CAN 2017: l’Afrique face à la question économique

Par Anthony Mouyoungui. La 31e édition de la Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN) débute ce 14 janvier,à Libreville. Trois semaines durant, les yeux des passionnés du football africain seront braqués sur le Gabon où 16 nations s’affronteront pour la conquête du trophée continental le plus convoité. Un événement qui soulève aussi des questions politiques et économiques.

Si le volet sportif s’annonce à la hauteur de ce grand événement, les cinq stades retenus sont déjà prêts (ceux d’Oyem et de Port-Gentil viennent d’être inaugurés); l’inquiétude se cristallise en revanche autour du déroulement. En effet, des menaces de boycott planent sur la compétition. Des ONG, des syndicats et des opposants au régime d’Ali Bongo, dont la réélection controversée avait plongé le pays dans le chaos et qui, depuis, est divisé, envisageraient d’organiser des actions dans le but de perturber les réjouissances. Menaces que le gouvernement gabonais prend très au sérieux puisqu’il y a quelques jours, la ministre de la jeunesse et des sports, Nicole Assélé, a mis en garde, dans un discours, ceux qui voudraient mener des actions de boycott pendant la CAN 2017.

Ali

Le président gabonais Ali Bongo

Une question économique
Au-delà de ces tensions, ce qui retient l’attention est le budget de la compétition. 463 milliards de FCFA. Une telle somme, pour trois semaines de football, peut être perçue comme exagérée quand on sait que le Gabon, comme la grande majorité des pays africains, a des problèmes plus importants à régler notamment, dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’emploi. C’est en tous cas le principal argument de ceux qui sont contre l’organisation de cette compétition sur le sol gabonais, d’autant qu’en 2012, le pays avait déjà dépensé de l’argent public dans la co-organisation de la CAN avec la Guinée-Equatoriale. En l’espace de cinq ans, le Gabon a dépensé plusieurs milliards de FCFA pour l’événement.

Le stade de Libreville sera l'un des espaces qui accueillera les compétiteurs Crédit photo: Actu 242

Le stade de Libreville sera l’un des espaces qui accueillera les compétiteurs
Crédit photo: Actu 242

Pourquoi organiser une CAN ?
La question mérite certes d’être posée au vu des problèmes que connaît l’Afrique. L’on pourrait dire que les africains ont mieux à faire avec leur argent que d’organiser des événements sportifs. Mais, se poser la question est aussi une façon de remettre en question l’organisation des manifestations sportives sur le continent. Ce qui équivaudrait à dire que ‘’comme l’Afrique a grand soucis au niveau des infrastructures sanitaires ou éducatives, elle ne devrait pas gaspiller son argent dans l’amusement’’. La logique voudrait que cela se passe ainsi. Seulement, la CAN n’est pas uniquement, comme l’on pourrait le penser, un amusement ou un divertissement pour peuples affamés. C’est un moment de rencontres et d’échanges entre athlètes d’un même continent. C’est aussi l’occasion pour les états, qui rechignent  d’investir dans le sport, de se doter d’infrastructures aux normes internationales.

Supporter de l'équipe de football du Gabon

Supporter de l’équipe de football du Gabon

Au lieu de se poser la question de l’intérêt d’organiser une CAN dans un contexte difficile, il serait plus judicieux de réfléchir à la manière de rentabiliser l’investissement de l’Etat. Pour l’Euro 2016, l’Etat français avait dépensé moins de 200 millions d’euros et en a retiré 1,22 milliards d’euros de bénéfices. La réflexion se situe à ce niveau, car c’est ici qu’il faudrait faire des efforts afin que les pays organisateurs ne soient plus perdants et que leurs populations puissent profiter de ces retombées. A ce moment, le public, au faible revenu, devrait payer son billet d’entrée aux stades et non attendre la gratuité. Néanmoins, ce point revient encore aux dirigeants des nations organisatrices. Car, il est évident qu’elles préparent minutieusement l’accueil des compétiteurs mais, en font-elles autant pour leurs citoyens ? Là, c’est une autre paire de manches !

Par Anthony Mouyoungui

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