La sémantique de l’être Noir ou la construction d’une condition raciale /Partie 2

Par Ghyslain Vedeux. [Noir(e)] Signifiant-signifié. Naître, être noir(e), quel(s) sens ? conscient-inconscient ? Sémantique. Naître puis être (dans le sens de « devenir ») [noir(e)] initialement dans le contexte eurasiatique-occidental est une condition sociale que l’idéologie racialiste a transformée en condition raciale.

L’historicité (1)

Comme le dit l’adage, [lorsque les prémisses sont fausses et le raisonnement logique, la conclusion est logique mais elle est fausse. Par contre, lorsque les prémisses sont justes et le raisonnement logique, la conclusion est juste.] Pour comprendre donc l’historicité de la société eurasiatique à vouloir définir certains hommes et femmes comme « noirs(es) », il faut comprendre son encrage, saisir que cela se matérialisait par une logique capitaliste puis politique des têtes couronnées et autres noblesses de l’époque (du 15ème au 19ème siècle) qui finançaient des ‘expéditions’ et souhaitaient définir et dominer (pour le prestige, les richesses, puissance) un monde qui leur était inconnu.

Leurs prémisses étant donc faussées, ils ont adopté un raisonnement logique pour définir « l’autre » soit celui désigné comme le « Noir » africain, sans se donner la peine de laisser ce dernier s’exprimer, de [le] questionner, donc faussant leur conclusion car se basant sur le seul monde-espace qui leur était connu, soit le leur, pour définir de nouveaux monde/espaces qu’ils ne connaissaient pas, l’Afrique et les Amériques.
Dans les colonies et même en « métropole-France » les esclaves étaient bien de toutes les couleurs, il n y a qu’à lire l’article 1 du Code Noir édicté sous Colbert (1685) à la demande de Louis XIV(14):

Article 1er :

« Voulons que l’édit du feu Roi de Glorieuse Mémoire, notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles; ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser de nos dites îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d’en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens… »

Très explicitement, tous ceux qui n’étaient pas des « nobles » étaient des « noirs » y compris les juifs et tous les autres selon ce même article :
« …nous commandons d’en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens… »

Confiscation de corps et de biens signifie simplement réduire s’ils ne parvenaient à soumettre ces personnes qui n’étaient pas des africains ‘noirs’ à l’état de servitude et d’esclavage. Condition réservée à cette époque exclusivement aux esclaves ‘noirs’ venus d’Afrique et autres ‘non blancs’ qui n’avaient aucun droit car considérés comme [biens meubles] à la différence des serfs, sujets de ‘sa majesté’ et autres ‘seigneurs’ donc implicitement sous leur protection tant qu’ils servaient leurs intérêts. Code Noir qui n’entre en vigueur que deux ans plus tard (1687) à St Domingue et dont une dérogation spéciale du roi datée du 1er septembre 1688 rendait inapplicable son l’article premier parce que ceux à qui il était destiné contrôlait l’économie de la transformation du sucre i, source de richesse indispensable à la bonne marche du royaume.

Un esclave blanc avait donc des droits à la différence d’un esclave africain qui les perdit progressivement jusqu’à ne plus en avoir. Les esclaves ‘blancs’ venus d’Europe étaient nommés ‘les engagés’. C’est-à-dire qu’ils s’engageaient par un ‘contrat de travail’ de 3 ans à 5 ans en moyenne à racheter leur liberté en échange de leur travail et donc être traités comme des bêtes de sommes. Ils étaient animalisés, esclavagisés. Les engagés d’Europe partageaient dans les colonies les mêmes conditions de vie et le même sort qu’initialement les engagés venus d’Afrique puis progressivement et exclusivement réduis à la condition de [Noir]. Peu d’engagés européens arrivaient à survivre aux années de contrat nécessaires à leur affranchissement. Pour ceux qui y parvenaient, c’était le ‘rachat’ de leur liberté et l’invitation à habiter complètement la condition sociale de ‘blancs’ avec tous les privilèges réservés par la [blanchité]. En effet, il leur était alloué un lopin de terre et ils étaient invités à devenir à leur tour…de riche colons-blancs-petit bourgeois dont la descendance naîtrait libre et donc de facto racialiste.

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Dans ses travaux « Nations nègres et cultures », le professeur Cheik Anta Diop fera remarquer concernant ces générations de descendants nés dans ce système là qu’ils défendent férocement : […joint à la nécessité économique d’exploitation, tant de facteurs prédisposaient l’esprit de l’européen à fausser complètement la personnalité morale du Nègre (du latin niger : noir) et de ses aptitudes intellectuelles. Nègres devient désormais synonyme d’inférieur, d’être primitif, « inférieur doué d’une mentalité pré-logique » ; Et comme l’être humain est toujours soucieux de justifier sa condition, on ira même plus loin ; le souci de légitimer la colonisation et la traite des esclaves- autrement dit la condition sociale du Nègre dans le monde moderne engendrera toute une littérature descriptive des prétendu caractères inférieurs du Nègre. L’esprit de plusieurs générations européennes sera ainsi faussé. L’opinion occidentale se cristallisera et admettra instinctivement comme une vérité révélée que Nègre = Humanité inférieur].

Pour pérenniser ce système mis en place, quand ‘les ex-serfs/engagés-nouveaux blancs’ ne se révoltaient pas contre leurs sponsors-financeurs (proches du Roi) initiaux qui leur imposaient un tribu-impôt de plus en plus important, ils étaient souvent anoblis pour bons et loyaux service rendus à sa majesté. Invités ainsi à stabiliser et diriger les nouvelles bourgeoisies dans les colonies. L’engagé, soit l’exploité esclavagisé blanc, ayant racheté sa liberté, légitimé par le système légal hiérarchiquement raciste, s’enrichissait donc rapidement en exploitant à son tour l’africain initialement engagé comme lui dont il avait pourtant partagé la condition de vie. Les premiers Africains étant arrivés dans les colonies en 1619 partageaient comme les Européens non libres engagés la condition sociale de « des pauvres-noirs-mal nés ». Puis progressivement des lois furent mises en place pour hiérarchiser, catégoriser et déshumaniser exclusivement les « engagés » venus d’Afrique et tous les autres ‘non-blancs’. Ainsi, initialement, les engagés non libres Européens étaient explicitement appelés à vêtir le costume du colon et surtout à jouir de ses nouveaux droits acquis et réservés à la seule classe sociale des ‘blancs’. Les africains engagés, exploités et maintenus au plus bas de l’échelle de la classification raciale sont ainsi enfermés dans la condition et classe sociale de ‘Noir’….

 

La sémantique de l’être Noir ou la construction d’une condition raciale /Partie 3

Par Ghyslain Vedeux

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