Allaitement maternel: le grand mensonge

l'allaitement maternel

Depuis la nuit des temps, les femmes ont toujours nourri leurs enfants au sein. Pourtant, à l’heure actuelle, l’allaitement maternel est délaissé au profit du lait artificiel, encore nommé lait infantile. Quelles sont les raisons qui ont abouti à ce que le biberon soit désormais la norme ?

Par Sandrine D./nofi.fr

Avant de poursuivre, il est important de souligner que certaines mères ne peuvent allaiter, principalement pour raisons médicales (sida, tuberculose, bébé atteint de galactosémie ect.); d’autres ne veulent tout simplement pas, pour des raisons qui les concernent, et c’est leur droit le plus strict. Il ne s’agit pas de porter un jugement sur ces mères, et cet article n’est pas une diatribe anti-biberon, même s’il est très clairement pro-allaitement maternel. En effet, le délaissement de cette pratique naturelle est responsable de malnutrition infantile et de la mort de millions de bébés, surtout dans les zones où l’accès aux soins est épineux. 

Le lait infantile fait son apparition dans le monde occidental, plus précisément en Europe, au début du XXème siècle. À cette époque, les femmes mourraient très souvent en couches, et la mortalité infantile était très élevée. Les femmes qui ne pouvaient allaiter confiaient leurs enfants à des nourrices, qui s’occupaient également des bébés orphelins de mère. Malheureusement, ces nourrices étaient trop peu nombreuses et face à la demande, il fallait trouver une solution. En 1908, Maurice Guigoz, un citoyen suisse dirigeant une entreprise laitière, met au point le lait en poudre pour bébé à partir de sécrétions bovines. Cette révolution dans la nutrition infantile est un succès immense.

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crédit photo: Au féminin

 

D’autres firmes s’engouffrent dans ce marché juteux, le lobby du lait s’organise et met en place une publicité agressive, avec des affiches montrant des bébés nourris au lait artificiel, souriants et resplendissants de santé. Mais leur coup de poker est d’avoir agit à la source, c’est à dire au sein même des maternités. Chaque marque de lait achetait littéralement des clientes auprès de ces structures, avec la complicité des médecins. Pour comprendre, illustrons avec Nestlé. Cette marque donc payait une certaine somme d’argent à la maternité, qui devait en échange dénigrer le lait maternel, qui n’était subitement pas assez nourrissant. Aussi, la marque de lait infantile Nestlé était fortement recommandée aux mères par le personnel médical. En plus, Nestlé fournissait gratuitement tout le lait infantile nécessaire au séjour du bébé à la maternité et même pour une certaine durée après sa sortie. La marque était aussi notifiée dans le carnet de santé de l’enfant et sur sa fiche de sortie. Avec cette méthode bien rodée, les mères ciblées continuaient avec ce substitut, devenant des clientes fidèles. Les marques de lait seront ainsi recommandées chacune à son tour, en fonction de leurs paiements. Cette pratique malhonnête prendra fin à la fin des années 1990, suite à un décret, mais se poursuivra notamment dans les pays en voie de développement.

Affiches publicitaires des marques Nestlé et Guigoz du début du XXème siècle

Affiches publicitaires des marques Nestlé et Guigoz du début du XXème siècle

L’allaitement maternel et plus largement la maternité seront aussi combattus par la deuxième vague du féminisme, apparue après la seconde guerre mondiale et réclamant l’égalité totale entre les hommes et les femmes. Pour ses partisanes,  la maternité et tout ce qui s’y rapporte serait un frein à l’émancipation des femmes. Simone de Beauvoir, la célèbre philosophe considérée comme un socle fondamental du féminisme écrira sur « l’absurde fécondité des femmes » : « Engendrer et allaiter ne sont pas des activités, ce sont des fonctions naturelles, aucun projet n’y est engagé. L’allaitement est une servitude épuisante, c’est au détriment de sa propre vigueur que la nourrice alimente le nouveau-né. À la ménopause, les femmes se trouvent délivrées des servitudes de la femelle ». 

Conformément à sa philosophie, elle n’aura jamais d’enfant. Ses écrits auront un impact si considérable que des femmes refuseront d’enfanter pour se consacrer à leur carrière et leurs loisirs. D’autres, ne pouvant résister à l’envie de perpétuer l’espèce humaine enfanteront, mais refuseront d’allaiter. Les pères seront poussés à mettre la main à la pâte en nourrissant eux aussi leurs progénitures au biberon.

Ainsi donc, les deux facteurs-clé ayant conduits à la marginalisation de l’allaitement maternel seront la puissance du lobby laitier infantile, et le féminisme. Ils seront tellement efficaces qu’ils impacteront le monde entier, au point que le biberonnage soit la norme dans de nombreux pays. Si certaines jeunes mamans qui osent encore allaiter s’attirent parfois de la sympathie, d’autres sont regardées tantôt avec pitié: « Oulala ma pauvre!! Tu le sèvre quand??? », quand elles ne sont pas carrément la cible de propos avilissants: « mamelles », « vache à lait », « c’est malsain », « allaiter, c’est se rabaisser au stade de femelle chimpanzé », et quintessence de l’esprit tordu: « l’allaitement, c’est limite de l’inceste ». Les gens qui méprisent ainsi les mères allaitantes, en plus d’avoir la langue bien pendue, souffrent d’une sévère ignorance : le lait maternel est l’aliment le plus pur, le plus sain et le plus naturel qui soit.

allaitement maternel

 

Les nombreux bienfaits de l’allaitement maternel

D’années en années, les scientifiques sont émerveillés des caractéristiques idéales du lait maternel. C’est un aliment vivant et frais, parfaitement adapté aux besoins du nourrisson. À la naissance du bébé, la mère fabrique un lait spécial, le colostrum, qui est particulièrement riche en anticorps et en interféron, un puissant antiviral. Il est aussi riche en nitrites dans le but de fortifier le système cardiaque du petit. Ces éléments ne se retrouvent pas dans le lait artificiel. Pour le bon développement du cerveau de l’enfant, le lait mature qui apparaît après cinq jours contient 40 fois plus de taurine que le lait de vache, 3 fois plus d’ acides gras oméga 37 facteurs de croissance neurotrophiques , des oligopeptides en quantité adéquate, du fer nécessaire au transport de l’oxygène vers le cerveau, du zinc ect…

Pour le développement de son système immunitaire, le lait maternel apporte 130 oligosaccharides, du bifidus et plus de 700 espèces bactériennes qui vont contribuer à la formation de l’écosystème intestinal. Il contient également 5000 fois plus de lysozyme que le lait bovin. Il s’agit d’un désinfectant biologique, en plus des immunoglobulines indispensables à la défense de l’organisme contre les agressions et des alkylglycérols. Pour compléter le tout, le lait maternel contient pas moins de 50 sucres différents, particulièrement des gynolactoses participant à la construction d’un cerveau complexe tout en neutralisant les mauvaises bactéries dans l’intestin. Le lait de vache n’en contient qu’un, indispensable au veau: le lactose.

De tous ces bienfaits, il en découle que les enfants nourris au sein (lorsque la mère a une hygiène de vie relativement correcte) sont plus intelligents , ont une flore intestinale plus riche et sont ainsi protégés contre les infections digestives; ont moins de pathologies respiratoires et d’otites, bénéficient d’une protection contre les allergies, d’une protection anti-cancer, anti-obésité, anti-troubles comportementaux, neurologiques et cognitifs.

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Il ne s’agit pas de mythes , de nombreuses études scientifiques menées à travers le monde attestent de tous ces résultats. C’est pour cela que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande  vivement l’allaitement au sein exclusif pendant les six premiers mois suivant la naissance. De six mois à deux ans, voire plus, l’allaitement devra être complété par des aliments solides tels que des fruits ou des légumes en purée. En ce sens, les publicités pour laits infantiles 1er âge (de 0 à 6 mois) sont interdites.

L’allaitement maternel présente aussi de nombreux bénéfices pour la mère. On peut citer la diminution du risque de contracter un cancer du sein, des ovaires et de l’utérus. Il diminue également l’ostéoporose, ce qui entraînera moins de fractures dues à la fragilité osseuse post-ménopause. Jusqu’à maximum 6 mois après l’accouchement, l’allaitement maternel peut se révéler être un contraceptif naturel. Des scientifiques déclarent : « Si la mère allaite complètement ou presque son enfant, et si elle reste en aménorrhée (sans retour de couches), l’allaitement permet d’éviter plus de 98 % des grossesses pendant les six premiers mois. […] »L’allaitement favorise la perte de poids post-partum, et permet de sacrées économies. Pas de lait à acheter, ni de biberons, tétines, stérilisateurs et autres annexes. Un autre argument pour clôturer, l’allaitement maternel est un moment de douceur et de complicité incroyable, favorisant l’attachement affectif. En allaitant son bébé, la mère libère de l’ocytocine, hormone du bonheur et anti-stress naturel.

Jeunes mamans, si vous souhaitez allaiter, vous avez des éléments en main pour ne plus vous laisser impressionner par les mauvaises langues. Vous savez désormais que vous produisez le meilleur aliment possible pour vos enfants. Quant à ceux qui insultent et tourmentent ces mères, vous n’auriez pas plutôt une vaisselle à faire ou un gazon à tondre ?

Dans le prochain article, qui fera suite à celui-ci,  il s’agira de démontrer que l’allaitement maternel est un enjeu sanitaire et économique pour l’Afrique.

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A propos de l'auteur :

Sandrine

Originaire de la Caraïbe, je suis une amoureuse de nos riches et fascinantes cultures noires. J'aime particulièrement conter nos belles histoires.

a écrit 65 articles sur NOFI.FR.

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