les esclaves étaient attachés. On le porte en ras-de-cou, en collier ou en sautoir. Le maître l’offrait à ses favorites durant l’esclavage.
  • La Chaîne-torsadée directement inspirée de l’Afrique, est une torsade de fils d’or rappelant une corde.
  • Le Collier-choux formé de petits choux d’or enfilé sur une chaînette étaient particulièrement porté par Les Dâs (nounous) au XIXème siècle. À chaque anniversaire et étrennes, les enfants qu’elles avaient élevé leurs offraient plusieurs grains d’or en signe de reconnaissance. Pour montrer leur fierté d’en posséder beaucoup, elles en faisaient de longs colliers qui témoignaient de leur loyaux services.

Aux Antilles, porter des bijoux sera pendant longtemps le seul signe extérieur de richesse des gens de la campagne.

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Origine du tissu madras

Le madras est un tissu très coloré originaire de l’Inde, qui est parvenu dans les îles caribéennes à la fin du XVII ème siècle, longtemps avant l’arrivée des travailleurs immigrés indiens.  Au début, il était porté par les femmes blanches puis s’est répandu dans la population noire à la moitié du XVIIIème siècle. À l’origine, le madras était réalisé par la technique du tissage artisanal de fibres de bananier, qu’on teintait de couleurs vives. Il était alors luisant mais pas très résistant, on le travailla donc avec du coton et de la soie par la suite.

Ses couleurs chatoyantes seyants particulièrement à leur peau, les femmes noires le portèrent avec fierté, depuis il est un élément à part des tenues traditionnelles. Mais ayant une connotation colonialiste car utilisé durant cette période, il fut quelque peu boudé et failli disparaître.
Aujourd’hui on le retrouve surtout sous forme de nappes ou rideaux, peu dans les vêtements courants.

A propos de l'auteur :

Sandrine

Originaire de la Caraïbe, je suis une amoureuse de nos riches et fascinantes cultures noires. J'aime particulièrement conter nos belles histoires.

a écrit 65 articles sur NOFI.FR.

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