Henry Box Brown ou quand fuir l’esclavage est « simple comme une lettre à la Poste »

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S’expédier par colis postal vers la liberté ? L’idée semble saugrenue, mais c’est pourtant ce que fit l’ingénieux Henry « Box » Brown. De toute les méthodes utilisées pour fuir l’esclavage, cette dernière est certainement l’une des plus originales.

L’incroyable histoire de Henry « Box » Brown commecnce sur une plantation de Virginie, aux alentours de 1815. Lorsqu’il est âgé d’une quinzaine d’années, son maître l’envoie travailler dans une usine à tabac. Un peu plus tard, Henry épouse Nancy, propriété du maître de la plantation voisine. En raison de sa condition d’esclave, ce mariage ne fut jamais légalement reconnu. Cela n’empêcha toutefois pas le couple d’avoir quatre enfants. Henry avait soudoyé le maître de sa femme afin que ce dernier ne la vende pas. En effet, en vertu de la doctrine juridique du Partus sequitur ventrem, les enfants suivraient leur mère si Nancy venait à être achetée par quelqu’un d’autre.

Mais comment faire confiance à un homme qui considérait les noirs comme des biens mobiliers ?

L’année 1848 sonna le glas de l’unité familiale des Brown. Enceinte de son quatrième enfant, Nancy, avait été vendue à une plantation de Caroline du Nord. Impuissant, Henry ne put que se résigner  à faire ses adieux aux êtres qu’il chérissait tant. Au-delà des coups de fouet, la cruauté de l’esclavage se matérialisait aussi par ce type de déchirure.

L’évasion de Henry par voie postale

Néanmoins , c’est cet épisode tragique qui poussa Henry vers le marronnage. Aidé par son ami, James C. A. Smith, un Noir affranchi, il fomenta une stratégie ingénieuse afin de s’extraire le plus efficacement possible du système esclavagiste. Ils fut également assisté par un cordonnier blanc du nom de Samuel A. Smith (aucun lien de parenté avec l’ami de Henry).  Son plan était simple,  il s’expédierait lui-même dans un colis postal, transporté de Richmond à Philadelphie en train.

La Résurrection d'Henry Box Brown à Philadelphie. Lithographie de Samuel Rowse publiée en 1850

La Résurrection d’Henry Box Brown à Philadelphie. Lithographie de Samuel Rowse publiée en 1850

 

Henry avait choisit pour son projet l’Adams Express Company qui était en son temps connue pour sa confidentialité et son efficacité. Le cordonnier blanc prit contact avec un militant de l’Anti-Slavery Society, afin de leur donner les détails de l’opération et veiller à ce que celle-ci se déroule sans accroc. Le 23 Mars 1849, le colis était expédié. Il s’agissait d’une caisse d’à peu près 1 m de long par 85 cm de profondeur et 60 cm de large. Evidemment, le colis avait été classé « marchandises sèches ». A l’intérieur, Henry n’avait sur lui qu’une gourde d’eau et quelques biscuits. On avait fait quelques trous dans la boîte afin que le « fugitif postal » puissent respirer. Enfin, le colis était  fermé par des clous et sanglé. Le voyage pouvait alors commencer.

Le paquet qui contenait Henry fut balloté par chariot, par train, par bateau à vapeur puis par ferry avant d’arriver à bon port à l’Anti-Slavery Society. Un voyage harrassant car le colis fut bousculé, secoué, renversé. Henry décrivit d’ailleurs le voyage en ces termes :

« J’étais résolu à vaincre ou à mourir, je sentais mes yeux gonfler comme s’ils éclataient de leurs socles; Et les veines de mes tempes étaient terriblement dilatées par la pression du sang sur ma tête. »

A de nombreuses reprises Henry Brown cru qu’il allait mourir. Finalement, le colis fut réceptionné, comme prévu, par les militants de l’Anti-Slavery Society de Pennsylvanie. A l’ouverture de la caisse, les premiers mots d’Henry furent « Comment allez-vous Messieurs ?« . Il se mit aussitôt à réciter la Bible : « J’ai attendu patiemment le Seigneur et Il a entendu ma prière ». C’est là, entouré de quatre abolitionnistes qu’il fut baptisé Henry « Box » Brown.

Références : Narrative of the Life of Henry « Box » Brown

A propos de l'auteur :

Makandal Speaks

Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.

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