CULTURE

Des Slave Patrols à la Police américaine : histoire d’une tradition négrophobe

Dans un contexte racial extrêmement tendu au « Pays de l’Oncle Sam« , il semblait judicieux de revenir brièvement sur l’histoire de la police américaine et notamment sur ses rapport avec la composante la plus sombre de la population US. En comprenant que dès leur création, les forces de l’ordre n’avaient aucunement pour objectif de « protéger et servir » les Noirs, il nous sera plus aisé d’appréhender les brutalités policières négrophobes auxquelles font face nos frères outre-Atlantique.

Les Slave Patrols étaient des milices organisées d’hommes blancs. Leur mission consistait à surveiller et surtout à « discipliner » (avec l’aval du pouvoir législatif) les esclaves dans les États du Sud des État-Unis, avant la guerre de sécession (particulièrement les esclaves en fuite et autres « nègres » récalcitrants). Il s’agissait, bien évidemment de protéger, à tout prix, les intérêts des pontes du système plantocratique. D’abord circonscris aux états du sud (connus pour leur cruauté envers les Noirs), les Slave Patrols se sont, au tournant du 18° siècle,  étendues à l’ensemble du territoire. Plus les Noirs se révoltaient et cherchaient à fuir l’esclavage, plus les prérogatives des Slave Patrols augmentaient pour maintenir le bon fonctionnement du système esclavagiste en capturant, maltraitant et en maîtrisant les fugueurs.

Ces milice de « chasseurs de nègres » sont sans aucun doute à la genèse de l’organisation de la police américaine moderne. En effet, on peut relever de très nombreux points communs entre les deux organisations.

Gravure sur bois de l'Anti-Slavery Almanac (1839) représentant la capture d'un esclave fugitif par une Slave Patrol.

Gravure sur bois de l’Anti-Slavery Almanac (1839) représentant la capture d’un esclave fugitif par une Slave Patrol.

Généalogie d’une violence d’Etat 

Les Slave Patrols avaient trois missions principales:

  1. chasser, appréhender, et rendre à leurs propriétaires, les esclaves en fuite
  2. faire régner la terreur pour dissuader les insurrections et les fuites
  3. faire respecter la discipline aux esclaves, quitte à leur faire subir les pire sévices s’ils enfreignaient les règles de la plantation.

Un esprit alerte aura vite fait de remarquer les similitudes conceptuelles avec la police américaine qui régulièrement assassine des Noirs. Effectivement le schéma semble le même :

  1. chasser, appréhender, et maîtriser les Noirs (ce qui entraîne bien trop souvent la mort des nôtres)
  2. mobiliser un contingent de « terroristes d’état » dissuadant les Noirs de s’émanciper via l’organisation communautaire (Cf. le programme Cointelpro)
  3. punir et soumettre les Noirs, en particulier les Nèg mawon des temps modernes.

En somme, les Slave Patrols et  la police moderne U.S, c’est blanc bonnet et bonnet blanc dès lors qu’il s’agit des afro-américains. A ce sujet, les mots de Frederick Douglass, l’esclave devenu abolitionniste, reflète parfaitement l’ambiance de terreur dans laquelle se trouvait les population noires serviles :

« A chaque porte par laquelle nous devions passer nous vîmes un gardien; à chaque traversier un garde, sur chaque pont une sentinelle et dans tous les bois une patrouille. Nous étions cernés de tous côtés. »

Ainsi, après environ 400 ans d’esclavage et 90 ans de ségrégation raciale, les relations entre les Noirs et les forces de l’ordre ont très peu changées. Toutefois, il serait infondé d’accuser l’ensemble des policiers américains de négrophobie. Cependant, au vu du nombre d’assassinats d’afro-américains (largement médiatisés ces derniers temps), on constate objectivement que l’organisation des services de police applique un système désavantageux et désintégrateur à l’endroit de la communauté afro-américaine. 

Réferences : 

  • Platt, Anthony . 1982. Crime and Punishment in the United States: Immediate and Long-Term Reforms From a Marxist Perspective
  • Dr Potter, Gary . 2011. The History of Policing in the United States 

Panafricainement Vôtre, Franswa Makandal

Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.