L’art africain à l’origine du cubisme et des plus grandes oeuvres de Picasso

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Pablo Picasso (1881-1973) était un peintre, dessinateur et sculpteur espagnol très célèbre. Comme d’autres, il s’est inspiré  de l’art africain pour réaliser ses plus grandes œuvres.

Au début du XXe siècle, la colonisation française s’enracine en Afrique, les artefacts sont pillés allègrement et dispersés dans des musées parisiens, considérés alors comme des curiosités exotiques et coloniales. En 1907, Picasso foule le sol du Musée d’ethnographie du Trocadéro, à Paris. Et c’est la grande révélation, le choc. Il raconte ainsi : « Déprimé par l’odeur de moisi et d’abandon qui me saisit à la gorge, j’aurais voulu partir. Mais je me suis forcé à rester et à examiner ces masques, tous ces objets que des hommes avaient exécutés dans un dessein sacré, magique. Et j’ai compris le sens même de la peinture, une forme de magie qui s’interpose entre l’univers hostile et nous. Une façon de saisir le pouvoir, en imposant une forme à nos terreurs comme à nos désirs. » Il est subjugué par ces masques et sculptures aux expressions pleines de puissance et de force vitale. À tel point que tout au long de sa vie, il s’en procurera une centaine venue d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, qu’il exposera dans son atelier.

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Masque Wobé Côte d’ivoire/Burkina Faso

Influencé par cet art abstrait au pouvoir expressif et transcendant, il utilisera une nouvelle vision de l’espace et des volumes, présentant plusieurs angles de vue au sein d’un même tableau. Il tordra les éléments comme le font les sculpteurs africains, tout en usant de formes de plus en plus géométriques.  Suite à sa visite au musée Trocadéro, il achève « Les demoiselles d’Avignon », considéré comme étant la peinture la plus influente du XXe siècle, grâce à la rupture stylistique et conceptuelle qu’elle propose: c’est la naissance du cubisme, directement inspiré de l’art africain. Le résultat est effrayant pour des yeux non avertis, les visages des Demoiselles de droite se confondant avec des masques du Zaïre ou nimba de Guinée.

Tableau "Les demoiselles d'Avignon", Picasso,

Tableau « Les demoiselles d’Avignon », Picasso, 1907

En 1912, Picasso achète un masque wobé de la Côte d’Ivoire, qui a la particularité de jouer sur l’inversion des volumes : en relief, le creux des orbites devient un cylindre. On retrouvera son empreinte dans plusieurs de ses oeuvres dont sa sculpture guitare-assemblage. Picasso ne sera pas le seul grand peintre à s’être inspiré de l’art africain. Monet, Braque, Derain, Modigliani, Vlaminck, Matisse sont autant d’artistes européens à avoir eu un coup de foudre pour cet art sublime.

Guitare cubiste de Georges Braque, 1963. La guitare deviendra un élément incontournable du cubisme

Guitare cubiste de Georges Braque, 1963.
La guitare deviendra un élément incontournable du cubisme

En 2006, l’Afrique du sud accueillait une exposition intitulée « Picasso et l’Afrique », composée de plus d’une soixantaine de peintures, dessins et sculptures de l’artiste. Il en résultera une polémique, certains voyant en l’oeuvre de Picasso un vol culturel par l’exploitation du talent noir. D’autres y poseront un regard moins sévère, traduisant les oeuvres de Picasso comme étant le premier hommage à l’art africain.

Quand l’Afrique est pillée sans discontinuer

Le 27 juillet 2016 tombe un coup de tonnerre venu pour la première fois d’Afrique Subsaharienne. Le Bénin réclame la restitution des trésors pillés lors de la colonisation. La France détiendrait plus de 5000 objets culturels originaires du Bénin, dont des trésors royaux d’Abomey ayant été emportés comme butin de guerre par les troupes coloniales françaises en 1892, et actuellement exposés au Musée du Quai Branly. On y trouve notamment les récades royales, le trône de Glélé et les portes sacrées du palais. La réponse des autorités françaises est actuellement en suspens.

Récade au lion du Bénin

Récade au lion du Bénin

Mais si l’Afrique fut pillée de son art jadis, cette pratique n’a jamais cessé et s’intensifie. L’intellectuelle malienne Aminata Traoré estime que plus de 90% du patrimoine africain se trouve hors de l’Afrique, dispersé dans les musées européens et les collections privées. Les sites archéologiques et les musées africains sont constamment volés, parfois même par les conservateurs mal payés qui vendent de véritables oeuvres d’art, les remplaçant par de vulgaires copies. Cette défaillance du système muséal est problématique, car si l’Afrique veut récupérer ses biens, autant qu’ils soient à l’abri de la corruption et du trafic illégal. C’est d’ailleurs derrière cet argument que se cache l’Europe pour refuser de restituer les trésors volés. Pour elle, les africains ne seraient pas capables de protéger ces objets précieux et de les conserver dans de bonnes conditions. Mais s’il est vrai qu’un gros travail de sécurisation doit être effectué, il est encore plus certain que ce qui nous a été volé, doit nous être restitué.

A propos de l'auteur :

Originaire de la Caraïbe, je suis une amoureuse de nos riches et fascinantes cultures noires. J'aime particulièrement conter nos belles histoires.

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