Dorothy Masuka, légende de la musique africaine moderne et résistante anti-apartheid

Dorothy Masuka

Moins connue du grand public que son amie Miriam Makeba pour qui elle fut un modèle, Dorothy est une des plus grandes innovatrices de la musique africaine au 20ème siècle. A l’instar de Makeba, elle se distingua également par son activisme anti-apartheid et panafricaniste. Une de ses chansons dénonçant l’assassinat de Patrice Lumumba lui coûta un exil de plusieurs décennies.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Naissance et jeunesse

Dorothy Masuku naît  le 3 septembre 1935, à Bulawayo, Zimbabwe, dans ce qui est alors la colonie britannique de la Rhodésie du Sud. Le nom ‘Masuka’ sous lequel elle est la plus connue est en réalité une erreur orthographique qui remonte à la promotion de ses premiers disques.

Elle est la quatrième des sept enfants d’un père zambien. Elle grandit au Zimbabwe avant d’être envoyée par des nonnes à Johannesburg, en Afrique du Sud, pour y poursuivre son éducation secondaire. Elle dispose aujourd’hui à la fois de la nationalité sud-africaine et zimbabwéenne.

Dès cette époque, alors qu’elle n’est qu’adolescente, elle manifeste sa volonté d’émancipation. Alors qu’elle se destine au métier d’infirmière, comme y étaient socialement contraintes nombre de jeunes femmes à l’époque, elle s’enfuit de l’école.  La première fois, en 1952, après avoir été repérée par des chasseurs de talents, elle produit ses premiers enregistrements et réalise sa première prestation publique.

La deuxième fois, en 1953, elle va se produire à Butawayo lors d’importantes célébrations. Cette performance convainc sa mère de la laisser poursuivre sa carrière dans la musique. Encore mineure, elle signera avec Troubadour Records, l’un des plus importants labels de l’époque.

L’une des chansons qu’elle a enregistré lors des célébrations, Hamba Notsokolo, sera enregistré et deviendra l’une chansons les plus populaires des années 50.

A 18 ans, la jeune fille s’est créée à force de talent et de détermination, une voie royale dans la société d’alors. Elle est ainsi la première chanteuse d’Afrique australe à embrasser une carrière professionnelle d’artiste de studio.

Début de carrière et exil

Dorothy Masuka, 1955

Le succès de Dorothy Masuka repose à la fois sur son talent musical et le caractère subversif de son personnage. Son style musical, le vocal jive est à la fois inspiré par les musiques afro-américaines que sont le swing, le blues et le jazz que les sonorités traditionnelles nguni d’Afrique australe et les musiques populaires zimbabwéennes de sa jeunesse. Sur la scène, Masuka défie les normes en montrant une sensualité jusque là inconnue sur la scène musicale. Dès ses 20 ans, elle écrit nombre de chansons comme Pata Pata, qui seront reprises par son amie Miriam Makeba, qui qualifiera Masuka comme son idole de l’époque.

Malgré sa popularité, Masuka continue à se distinguer par sa liberté dans ses prises de position, bientôt dans le domaine politique. Anti-apartheid tout d’abord, avec des chansons qui attirent la police sud-africaine jusque dans sa maison de disques. En 1961, une chanson dénonçant l’assassinat de Patrice Lumumba la conduit à devenir persona non-grata en Afrique du Sud et à s’installer en Rhodésie d’où elle sera aussi bientôt bannie. Continuant son activisme politique et soutenue par l’ANC sud-africain, elle s’établira au Malawi et en Tanzanie entre 1961 et 1965 avant de rejoindre la Zambie.

Retour au(x) pays

Elle ne retournera dans sa Rhodésie natale que lors de l’indépendance de la colonie qui deviendra la République du Zimbabwe en 1982. Elle s’installera en Afrique du Sud après la fin de l’Apartheid en 1992. L’avènement, à cette époque, de la World Music ‘intérêt de l’Afrique du Sud pour les acteurs de sa lutte anti-apartheid permettra, malgré son exil de trois décennies, à celle qui est aujourd’hui surnommée ‘Aunt Dotty’, de trouver la place qu’elle mérite au sein du panthéon des plus grands artistes africains et du monde noir.

Références

Lara Allen / Commerce, Politics, and Musical Hybridity: Vocalizing Urban Black South African Identity during the 1950s, EthnomusicologyVol. 47, No. 2 (Spring – Summer, 2003), pp. 228-249

Moses Chikowero / Performing and contesting modernity, in Toyin Falola,Tyler Fleming (éds), Music, Performance and African Identities, pp.  213-248

Fred Zindi / Zimbabwean Women in Music : A Catalogue , in Fainos Mangena,Ezra Chitando,Itai Muwati (éds), Sounds of Life: Music, Identity and Politics in Zimbabwe, pp. 66-79.

A propos de l'auteur :

Sandro CAPO CHICHI

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