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« Le tueur de Charleston » condamné à mort, le deuxième cas depuis 1991

Dylann Roof a été condamné à mort mardi 10 Janvier par un jury de Caroline du Sud pour le meurtre de 9 paroissiens Noirs dans une église à Charleston. C’est une des rares fois dans l’histoire de la Caroline du Sud où un blanc sera condamné à mort pour l’assassinat de Noirs.

Le crime négrophobe de Dylann Storm Roof, avait secoué l’Amérique noire (et de nombreuses communauté noires à travers le monde). Le 17 juin 2015, au cours d’un office religieux à l’Emanuel African Methodist Episcopal Church, ce jeune suprématiste blanc de 22 ans a assassiné, de sang froid, 9 afro-américains et fait un blessé. Sur les 12 personnes ciblées, seules 3 s’en étaient sorti. Parmi les victimes se trouvaient Clementa C. Pinckney, pasteur et sénatrice. Le meurtrier, à peine sorti de l’adolescence, avait été identifié comme principal suspect et une chasse à l’homme s’en était suivi. Il fut toutefois rapidement appréhendé à  Shelby, en Caroline du Nord.

L’objectif de Dylan Roof ? Déclencher par cet attentat odieux une guerre raciale et ressusciter la Ségrégation. Les tensions ethniques constituant l’ADN des États-Unis, le brasier de cette guerre aurait bien pu être ravivé.Image result for The Last Rhodesian

Sur son site web, The Last Rhodesian,  Roof posait fièrement avec des symboles racistes et/ou néonazis. Sur ce même site, on pouvait également lire un manifeste dans lequel il exposait sa vision négrophobe et autres saillies suprématistes.  Pour lui, la composante noire de la société US est «le groupe qui présente le plus gros problème pour les Américains». On y apprend de plus, que l’assassinat du jeune Trayvon Martin en 2012 fut une de ses sources d’inspiration. Chacun appréciera la poésie de ce raciste en « culotte courte ». Voici un extrait très révélateur de la résolution de Dylann Roof à passer à l’acte :

«Je n’ai pas le choix. Je ne suis pas en position, tout seul, d’aller dans le ghetto et de combattre. J’ai choisi Charleston parce que c’est la ville la plus historique de mon Etat, et avait à une époque le ratio le plus élevé de noirs par rapport aux blancs, dans le pays. Nous n’avons pas de skinheads, pas de vrai KKK, personne qui ne fasse rien à part parler sur Internet. Hé bien quelqu’un doit avoir le courage d’agir dans le vrai monde, et il me semble que ce quelqu’un c’est moi».

Le caractère emblématique de l’Emanuel African Methodist Episcopal Church à donc motivé le crime de Dylann Roof. En effet, cette église épiscopale méthodiste africaine fondée en 1816 est la plus ancienne église de ce type dans le sud des États-Unis, ainsi qu’une des plus anciennes congrégations noires au sud de Baltimore. Elle relève d’une importance hautement symbolique puisqu’en 1822, Denmark Vesey, l’un des fondateurs de l’église, fut le leader d’une révolte d’esclaves sévèrement réprimée en Caroline du Sud. L’église originale fut incendiée par une foule de blancs en colère. Ils reconstruiront l’église après la guerre civile.

En réaction à l’insurrection de Nat Turner, en 1834, la ville de Charleston a formellement interdit les églises noires. La congrégation de l’Emanuel African Methodist Episcopal Church s’est réunie en secret jusqu’à la fin de la guerre de Sécession. La Caroline du Sud, comme bien d’autres états sudistes, a un lourd passé esclavagiste auquel le multiple homicide de Dylann Roof fait écho. Quelle meilleure manière, en effet, de toucher la communauté noire dans sa chair que de s’attaquer à un de ses symboles d’espoir et de résistance ?

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Le jeune homme a été donc condamné mardi dernier à la peine de mort pour le meurtre des neuf paroissiens noirs. Les 12 jurés l’ont condamné de manière unanime, retenant notamment la préméditation et l’absence de remords. A l’énoncé du jugement, Roof n’a pas bronché.

L’audience à été  horrifiée par la froideur de ce jeune homme à peine majeur. Au cours du procès, il n’a exprimé  aucun regret ni formulé aucune excuse. A contrario, il avait même expliqué son geste :

 «J’ai estimé que je devais le faire, et j’estime toujours qu’il fallait que je le fasse»

A aucun moment il n’à eut un seul mot pour les familles des victimes. Ces dernières ont eu,  quant à elles, l’occasion de s’exprimer et de dire au meurtrier ce qu’elles ressentaient. La mère de Tywanza Sanders, l’une des victimes à par exemple avoué avoir pardonné le suprématiste blanc. Elle a toutefois exprimé sa colère envers Dylann Roof :

«Je vois une personne froide, perdue, une personne qui a le diable en elle. Et vous ne pouvez pas aider quelqu’un qui ne le souhaite pas»

Il est extrêmement rare dans le contexte américain qu’un blanc soit condamné à mort pour le meurtre d’une ou plusieurs personnes noires. Avant Dylann Roof, il faut remonter jusqu’en 1991, avec la sordide histoire de Donald Gaskins, qui fut lui aussi exécuté pour le meurtre d’un afro-américain. Ce détenu de la prison de Columbia avait été engagé afin d’assassiner Rudolph Tyner, lui aussi incarcéré.

Pourtant, de l’esclavage à nos jours en passant par la sombre période de la Ségrégation, les vies noires n’ont clairement pas eues la même valeur que celle de leurs concitoyens. Par exemple, le meurtre d’un esclave était traité comme une simple infraction économique… Depuis l’abolition, et surtout dans les états du sud, le nombre de lynchages n’a fait qu’augmenter sans que les sanctions soient à la hauteur des crimes. Les bavures policières négrophobes ont également entravé le droit à la justice des populations concernées.

L’histoire des États-Unis, notamment celle des états sudistes, est placée sous l’égide de la suprématie blanche. Le groupe terroriste le plus féroce, le Ku Klux Klan, y a vécu ses heures de gloire. Dans un tel contexte, on entend mieux la détermination de  Dylan Roof à accomplir son funeste projet. L’histoire extrêmement violente du Sud des États-Unis reste le terreau idéologique qui peut, comme ici, banaliser les passages à l’acte des nostalgiques de la période esclavagiste. Le pays a un problème intrinsèque avec la composante la plus sombre de sa population. Sur ce point,  les blessures sont encore vives.

Soulignons toutefois cette avancée de la Justice sud-américaine symbolisée par la sévère condamnation du jeune Roof.

Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.