Adua Chronicles, la BD qui raconte le quotidien d’une Kényane moderne

adua chronicles

Adua Chronicles est une bande dessinée crée par Felly Oyuga Owiro, une auteur kényane. Elle met l’accent, avec humour, sur le personnage d’Adua, une femme kényane moderne et aux questions sociétales auxquelles est confrontée.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Ces dernières années, la lutte pour les droits des femmes au Kenya a fréquemment été évoquée au Kenya. L’une des protagonistes de cette lutte, à sa manière, est Felly Oyuga Owiro, une femme qui a choisi de traduire son expérience de femme dans le Kenya de la fin des années 2010 par le biais d’une bande dessinée en ligne, Adua Chronicles.

NOFI a eu l’occasion de s’entretenir avec cette auteur et de lui poser avec grand intérêt les questions suivantes.

1.Pouvez-vous vous présenter ainsi qu’Adua Chronicles?

Mon nom est Felly Oyuga Owiro. Adua est le nom que j’ai donné à mon alter-ego parce que je voulais vraiment qu’il porte un nom commençant par a. Dans mon groupe ethnique, les filles se voient donner un nom traditionnel commençant par un a mais ayant été nommée après ma grand-mère qui a elle-même été nommée après un homme, mon nom traditionnel commence par un o. Adua Chronicles est une bande dessinée qui raconte mes aventures quotidiennes, mon expérience de la vie.

2. Comment et pourquoi avez-vous commencé à écrire Adua Chronicles?
J’ai commencé à écrire ‘Les Chroniques d’Adua’ parce que que je voulais raconter ma propre histoire et mes propres histoires. Je voulais raconter ma vie quotidienne, la rendre divertissante et que les femmes africaines puissent s’identifier avec les histoires et le cadre.

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3. La question du droit des femmes au Kenya, du viol de vieilles femmes pour éviter d’attraper le VIH au harcèlement sexuel des femmes au Parlement à l’éducation institutionnelle des jeunes garçons contre le viol ont été sujet de l’attention de la presse internationale ces dernières années. En tant que femme kényane vivant au Kenya que pensez-vous de l’emphase mise sur votre pays à ce sujet?
Tout d’abord, je tiens à préciser que je n’étais pas au courant que des femmes âgées étaient violées pour permettre aux agresseurs d’éviter de contracter le VIH. C’est triste. J’ai toujours entendu qu’elles l’étaient car elles étaient vulnérables. Je voudrais dire que ces cas ne sont pas spécifiques au Kenya. Cependant, les femmes kényanes ont été très actives pour dénoncer en ligne comme hors-ligne pour élucider ces affaires, se battre pour obtenir justice pour les victimes et faire pression auprès de nos leaders. Davantage d’emphase doit être mise sur ce que nous, femmes kényanes, faisons à ce sujet, car nous faisons beaucoup et nous pourrons faire encore plus avec un soutien international.

4. A votre avis, quelles seraient les différences majeures votre version d’Adua et une version d’Adua vivant dans les années 1970?

Qui je suis-et par extension, qui est Adua- doivent être expliqués par mes parents et la manière dont ils m’ont élevée. Par conséquent, je doute qu’une version d’Adua des années 70 eût été différente de ce qu’elle est aujourd’hui. On m’encourageait à donner mon avis, j’avais accès à la littérature, je n’était pas prisonnière de la case habituelle ‘tu es une femme, donc c’est ce que tu dois faire’.

5. En tant que femme kényane, quelles différences espères-tu qu’il y aura entre une Adua de 2017 et une Adua des années 2050?
La différence majeure que j’aimerais voir est qu’en 2050 est une Adua ayant davantage voyagé, s’étant davantage plus exposée au monde.

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6. Des personnages non-Noirs apparaissent souvent dans les aventures d’Adua au Kenya. Quelle est la nature des interactions entre Noirs et non-Noirs à Nairobi?

A mon avis, les Noirs Kényans pensent toujours qu’un Blanc leur est supérieur, qu’il possède plus d’argent à cause de la couleur de sa peau, qu’il écrira mieux l’anglais par exemple, parce qu’il est blanc et bien évidemment parce qu’ils est probablement plus instruit. C’est très énervant. Je peux donner plusieurs exemples. Si vous vous rendez dans certains restaurants de la ville, les serveurs vont complètement vous ignorer et se jeter sur les clients blancs. J’ai travaillé dans un bureau où la seule employée américaine blanche était la seule à qui on demandait de relire des documents car il avait été décidé qu’elle était probablement une ‘experte’ de la langue anglaise! Cependant, ce type de raisonnement peut aussi être un problème pour les Blancs qui sont de ce fait souvent la cible de tentatives d’escroquerie. Il existe nombre d’histoires bizarres où un homme blanc qui préférait les femmes noires et souhaitait à tout prix en épouser une. Lorsque c’était le cas, il se retrouvait à payer une dot exorbitante à des parents fictifs Ils ne peuvent pas non plus faire leurs courses dans des marchés locaux puisque les prix des commerçants sont automatiquement multipliés par trois lorsqu’ils se présentent comme clients. Il y a aussi eu des cas d’employeurs blancs maltraitant des Noirs. Les Noirs doivent apprendre à gagner en confiance et ne pas abandonner leurs façons de vivre africaines. Nous avons perdu notre identité, d’où le chaos qui règne aujourd’hui.

7. Comment voudriez-vous qu’Adua Chronicles se développe lors des prochaines années? J’ai commencé à travailler sur une version animée de la bande dessinée. Dans les prochaines années, j’aimerais mettre en place une série animée en ligne.

Retrouvez Adua Chronicles dans sa version bilingue, anglais/français sur sa page facebook officielle .

A propos de l'auteur :

Sandro CAPO CHICHI

a écrit 566 articles sur NOFI.FR.

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