L’allaitement maternel: un enjeu sanitaire et économique pour l’Afrique

La malnutrition dans le monde est un véritable fléau, et lorsqu’elle concerne les enfants, elle prend une dimension encore plus dramatique. Les enfants qui y sont exposés sont plus fragiles et démunis face aux diarrhées massives, aux pneumonies et autres infections respiratoires aiguës. 45% des décès chez les enfants de moins de cinq ans sont dus à la malnutrition infantile, qui peut être contrée, dans une certaine mesure, par l’allaitement maternel. D’autant que cette question constitue un véritable enjeu économique et sanitaire pour l’Afrique.

L’UNICEF a dit : « Si tous les bébés étaient alimentés avec rien d’autre que du lait maternel à partir de l’instant où ils naissent jusqu’à l’âge de six mois, plus de 800 000 vies seraient sauvées chaque année. Plus l’allaitement est retardé, plus le risque de décès durant le premier mois de la vie est élevé. Retarder l’allaitement de deux à vingt-trois heures après la naissance augmente de 40 % le risque de décès des nourrissons. Le retarder de vingt-quatre heures voire plus augmente ce risque de 80 %. Le lait maternel est le premier vaccin d’un bébé, la première et la meilleure protection qu’il a contre les maladies . Les nouveau-nés représentant près de la moitié des décès d’enfants de moins de cinq ans, l’allaitement précoce est donc une question de vie ou de mort. »

En Afrique subsaharienne, la malnutrition augmente de 14 fois la probabilité que les enfants meurent avant l’âge de 5 ans, comparé aux pays au revenu élevé. Promouvoir l’allaitement maternel est donc un enjeu sanitaire de grande importance, mais ardu tant le biberon est entré dans les moeurs.

À l’origine, le lait en poudre avait été crée en Europe dans le noble but de sauver la vie de nombreux bébés orphelins de mères. Mais depuis, le lobby du lait infantile s’est transformé en une gigantesque machine à fric, toujours plus avide de profits. Lorsque le marché occidental s’est mis à stagner, le lobby du lait a tourné son regard vers les pays en voie de développement. Il y a vu un eldorado financier avec à la clé d’immenses profits, le taux de natalité étant très élevé dans ces régions du monde.

Dans les années 1970, un scandale éclate. Nestlé est accusé d’augmenter la malnutrition infantile à cause de stratégies marketing criminelles. Le géant du lait n’hésite pas à promouvoir son lait en diabolisant le lait maternel, y compris dans les zones où l’accès à l’eau potable n’est pas garanti, et ciblant même les familles les plus pauvres.

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Or, si le lait maternel protège des infections, la préparation d’un biberon dans des conditions sanitaires non optimales rend malade le bébé. Pour préparer un biberon sans danger, il faut en stériliser toutes les parties en les faisant bouillir ou en utilisant des pastilles désinfectantes. Les mains qui préparent ce biberon doivent être très propres, lavées à l’eau savonneuse. La poudre de lait se mélangeant à de l’eau, celle-ci doit être potable.

Lorsque ces conditions très strictes ne sont pas observées, les bébés, étant dépourvus d’immunité attrapent des diarrhées aiguës qui les déshydratent, entraînant le plus souvent leur mort. Nestlé niera sa responsabilité, arguant que le lait en lui-même n’est pas dangereux et que l’utilisation d’une eau insalubre ne saurait lui être imputé. Et ceci en dépit du fait qu’il savait que l’accès à l’eau potable était difficile dans ces zones.

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Une autre stratégie a été mise en place pour contraindre les familles à débourser de l’argent. Au sein même des maternités, le lait en poudre était honoré et recommandé par la sphère médicale où les mères accouchaient. Les médecins payés par Nestlé s’assuraient que le nouveau-né soit nourri exclusivement au lait artificiel. À la sortie du séjour en maternité, on remettait aux jeunes mamans deux grosses boites de lait pour nourrir le bébé durant les semaines suivantes. Lorsque ces boites de lait étaient terminées, les mères n’avaient plus de lait dans leurs seins, sa production n’étant stimulée que par la succion du nouveau-né. Les familles se retrouvaient donc obligées d’acheter du lait en poudre. Afin d’économiser ce lait au prix élevé qui pesait sur le budget familial, elles utilisaient moins de poudre de lait que les doses recommandées, en augmentant parallèlement la portion d’eau. Par conséquent,  les enfants n’ayants pas assez de nutriments, se retrouvaient dénutris et malades avec généralement la mort au bout des souffrances.

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Pour mettre fin à ces magouilles néfastes du lobby laitier infantile, l’Assemblée Mondiale de la Santé adopte en 1981 le Code International de Commercialisation des Substituts du Lait Maternel. Il s’agit d’une série de mesures luttant contre le déclin de l’allaitement maternel qui entraîne l’augmentation des taux de malnutrition, de morbidité et de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. Il comporte notamment l’interdiction des publicités pour lait infantile de 0 à 6 mois, pour les biberons et tétines, y compris au sein des structures de soins. L’interdiction de donner des échantillons gratuits et autres cadeaux, et de corrompre le personnel médical en le payant. Le lobby du lait arrive à contourner ce code, en usant de subterfuges tels que la publicité déguisée. Ou encore, si un établissement a besoin d’un lit médicalisé par exemple, le lobby du lait le lui offre en veillant à ne pas laisser de preuves, mais en échange, les médecins et sages-femmes doivent devenir ses ambassadeurs. Notons que si les autorités compétentes subvenaient aux besoins de ces structures médicales, elles seraient moins enclines à céder aux pressions.

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L’allaitement maternel, un enjeu économique et écologique

Un inconvénient majeur du lait infantile est le coût qu’il représente pour la famille et pour le pays. Ces laits industriels ne sont pas produits dans les pays africains qui doivent les importer. Aussi, des devises étrangères sont inutilement dépensées. Le Docteur Claude Kamenga, originaire de la République Démocratique du Congo est représentant de l’UNICEF au Bénin depuis le 15 septembre 2016. À propos de l’allaitement maternel, il déclare :

« L’allaitement maternel a un impact sur l’éducation et la productivité, en améliorant les chances des enfants de s’épanouir en bonne santé à l’âge adulte. Il participe à l’éradication de la pauvreté, à la réduction des inégalités et garantit le droit à une alimentation appropriée, sûre, abordable et disponible pour tout bébé et petit enfant partout dans le monde quel que soit son statut socio-économique. Enfin, cette pratique favorise la protection de l’environnement et des écosystèmes car sa production ne nécessite pas et ne génère pas de substances polluantes pour l’environnement et ne contribue pas aux changements climatiques. L’allaitement maternel est bien un enjeu de développement en Afrique et dans le monde. »

Un enjeu de santé publique important. C’est pour cela que nous vous demandons de partager cet article. Ceci afin que partout, les mères sachent qu’elles détiennent un super-pouvoir, celui de produire un super-aliment super-adapté à leurs super-bébés, super-imité mais super-jamais égalé.

Cet article n’a pas vocation à attiser les discordes et l’animosité entre pro-lait maternel et pro-biberon. Il se propose juste d’apporter des connaissances afin que les mères puissent prendre une décision éclairée pour elles et leurs enfants.

A propos de l'auteur :

Originaire de la Caraïbe, je suis une amoureuse de nos riches et fascinantes cultures noires. J'aime particulièrement conter nos belles histoires.

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