Affaire Adama Traoré: le décryptage juridique de Ghyslain Vedeux pour NOFI

justiceada

Ghyslain Vedeux est créateur et animateur du site Mémoires et Droits des Afrodescendants et administrateur du Cran en charge des relations société civile-forces de l’ordre. Quelques mois après le début de l’affaire Adama Traoré, suite à la mort de ce dernier, et des tristes rebondissements qui s’ensuivent, il a accepté de répondre à nos questions. Dans cet entretien, il décrypte les relations entre les forces de l’ordre, donc l’Etat français, et les citoyens racisés. En s’appuyant sur des éléments objectifs, juridiques, historiques et sociétaux; Ghyslain Vedeux nous offre de comprendre dans son entièreté le sombre caractère d’une affaire, qui n’est malheureusement que la plus récente d’une longue série.

« L’impartialité est-elle garantie quand le même procureur (François Capin-Dulhoste) qui s’exprimait le lendemain du décès d’Adama, est en charge des réquisitoires pour les frères du défunt lors de leur procès en décembre  pour des faits  que l’on nous dit judiciairement différents ? »

Comment expliquer la  « Polémique sur la communication du parquet de Pontoise » ?

Adama est mort alors même qu’il était encadré par des gendarmes ce qui est déjà très grave. Puis un procureur, Yves Jannier, qui ment et ceci à plusieurs reprises, là est le début de la polémique. D’ailleurs pour ces faits ce procureur a été en partie sanctionné et muté. Aujourd hui il n ‘y a plus aucun doute et plus aucun débat sur les circonstances de la mort d’Adama Traoré. 
Mais rappelez vous , quelques jours après son décès en juillet 2016, ce même procureur disait qu’Adama était décédé  « …de plusieurs infections graves ayant touché plusieurs organes… » ce qui s’est révélé très rapidement totalement faux et mensonger .

Adama Traoré : mais de quoi est-il mort ?

Depuis, toutes les autopsies y compris le dernier rapport médical révélé le 3 février 2017 mentionnent qu’Adama n’avait aucune trace de maladie chronique. Même ceux qui osaient dire que les autopsies ne démontrent aucune trace de violence ne le font plus, tant il est évident  que les traces d’asphyxies révélées par toutes les autopsies et autres rapports médicaux sont de fait des traces de violences.  Dans ce cas il semble évident que les techniques d’interpellations dont se sont servi  ces gendarmes ont directement causé sa mort comme d’ailleurs ces derniers l’ont reconnu eux-mêmes. Ces techniques d’interpellation ne sont pas brutales, elles sont mortelles et elles doivent être interdites. L’asphyxie est une violence aux conséquences mortelles. Adama Traoré est hélas un des exemples les plus marquant.

v2

Ghyslain Vedeux

En quoi cette communication est-elle maladroite ? 
Nuance cette communication n’était  pas maladroite, elle était malhonnête et a révélé la collusion  entre la justice qui couvre systématiquement les forces de l’ordre, habituellement ce sont les policiers dans ce cas il s’agit des gendarmes.

Pourquoi est-il question du parquet et non de tribunal ? 
Dans un tribunal, le parquet est simplement la partie qui représente le ministère public, il n’a pas pour mission de prononcer des jugements, il représente la société. Normalement, il doit instruire à charge et à décharge mais le constat est souvent fait qu’il n’instruit qu’à charge comme dans le cas du décès d’Adama Traoré qui est la  victime, le parquet de Pontoise avec son Procureur a systématiquement couvert les gendarmes, allant même jusqu’à les faire passer pour des victimes alors que c’est Adama qui est mort des suites du traitement de ces gendarmes sur sa personne. Le parquet, qui représente le ministère public  lors du procès, émet des réquisitions et après c’est le juge ou les juges (si collégiale) qui tranchent sans forcément suivre l’avis du ministère public représenté par le procureur.

Que signifie la mutation de l’ex-procureur de Pontoise ?
Cela signifie implicitement qu’il a commis une faute et que l’institution judiciaire ne pouvait rester légitime dans cette affaire avec ce procureur en charge d’instruire dans ce cas de figure. Et pour lever tout doute, le dossier a été dépaysé de Pontoise (Val d’Oise) dans un autre tribunal  soit celui de Paris. Donc dans une autre juridiction. Car dans celle du Val d’Oise, en tout cas dans le cadre de cette affaire il a été mis très clairement à jour que le procureur a menti en dédouanant de fait les policiers mis en cause. C’est un problème.

« La famille Traoré est bien consciente aujourd’hui qu’elle lutte pour la justice pour Adama et aussi pour toutes les autres familles de victimes (…) »

La justice se dit indépendante, hors à Pontoise la collusion Justice-Police dans cette affaire a été, hélas, plus qu’établie. D’ailleurs, lors du jugement des frères d’Adama pour des faits forcément liés à cette affaire mais juridiquement parlant d’une autre nature, le procureur  lors de ce procès là, soit François Capin-Dulhoste procureur adjoint de Pontoise, s’exprimait dans la presse (cité par Libération) le lendemain du décès d’Adama soit le 20 juillet 2016 . Donc un procureur adjoint qui a travaillé sur le dossier d’Adama puisqu’il s’est exprimé à ce propos publiquement dans la presse, eh bien c’ est le même procureur pour des faits différents reprochés  aux frères Traoré, Youssouf et Baguy mais liés à l’affaire du dècès d’Adama qui traite le dossier. Est ce normal ? …chacun se fera un avis.

François Capin-Dulhost Crédit photo: CA Amiens

A droite, François Capin-Dulhost
Crédit photo: CA Amiens

L’impartialité est-elle garantie quand le même procureur (François Capin-Dulhoste) qui s’exprimait le lendemain du décès d’Adama, est en charge des réquisitoires pour les frères du défunt lors de leur procès en décembre  pour des faits  que l’on nous dit judiciairement différents ?
La justice, pour faire respecter les droits des uns et des autres doit être TOTALEMENT impartiale. Il devient très claire que l’impartialité dans ce cas n’est pas garantie avec la même personne traitant les dossiers des membres d’une même famille, avant l’un décédé dont il a été démontré que les commentaires de ce procureur le lendemain de la mort d’Adama ont été contredits pas les auditions, pourtant c’est le même qui fera des réquisitoires pour les frères Traoré pour « une autre affaire ». C’est aussi notre rôle de le dénoncer.

Un article publié par l’Humanité  le 16 janvier dernier, démontre très clairement pourquoi et comment ces affaires que le tribunal de Pontoise  nous dit différentes  sont bien liées.  Les Frères Traoré ont été condamnés pour l’exemple. Même si  Adama n’a pas été condamné (on a pas le droit de juger une personne décédée), qui peut nier que symboliquement en condamnant les frères Traoré Youssouf et Bagui, c’est aussi Adama qui post mortem est condamné indirectement ? symboliquement c’est lourd de sens. Donc Acte.
adama

Aujourd’hui, où en est-on judiciairement dans l’Affaire Adama Traoré ?
Le dossier a été dépaysé à Paris. Trois juges ont été nommés et chargés de reprendre l’enquête depuis le début.
L’affaire est visiblement en court de traitement.

A ce stade, parler de « bavure policière », »d’assassinat » ou affirmer la responsabilité des gendarmes est-il préjudiciable ?
Pour répondre à votre question, il faut préciser et dissocier le statut, la fonction et le rôle de celui qui s’exprime. Les membres de la société civile, les associations sont dans leur rôle de dénoncer « une bavure policière », la famille est dans son rôle et l’émotion légitime l’emportant chez eux , on peut comprendre qu’elle s’exprime en parlant « d’assassinat ». Par contre, les avocats de la famille ont un autre rôle avec plus de réserve car ils doivent s’ils affirment quelque chose être en capacité de le démontrer objectivement/matériellement.  Donc pour répondre à votre question, parler de « bavure policière », « d’assassinat » ou affirmer  la responsabilité des gendarmes est-elle préjudiciable?
Et bien non, ce n’est pas préjudiciable. Simplement, le propos n’aura pas la même portée/conséquence/valeur selon qui s’exprime.

rt

Manifestation Black Lives Matter à Paris Crédit photo: RT

Dans quelle mesure ?
Il faut bien dire les choses et comme expliqué, tout  dépend évidement de qui s’exprime. Que la famille, la société civile, la presse permettent le débat contradictoire est ce qu’il y a de plus sain, car malheureusement dans bien des cas, il n’y a pas débat contradictoire. Le débat contradictoire est rendu possible ici hélas par une exaspération globale face aux impunités policières. Zied et Bouna sont encore dans toutes les mémoires, car toutes les familles de victimes sont déterminées comme la famille Traoré mais la différence est que la famille Traoré a réussi à avoir le soutient de quasiment toute leur ville ce qui n’est pas toujours le cas, ensuite elle a su composer avec les membres de la société civile venus les soutenir. La famille Traoré est bien consciente aujourd’hui qu’elle lutte pour la justice pour Adama et aussi pour toutes les autres familles de victimes que la famille Traoré soutient d’ailleurs réciproquement comme à Rennes ou au Havre en novembre et décembre 2017, pour ne citer que ces exemples.
Pointer la responsabilité des gendarmes et autres policiers dans ce type d’affaire est nécessaire mais surtout à travers les forces de l’ordre c’est la responsabilité de l’Etat qui est directement montrée et mise en cause, car tous ces morts de suite d’interpellations sont aussi et surtout les conséquences de mesures mises en place par les gouvernements successifs.

De quels recours dispose la famille à présent ?
Le recours des familles c’est de faire respecter leurs Droits en mettant tous les moyens à leur disposition pour obtenir réparation. Il n’est plus à démontrer qu’ être reconnu comme victime accélère le processus de deuil. Il faut que les noirs et arabes et autres non-blancs apprennent a utiliser le droit pour se défendre. Les familles qui sont majoritairement racisées (noirs-arabes-non blancs) doivent apprendre à mieux faire respecter leurs droits en interpellant les institutions judiciaires de ce pays. Il ne faut plus rien laisser passer. Nous nous fichons d’être aimé, ce qui compte c’est d’être respecté. Et dans ce pays et dans toute société organisée on est respecté quand ses droits sont respectés. Sinon cela s’apparente à une justice de classe voir à une justice de « race », car hélas ce pays à dans ses fondements des institutions bâties aussi  sur la hiérarchisation raciale. En 1685 et 1724 nous avons les « codes noirs » qui définissent les africains des territoires français comme « des biens meubles » soit des objets, des choses… donc ne sont même pas considérés comme des êtres vivants.

DU CODE NOIR (1685) À LA CONFÉRENCE DE BERLIN (1885) : L’ESCLAVAGE DEVIENT COLONISATION

En 1777 dans ce pays avait été mise en place une police uniquement pour (surveiller) les noirs. En 1827 une loi dans ce pays dit que la sentence dans un tribunal dépendra de « sa race ». Pendant très longtemps dans ce pays les noirs et autres racisés n’avaient pas le droit de se réunir en groupe/association ni même de se déplacer librement. Ils devaient montrer une sorte de badge pour se rendre d’un point à un autre.  Aujourd’hui, le fameux prétexte des forces de l’ordre est de demander  « la pièce d’identité » systématiquement aux racisés (noirs-arabes et autres non blancs). Hors, aucune loi n’oblige qui ce soit à avoir sa pièce d’identité sur lui. Chacun doit juste être en mesure de justifier de son identité. Sous aucun prétexte pour ce motif on ne doit être « embarqué » par les forces de l’ordre. Mais les policiers et gendarmes se servent souvent de ce motifs [allez au poste de police/gendarmerie pour vérifier l’identité et c’est malheureusement pendant ce laps de temps où tout individu ne peut être retenu que pour un maximum de quatre heures, que des « bavures policières » sont souvent commises et c’est aussi pendant ce laps de laps de temps que beaucoup « d’interpellés » se voient accuser « d’outrages » ou de « rébellion », qui deviennent des motifs supplémentaires pour être gardé pendant plus longtemps par les policiers ou les gendarmes.

« Il faut aussi replacer cette justice de ce pays dans son contexte historique pour mieux comprendre  ce qui se joue aujourd’hui. »

La politique du chiffre mise en place par les gouvernements respectifs donne pour « outils » d’interpellation ce qu’on nomme les ILE ou les ILS, soit les Interpellations contre la législation des Etrangers et Interpellation contre la Législation pour possession de Stupéfiants. Les policiers ont donc pour objectif, fondamentalement, de « faire du chiffre » améliorer « leurs statistique individuelles ». Ainsi, où vont-ils pour trouver « les Étrangers »? eh bien dans les gares des grandes villes et surtout dans les zones appelées quartiers (Zep, zus, Zup…etc) Car selon eux « des étrangers s’y trouvent ». Pourtant,  ceux désignés comme étrangers sont justes des français, oui majoritairement non-blancs,  qui y vivent. Cela découle simplement d’un raisonnement idiot et racialiste qui dit en substance: [être non-blancs en France c’est être étranger].

Contrôles au faciès : L’Etat français condamné


En 1881 il y a eu le code de l’indigénat qui ne fut abolit qu’en 1946 avec la fin officiel du travail forcé. Certains nous dirons qu’il n’était appliqué que dans les colonies, hors nous savons tous que certains, soit, les « blancs », étaient désignés comme des « citoyens » et d’autres, ceux issus des pays jadis colonisés, clairement désignés comme des « sujets ». Problème, nous sommes en 2017 et venez voir dans les tribunaux en France de « quelles couleurs » sont majoritairement ceux jugés en comparution immédiate? les contrôles aux faciès sont discriminant et dans bien des cas ils sont aussi racistes.

La famille Traoré et beaucoup d’autres le disent et le répètent, elles veulent croient en la justice de notre pays qui s’érige en modèle, pourfendeur des droits de l’homme. Simplement, il faut aussi replacer cette justice de ce pays dans son contexte historique pour mieux comprendre  ce qui se joue aujourd’hui. Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre disait un fameux personnage. Beaucoup de racisés, africains-afro-descendants doivent mieux apprendre pour comprendre leur histoire avec ce pays et pour ensuite agir dans un unique but d’efficacité. Car traîner quelqu’un en justice ne veut pas dire que nos droits seront de fait respectés. Donc nous, racisés, noirs, africains, afrodescendants devons apprendre à agir avec un seul objectif, que notre action soit efficace. Un seul but, que nos droits soient respectés.

theo

Manifestation pour Théo Crédit: Courrier International

Nous ne pouvons pas dissocier ce qui ce passe aujourd’hui en France avec l’histoire de ces institutions policières et judiciaires qui se sont bâti pour défendre le capitalisme en s’appuyant initialement sur le système esclavagiste et raciste. Prendre conscience aussi que ces institutions sont originellement racialistes est fondamentale.  La police et la justice dans ce pays doivent aussi cesser d’être et surtout de se penser « blanche ». Et c’est à nos générations de faire opérer ce changement au sens Fanonien du terme. Instruisons-nous, développons-nous et nous modifierons de facto notre environnement.

Donc la question qui se pose légitimement est : pourquoi alors même que de tels actes répétés sur majoritairement des racisés noirs et arabes et aussi  les discriminés en général (tous les autres non-blanc-les femmes- les homosexuels- les handicapés..etc) n’y a t il aucune sanction?
Nous sommes en 2017…donc  plus en 1685, donc plus en 1724, donc plus en 1777, donc plus en 1827, donc plus en 1881 et pourtant nous avons tous assisté à la condamnation des frères Traoré en décembre 2016 pour servir d’exemple comme le titrait le journal L’humanité du 16 janvier 2017.
La question est donc aussi : combien d’autres exemples de racisés noirs ou arabes pour la plupart va-t-il falloir pour avoir « le sentiment » je ne dis pas d’une justice, mais d’une « égalité de droits »? Pendant combien de temps encore des juges « blancs » vont condamner systématiquement des racisés majoritairement noirs ou arabes ?
Pendant combien de temps encore va-t- on avoir des policiers « blancs » qui courent après des « noirs » et des « arabes » ?
Pendant combien de temps les noirs et les arabes vont ils continuer à courir à la vu des forces de l’ordre (policiers-gendarmes) ?

Crédit photo: l'Express

Crédit photo: l’Express

Aussi, il ne faut pas confondre justice et Droit. Notre rôle à tous c’est d’interpeller aussi la justice pour qu’elle fasse respecter le Droit puisque « en principe » nous sommes tous des « citoyens égaux ». Laissons la justice qui, espérons-le, fera respecter le Droit des personnes et familles victimes dans le cadre de ces affaires. Mais notre rôle (société civile) est aussi de faire constater que les victimes sont quasi majoritairement des « racisés ». Soit des noirs et des arabes. Actes. Les études ne cessent de le démontrer. Une étude de l’ACAT (association chrétienne contre les tortures) faite entre 2005 et 2015 démontre que les noirs et les arabes ont 7 à 8 fois plus de risques de mourir de fait de violences policières.  en 2015, l’Etat Français a été condamné pour les contrôles au faciès. En ce début d’année 2017, le dernier rapport du défenseur des droits dit que les noirs et les arabes ont 20 fois plus de risques de subir des contrôles de police-gendarmes et autres membres des forces de l’ordre. Cela s’appelle des discriminations. Et dans certains cas ces discriminations ne sont que le reflet aussi de l’afrophobie qui n’est qu’une forme de racisme.

Les bamboulas, ces héros déchus

 

Par exemple pour l’affaire Théo, lui est là (vivant) pour témoigner, il a été violé par un policier avec sa matraque et insulté de « bamboula » tout en étant tabassé. Et un responsable du syndicat des policiers s’est exprimé publiquement en disant « que Bamboula c’est une insulte à peu près convenable » d’autres ont surenchérit, comme si l’acte immonde du viol subit par ce dernier n’était pas suffisant… Cela reflète l’atmosphère générale dans cette institution. Les excuses de ce responsable policier suite au tollé de ses propos racistes ne peuvent rien n’y changer.  Car rappelons que le racisme n’est pas une opinion mais un délit.
Qui sait ce qu’a dû subir Adama? Lui n’est plus là et ne pourra jamais témoigner. Mais une chose est sûre c’est qu’il est mort de violence. Mourir asphyxié, c’est mourir d’une mort très violente.
Qu’en est-il de la plainte déposée par le CRAN en date 12 août 2016 ?
C’est une action en cours donc je ne peux évoquer les détails ici. Avec l’accord de la famille et de leur avocat nous avons également convenu de nous porter partie civile.

Y a-t-il déjà eu jurisprudence dans une affaire similaire à celle-ci ?
En novembre 2016 il y a bien eu  avec l’un des exemples de violence policière  une condamnation pour l’agression faite au lycéen d’Henri Bergson (Paris) pendant les manifestation contre la  loi travail. Mais très clairement, à l’analyse de plusieurs exemples et autres cas  où des policiers ont été impliqués dans la mort d’une personne lors d’une interpellation, non, il n y a aucune jurisprudence récente:

1-Il y a eu la condamnation d’un policier à Marseille en décembre 2016 à 12 ans de prison pour le meurtre d’un lycéen, mais il a pourtant aussi été condamné car il avait agi en « dehors des heures de travail »… Est ce à dire s’il avait agi pendant ses heures de travail et en fonction il n’aurait pas été condamné?

2-Nous pouvons quasiment répondre oui, car pour un cas quasi similaire (soit un tir par arme à feu ), mais celui ci dans le cadre de « ses fonctions », le policier qui avait tiré 4 fois et donné la mort à Amine Bentoussi le 21 avril 2012 avait été acquitté  , il sera rejugé en appel en mars 2017.

Mort de Zyed et Bouna : Les deux policiers sont relaxés


3-L’affaire Zied et Bouna est dans toutes les mémoires et c’est l’un des plus grands espoir pour une famille et aussi pour une génération de militants d’obtenir réparation mais aussi l’une des plus grandes déceptions car nous avons tous vu les policiers acquittés en 2015 . Et depuis Villiers le Bel 2007, les victimes sont systématiquement criminalisées et les policiers, depuis ces événements, se présentent systématiquement comme des victimes alors même que ce sont  des familles qui subissent la perte de l’un des leurs et aussi de faits de comportements violents de policiers et de gendarmes.
4-Le 20 décembre 2014, passé presque inaperçu il y a eu la mort du jeune Bertrand Nzohabonayo à Joué-les-Tours, suite à une interpellation de plusieurs policiers en représailles a une altercation avec une bande de jeunes la veille avec leur collègue connu par la population pour des faits violents, comme le démontre cette vidéo montrant des violences commises par ce dernier le 18 août 2013 . Quatre balles  avaient été tirées sur Bertrand Nzohabonayo  lors de cette interpellation du 20 décembre 2014. Pour se défendre, les policiers avaient parlé « d’attaque terroriste »  qu’ils n’ont jamais pu démontrer alors que dans le même temps, plusieurs personnes qui ne se connaissent pas ont très clairement décrit l’interpellation de Bertrand Nzohabonayo dont ils ont été témoins. Curieusement, d’après nos informations, un reportage démontrant très clairement que ce jeune homme a été interpellé, a purement et simplement été censuré par l’antenne locale d’une grande chaîne de télévision publique.  L’affaire est toujours en cours, une juge d’instruction a été nommée, mais qu’en sortira t il réellement ? Une chose est sûre, tout à été mis en place pour tenter d’étouffer cette affaire  de Joué-les-Tours, mais le débat contradictoire dans ce cas avait été possible par l’apport de la société civile.

Que s’est-il vraiment passé dans l’affaire Bertrand Nzohabonayo ?


Tous ces exemples démontrent que pour l’affaire Adama Traoré, nous devons tous rester vigilants et surtout intransigeants pour que les actes commis par les forces de l’ordre (ici les gendarmes) soient réellement sanctionnés. Il faut que les pressions exercées  par les autorités sur   la famille Traoré cessent. Car, pas plus tard que le 28 février 2017  , cette famille (mère, sœur, frères…) étaient de nouveau convoquée à la gendarmerie…  Il est clair ici que l’objectif des autorités est de criminaliser une fois de plus les victimes. Toutes ces manœuvres et acharnement contre la famille Traoré pour faire diversion ne peuvent pas faire perdre de vue que ce sont elles  les victimes. Adama est mort d’une asphyxie causée (par les poids gendarmes) des techniques d’interpellations mortelles.  La justice doit passer pour faire respecter les droits de la famille condamnant les responsables de la mort d’Adama.

Est-ce difficile, en France, de faire condamner la police ou les gendarmes ?
Oui, pour la simple et bonne raison que ces institutions sont dans un déni complet et total.
Pour exemple, qui a votre avis fait des enquêtes lorsque des policiers ou des gendarmes sont mis en causes ?
Et bien c’est l’IGPN (inspection général de la police nationale) ou l’IGGN (inspection général de la gendarmerie nationale).
En d’autres termes, ce sont des policiers et gendarmes qui mènent des enquêtes sur d’autres policiers et gendarmes. C’est pour dire à quel point ce système est vicié. C’est pour cela que nous demandons depuis plusieurs années la mise en place des commissions intégrantes des membres de la société civile lorsque des enquêtes sont menées sur des membres des forces de l’ordre (policiers, gendarmes..etc) et à long terme, des commissions d’enquêtes complètement indépendantes. Des policiers et gendarmes ne peuvent pas objectivement continuer à enquêter sur d’autres policiers et gendarmes. C’est un non sens.

Ces entités bénéficient-elles d’un statut particulier ou plus complexe dans le droit français ?
Les membres des forces de l’ordre sont [assermentés] cela signifie qu’ils représentent [L’autorité] et qu’à ce titre leur parole est supérieure à la parole d’une personne non assermentée. Pourtant, il existe plusieurs exemples de policiers ayant fait des faux témoignages, changé leur version où simplement menti dans un tribunal. Par exemple, lors du procès des frères Traoré le 14 décembre 2016, alors qu’il a été démontré en plein tribunal que les policiers s’étaient mis d’accord sur leur version et même que l’un d’eux étaient revenu changer sa version le lendemain de sa déposition, le tribunal avait quand même choisit de suivre la version des policiers, alors que rien ne tenait dans leur récit, tout refusant de visionner les vidéos mis à leur disposition. Cela avait provoqué la colère des avocats de la famille Traoré. C’est en ce sens, hélas, que la justice donne raison au slogan: [La police tue, la justice acquitte] et sanctionne même souvent les proches des  victimes comme le malheureux exemple des  frères Traoré.

Les deux frères d’Adama écroués : Acharnement contre la famille Traoré ?

 

Peut-on affirmer que les tentatives d’étouffement dans les affaires opposant des civils aux forces de l’ordre sont monnaie courante ?
Étouffer les affaires est une manœuvre systématique de la part des autorités. C’est pour cela que le rôle de la société civile est primordiale.
Sans la société civile, dans bien des cas , le débat contradictoire n’émergerait jamais.

Au vu de la tournure que prennent les choses, quels scénarios d’issue pour cette affaire, apparaissent comme les plus crédibles ?
Sur le plan judiciaire cette affaire ressemble en tous points à l’affaire Zied et Bouna, dont le dossier avait également été dépaysé pour, nous avait on dit: [retrouver un peu de sérénité] et exactement le retour à cette même sérénité a été évoqué dans cette affaire. Espérons que l’issue ne sera pas la même. Cela dit, dans le cas d’Adama Traoré, il y a des témoignages comme celui du pompier qui ne laisse aucun doute sur la nature de ce qui s’est passé. Alors que ce pompier tente de porter secours à Adama, les gendarmes refusent de lui enlever les menottent en disant « …il simule… ». Tout est dit. La non-assistance à personne en danger semble difficile à écarter en plus du fait qu’il ne fait plus aucun doute qu’Adama est mort d’asphyxie comme le mentionnent les autopsies. Asphyxie occasionnée par les gendarmes, comme ils le reconnaissent eux-mêmes , dixit: […il a pris le corps de nos corps à tous les trois..]. Ce qui est alarment est qu’avec tous ces éléments nous soyons en train de nous poser la question sur [les possibles issues pour cette affaire].

Continuons de soutenir les familles des victimes avec pour objectif l’efficacité de nos actions et avec pour but que nos droits soient respectés.

A propos de l'auteur :

SK

SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

a écrit 472 articles sur NOFI.FR.

ou

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?

Inscrivez-vous à la newsletter NOFI

* Champs requis
Vous êtes

Faire un don pour NOFIPEDIA

Faites un don

Pub full screen

Recherche NOFI